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LA COOPÉRATION DANS L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE :un potentiel pour les réalisations documentaires
Dans un monde en quête de sens, la coopération et la communication ouvrent à la fois des possibles et font figure d’utopies. Malgré ce paradoxe, ces deux notions sont peu abordées par les chercheurs en SIC pas plus que les documentaires de recherche. Pourtant Jean Painlevé propose dès les années 30 de « nouveaux rapports entre image documentaire scientifique et fiction » (Riou, 2009, p. 2). C’est pourquoi, enseignante chercheuse en SIC, j’ai mobilisé le documentaire dans le cadre de mes recherches sur l’économie sociale et solidaire et la coopération dans l’optique de valoriser la complexité des objets étudiés autrement que dans le cercle académique. Convaincue que les recherches en SIC prennent en compte la nécessité de considérer l’action (au sens fort du terme), la prise de parole des acteurs mais aussi leurs affects comme les véritables principes constitutifs de « l’espace public » et des publics qui s’en emparent (Ballarini, 2015 ; Libaert et Pierlot, 2005), le recours à l’audio et le visuel me semblent fondamental : l’image et le son donnent à voir et à entendre l’action et aussi à percevoir le sensible des personnes et des situations. Dans une dynamique de recherche-action, j’ai d’abord eu recours au documentaire comme « film en direct avec des personnages authentiques et leur environnement » (Gauthier, 2015, p. 12) pour laisser une trace et rendre compte de la complexité des engagements dans l’Economie Sociale et Solidaire avant de penser le documentaire de façon plus complexe. Devenu un objet de ma recherche, je me suis interrogée alors sur la place, la posture et les choix de la chercheuse que je suis dans des « contextes de production incertains » (Maurines, 2012, p. 375), sur la participation et l’acceptation des acteurs témoignant à l’image, sur les effets notamment émancipateurs du documentaire pour les spectateurs. J’ai aussi ouvert mon horizon en allant à la rencontre de chercheurs qui réalisent des documentaires dans leurs travaux pour comprendre leurs démarches, leurs méthodes et motivations et tenter de cerner les spécificités du documentaire de recherche en SHS. Ces réflexions et partage d’expériences m’incitent à prolonger mes travaux sur (A) la coopération qui nécessite de s’impliquer, de comprendre qui est l’autre, de se positionner donc d’échanger, de mesurer les jeux d’acteurs et leurs difficultés pour se positionner et qui se décline en verbe d’action « coopérer ». Et (B) sur le documentaire de recherche en SHS que nous avons appelé « Document-faire sens ».
In a world searching for meaning, cooperation and communication simultaneously open up new possibilities and embody forms of utopian aspiration. Despite this paradox, these two notions have received relatively limited attention from researchers in Information and Communication Sciences (ICS), as have research documentaries. Yet as early as the 1930s, Jean Painlevé advocated for “new relationships between scientific documentary images and fiction” (Riou, 2009, p. 2). As a lecturer and researcher in ICS, I have therefore mobilized documentary filmmaking within my research on the Social and Solidarity Economy (SSE) and cooperation, with the aim of highlighting the complexity of the phenomena under study beyond academic circles.Convinced that research in Information and Communication Sciences must acknowledge the importance of action—in the fullest sense of the term—alongside the voices of social actors and their affects as constitutive principles of the public sphere and the publics who engage with it (Ballarini, 2015; Libaert & Pierlot, 2005), I consider audiovisual media to be fundamental research tools. Images and sound make it possible not only to observe and hear action as it unfolds but also to apprehend the sensory and emotional dimensions of people and situations.Within an action-research framework, I initially used documentary filmmaking as a means of capturing “direct film with authentic characters and their environment” (Gauthier, 2015, p. 12), in order to preserve traces of and account for the complexity of commitments within the Social and Solidarity Economy. Gradually, however, the documentary itself became an object of inquiry. I began to question my own position, role, and methodological choices as a researcher operating in “uncertain production contexts” (Maurines, 2012, p. 375); the participation and consent of those appearing on screen; and the effects of documentary films on audiences, particularly their emancipatory potential.I also broadened my perspective by engaging with researchers who produce documentaries as part of their scholarly work, seeking to understand their approaches, methods, and motivations, and to identify the specific characteristics of research documentaries in the Social Sciences and Humanities (SSH). These reflections and exchanges encourage me to pursue my work along two complementary lines of inquiry: (A) cooperation, which requires involvement, understanding others, positioning oneself, engaging in dialogue, and grasping the dynamics and challenges faced by different actors—in short, the practice of “cooperating”; and (B) the research documentary in the Social Sciences and Humanities, which we have conceptualized as “Making Sense Through Documentary” (“Document-faire sens”).