Cynégétiques de l’immersion : l’ambivalence du contact avec les cétacés dans le cadre de l’exploration touristique et scientifique
L’article interroge le tourisme d’immersion pratiqué auprès des grands cétacés, et les relations qui se nouent entre industrie touristique, animaux et démarche scientifique. Basé sur différents terrains ethnographiques menés de manière individuelle et collective, notre texte montre d’abord comment les relations entre science et tourisme sont fondatrices de la cétologie, dans le sillage de liens autrement controversés entre chasse baleinière et étude de ces animaux charismatiques. Il montre comment les profils scientifiques, souvent animés par une vocation affective qui leur donne envie de s’approcher de ces animaux, leur imposent de produire un discours ambivalent d’attirance pour la rencontre avec l’animal, et de ferme mise à distance officielle. Le second point permet de localiser la concurrence pour la légitimité de l’accès au terrain, et la remise en question de certains cadres des pratiques scientifiques, créant localement des tensions inédites. Enfin le troisième point aborde les liens forts avec la Norvège formés à travers les parcours de plusieurs enquêtés rencontrés sur le littoral Atlantique, à la fois au sein de la communauté scientifique académique et dans les communautés de cétologues développant des modèles touristiques. Cet espace unique dans le monde est aussi un hotspot, parfois qualifié de « Wild West » du nord, qui exacerbe les ambivalences repérées sur nos littoraux métropolitains autour d’une véritable « bulle baleinière », territoire européen aujourd’hui privilégié du tourisme d’immersion auprès de cétacés charismatiques.