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Une justice alimentaire et écologique en pratique ? Approche géographique des collectifs alimentaires nantais et de leurs modes d’action.
Aline Le Failler. Une justice alimentaire et écologique en pratique ? Approche géographique des collectifs alimentaires nantais et de leurs modes d’action.. « Collectifs : mémoires, discours, territoires », Nov 2025, Aubervilliers, France. ⟨hal-05619881⟩
« Faire un pacte avec le collectif » Dans une société de plus en plus individualisée (Castel, 2009), cette devise d’un restaurant solidaire nantais relève de la gageure. Pourtant, des initiatives collectives se structurent et se multiplient ces dernières années, documentées par de nombreux travaux scientifiques qui rendent visible un « militantisme de pratiques alternatives » (Paddeu, 2016), notamment dans le champ de l’alimentation. Ces initiatives sont portées par des groupes qui produisent, transforment, distribuent, mangent et compostent tout au long de la boucle alimentaire (Guibrunet & Jiménez, 2022; Savini, 2023). Ici, les notions de « collectif », de « réseau » ou encore de « coopération » sont centrales, portant le pari d’une transition sociale et écologique qui s’opérerait de fait par le bas, le faire, le collectif (Blanc et al., 2022). Mais de quoi ces collectifs, pris dans leur pluralité et au prisme des pratiques de production maraichère mais aussi de cuisine et distribution alimentaire, sont-ils le nom ? Leur histoire dessine leurs formes et modes d’action, s’inspirant ou en appuyant d’autres, faisant alors circuler les savoirs au travers d’acteurs passeurs (Jobard et al., 2020) mais aussi de lieux incubateurs. Ces projets, portés par des groupes sociaux et personnes divers, ne visent donc pas nécessairement les mêmes objectifs et publics : différentes formes de solidarité de classes (Comby, 2024), d’origines, de genres, d’espèces peuvent alors émerger. Mais si nombre d’initiatives cherchent à lutter contre des formes d’inégalités sociales, on peut se demander si cette mise en collectif ne participe pas aussi de la reproduction de rapports de pouvoir (Paddeu, 2021). Enfin, ces collectifs se structurent eux-mêmes en réseaux, traversés « d’échange d’objets et de bons tuyaux » (Pruvost, 2019) mais aussi de méconnaissances et de conflits, interrogeant la formation de « réseaux alimentaires citoyens » (Renting et al., 2012). Ces pratiques se positionnent aussi dans des rapports différenciés aux institutions, étant tour à tour soutenues, transformées, ou amoindries par les dispositifs d’action publique, mais pouvant contribuer en retour à modifier les pratiques dominantes (Zapata Campos & Zapata, 2017; Billen, 2019). Ainsi, nous interrogerons la façon dont les collectifs tentent de déployer d’autres visions des systèmes alimentaires et des territoires, mais aussi des solidarités et du travail (Lefèvre & Audet, 2016). Sur la base d’entretiens et d’observations participantes, nous verrons dans quelle mesure ces collectifs reformulent des enjeux de justice alimentaire et écologique depuis leurs expériences et leurs pratiques. En nous intéressant à deux quartiers nantais, l’un central et gentrifié, l’autre périphérique et populaire, nous proposons d’analyser ces pratiques alimentaires collectives, depuis une coopérative de maraichage-restauration jusqu’à une entreprise de collecte à vélo de matières organiques, en passant par des restaurants solidaires ou une caisse commune alimentaire. Oscillant de deux à plusieurs dizaines de personnes, les équipes salariées, bénévoles, habitantes ou militantes, souvent composés pour et/ou de groupes périphériques, se mobilisent depuis leur territoire, portant des pratiques collectives souvent éloignées de l’écologie dominante (Comby, 2014). Dans un premier temps, nous présenterons une socio-histoire des collectifs alimentaires nantais « vus d’en bas » (Collectif Rosa Bonheur, 2019), donnant à voir leurs généalogies et filiations, mais aussi leurs dynamiques propres. Ensuite, nous verrons comment ces collectifs se mettent en mouvement : à partir d’une analyse des discours et des actions, il s’agira de voir comment s’organisent ces groupes, et quels objectifs ils poursuivent. Enfin, nous questionnerons la possibilité même d’une (ré)appropriation de l’espace matériel et politique par ces collectifs : quels interstices émergent, et pour qui ?
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