Le label « Ville de surf » comme instrument d'action publique : effets sur la gouvernance sportive locale
Depuis plusieurs décennies, les dispositifs de labellisation connaissent une forte expansion dans de nombreux domaines, notamment dans le tourisme et le patrimoine. Initialement conçus comme des outils de certification de la qualité, ces labels participent désormais à des logiques de différenciation et de valorisation territoriale, en orientant les stratégies d'attractivité des acteurs publics et privés. Ils s'inscrivent ainsi dans des dynamiques de mise en tourisme des territoires et de mise en visibilité des ressources locales (Landel & Senil, 2009 ; Tanchoux & Priet, 2020). Dans le champ des sports de nature, et plus particulièrement sur les littoraux, ces dispositifs participent à une recomposition des gouvernances du tourisme sportif récemment documentée (Berrou & Marsac, 2024). Le label « Ville de surf », créé en 2015 par la Fédération Française de Surf, constitue un cas particulièrement éclairant de cette évolution. Cette communication propose d'analyser ce label comme un instrument d'action publique, en interrogeant ses effets sur la structuration des politiques sportives locales et des modes de gouvernance territoriale. Elle s'appuie sur une étude qualitative menée en 2025 auprès de treize communes labellisées, reposant sur une vingtaine d'entretiens semi-directifs (élus, responsables associatifs, professionnels du surf), complétés par des observations de terrain et une analyse documentaire. Le cadre théorique mobilisé repose sur la notion de ressource territoriale (Gumuchian & Pecqueur, 2004), entendue comme une construction sociale et politique. Ce travail propose de prolonger cette approche en analysant le rôle des instruments de labellisation dans les processus d'activation et de mise en gouvernance des ressources sportives territoriales. Dans cette perspective, le surf ne constitue pas seulement une activité sportive, mais un support de différenciation territoriale et de gouvernance locale (Guibert, 2014). Les résultats montrent que le label « Ville de surf » remplit avant tout une fonction de reconnaissance institutionnelle et symbolique. Toutefois, ses effets varient fortement selon les configurations locales. Dans les communes les plus structurées, il agit comme un instrument de consolidation de dynamiques existantes. À l'inverse, dans les territoires en structuration, il peut constituer un levier de légitimation et de coordination des acteurs. En revanche, lorsqu'il est mobilisé principalement à des fins de communication, sans dispositifs de gouvernance associés, son impact reste limité. Une typologie distinguant des « villes de surf émergentes », « en transition » et « structurées » permet de rendre compte de cette diversité et de penser la labellisation comme un instrument à performance variable. En conclusion, cette communication montre que le label « Ville de surf » agit moins comme un outil de développement que comme un instrument de structuration et de régulation des politiques sportives locales.