Saisir la diversification touristique des Corbières par les « cultures de la nature » : une lecture socio-spatiale du « vivant » et du « sauvage »
Dénali Boutain, Olivier Etcheverria. Saisir la diversification touristique des Corbières par les « cultures de la nature » : une lecture socio-spatiale du « vivant » et du « sauvage ». Norois. Environnement, aménagement, société, 2025, 275, pp.61-78. ⟨10.4000/15bw9⟩. ⟨hal-05444437⟩
Cet article porte sur les dynamiques de diversification touristique dans les Corbières. Au travers d’un travail de terrain qualitatif mené d’avril 2022 à novembre 2023, l’objectif est d’interpréter la nouvelle caractérisation organoleptique des vins de Corbières et de les mettre en relation avec une relecture des paysages viticoles. Cette porte d’entrée par la viticulture et le vin nous permet plus largement de nous questionner sur la diffusion de la mise en tourisme des lieux et la structuration de destinations touristiques gourmandes dans des dynamiques à la fois ponctuelles et zonales. En partant des travaux de Guille-Escuret (1989) sur trois communes des Corbières, Padern, Paziols et Tuchan, nous argumentons que les rapports socio-spatiaux ne se comprennent plus seulement au travers d’une distinction entre techniciens et opérateurs (vignerons) mais que les vignerons eux-mêmes sont des techniciens formés à l’extérieur et qui portent de ce fait de nouveaux regards sur la nature, le « sauvage » et le « vivant ». Cet article vise alors à réintroduire une grille d’analyse proposée par Nicole Mathieu et al. (1989) sur les « cultures de la nature » afin de comprendre les discours, représentations et pratiques des habitants temporaires (touristes) et permanents (locaux).
This article examines the dynamics of tourism diversification in the Corbières. Through qualitative fieldwork conducted between April 2022 and November 2023, the objective is to interpret the new organoleptic characterization of Corbières wines and to relate it to a reinterpretation of viticultural landscapes. Approaching the topic through viticulture and wine more broadly enables us to question the diffusion of tourism practices and the structuring of “gourmand tourist destinations” within dynamics that are at both local and regional. Building on the work of Guille-Escuret (1989) on three communes of the Corbières – Padern, Paziols, and Tuchan, we argue that socio-spatial relations can no longer be understood solely through a distinction between technicians and operators (winegrowers). Rather, winegrowers themselves have become technicians trained elsewhere, thereby introducing new perspectives on nature, the “wild,” and the “living.” The article thus seeks to reintroduce an analytical framework proposed by Nicole Mathieu et al. (1989) concerning the “cultures of nature” in order to make sense of the discourses, representations, and practices of both temporary inhabitants (tourists) and permanent ones (locals).