Eau, territoires et solutions fondées sur la Nature à l’ère des changements globaux : l’apport d’une démarche participative de modélisation à l’interface entre sciences naturelles et sociales
Elias Ganivet, Laurent Longuevergne, Véronique van Tilbeurgh. Eau, territoires et solutions fondées sur la Nature à l’ère des changements globaux : l’apport d’une démarche participative de modélisation à l’interface entre sciences naturelles et sociales. Solutions fondées sur la Nature et Risques liés à l'Eau : Quel éclairages des Sciences Humaines et Sociales ?, ENGEES, Jun 2024, Strasbourg, France. ⟨hal-05597183⟩
Depuis une trentaine d’années, un certain nombre d’approches ont été développées pour venir en appui à des processus de décision collective concernant la gestion durable de l’eau et de l’environnement ‒ tels que la modélisation d’accompagnement (Bousquet et al., 1996), l’approche COOPLAGE (Ferrand et al., 2021) ou la Géoprospective (Houet et Gourmelon, 2014). Ces approches offrent ainsi des pistes permettant, en partie, de répondre aux enjeux posés par l’évolution du contexte hydroclimatique et, plus largement, par l’ensemble des pressions anthropiques (autrement nommés changements globaux), afin de mieux quantifier les conditions hydriques futures (et les incertitudes associées) et définir de nouvelles règles de gestion et de partage de l’eau (Salles, 2022). Dans ce contexte, depuis 2020, un projet de recherche interdisciplinaire ‒ incluant des spécialistes en géosciences, écologie, anthropologie et sociologie ‒ a permis de développer une méthodologie participative à l’interface de ces approches, permettant d’ancrer dans les territoires une démarche de modélisation servant d’aide prospective à la décision concernant la gestion de l’eau (Ganivet, 2023). Cette méthodologie ‒ expérimentée en Bretagne sur le territoire de Lorient-Agglomération et les bassins versants du Scorff et du Blavet ‒ est actuellement en phase de déploiement dans plusieurs territoires à l’échelle nationale. Outre le fait de favoriser l’identification collective de solutions fondées sur la Nature qui soient adaptées au territoire, elle vise, en partie, à tester leur efficacité et cohérence tenant compte des conditions climatiques futures. L’objectif de cette communication est ainsi de montrer l’articulation entre les deux dimensions de cette méthodologie ‒ participation et modélisation ‒ et son rôle dans l’émergence de solutions fondées sur la Nature. Cette méthodologie se compose de deux ateliers participatifs et d’une phase de modélisation. Un premier atelier permet le partage de connaissances sur l’eau et les changements globaux sur le territoire (appréhension de la complexité du système), la construction d’un espace de causalité homogène (un socio-hydrosystème), et l’identification de solutions potentiellement adaptées au territoire. Des scénarios prospectifs (à l’horizon 2070) ‒ en partie issues des solutions identifiées lors du premier atelier ‒ sont ensuite modélisés afin de mettre en cohérence caractéristiques biophysiques du territoire (géologie, relief, sols…), pressions anthropiques (aménagement du territoire, prélèvements d’eau, pratiques agricoles) et conditions climatiques futures. Un second atelier permet ensuite aux participants de choisir le scénario et les solutions les plus en accord avec le cadre de vie souhaitable, selon eux, à l’horizon 2070. Les résultats ont montré que la dimension participative et prospective permettait de surmonter en partie les tensions entre usagers, tout en construisant une transversalité entre les regards des différents acteurs. Par ailleurs, la modélisation a servi à quantifier et à hiérarchiser les propositions de solutions. Au final, à la suite de cette mise en commun des connaissances, ainsi que de cette mise en cohérence de la disponibilité en eau sur les territoires avec le changement climatique, les solutions identifiées collectivement concernent majoritairement : (1) des solutions fondées sur la Nature ‒ visant notamment à favoriser le stockage de l’eau dans les sols et les nappes en améliorant son infiltration au détriment de son ruissellement ; couplées à (2) des solutions sociales ‒ visant notamment à réduire le plus possible les prélèvements d’eau (sobriété des usages). En revanche, les solutions techniques semblent jusqu’alors avoir été très peu plébiscitées par les participants dans le cadre de cette démarche. Le déploiement sur d’autres sites, dans des contextes différents, permettra sans doute de diversifier les solutions et leur pertinence territoriale.
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