Engagement dans une recherche financée : freins et leviers pour l’enquête de terrain.
Laure Bertrand, Abdoul-Rafize Nanda, Margaux Boisgontier. Engagement dans une recherche financée : freins et leviers pour l’enquête de terrain.. 5ème Journée de l'École Doctorale HSRT : Vulnérabilités. Table ronde - Vulnérabilité du·de la chercheur·e : expériences de terrain et engagements, Doctorant·es de l'école doctorale 556 HSRT, Mar 2026, Caen, France. ⟨hal-05554859⟩
Cette table ronde inscrite dans l’axe 4 consacré à la vulnérabilité, propose d’ouvrir une réflexion interdisciplinaire sur la place du chercheur face à ses terrains, à ses objets d’étude et aux contextes institutionnels dans lesquels il évolue. Les chercheur·es ne sont pas de simples observateur·rices extérieurs. Ils et elles peuvent être impliqué·es, exposé·es et parfois fragilisé·es par leurs pratiques d’enquête, par les relations nouées sur le terrain ou encore par les contraintes du champ académique. Cette table ronde propose de déplacer le regard : non plus seulement vers les publics étudiés ou les terrains qualifiés de “vulnérables”, mais vers celles et ceux qui produisent la recherche. Car les chercheur.e.s ne sont pas des observateur.rices neutres et extérieurs aux mondes qu’ils et elles investiguent. Leur engagement sur le terrain, leurs appartenances institutionnelles et les relations qu’ils nouent au cours de l’enquête les exposent, les impliquent et parfois les fragilisent. La vulnérabilité du chercheur peut prendre des formes diverses/multiples ?. Elle peut être physique ou émotionnelle, lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des situations de violences ou de précarité. Elle peut aussi être relationnelle, lorsque l’implication empathique ou la relation développée avec les enquêtés rend plus difficile la distance analytique. Elle peut également être institutionnelle, lorsque la dépendance aux financements, la précarité du statut de doctorat ou les hiérarchies académiques influencent les conditions de production du savoir. Elle peut enfin résider dans la porosité entre expérience vécue et travail scientifique, dans ces moments où l’enquête transforme aussi celui qui la mène. A partir des recherches de trois doctorants issues de disciplines différentes, cette table ronde propose d’explorer ces dimensions à travers des terrains contrastés. Laure Bertrand, doctorante en sciences de l’éducation au CIRNEF de Rouen, analyse les pratiques de conception au sein des universités engagées dans le projet Digital Formation Continue Universitaire, un projet national de transformation de la formation continue dans les universités françaises qui vise à structurer et numériser l’offre de formation continue universitaire. Son travail met en lumière les tensions professionnelles et institutionnelles qui traversent la conception de ces dispositifs, et interroge la posture du chercheur lorsqu’il évolue dans un environnement financé et structuré par les mêmes institutions qu’il étudie. Abdoul-Rafize Nanda, doctorant en sociologie au laboratoire IDEES du Havre, consacre sa thèse à l’accompagnement des jeunes dans l’accès à l’emploi. Il analyse comment les parcours scolaires et professionnels des jeunes normands sont façonnés par des inégalités sociales, territoriales et familiales qui conditionnent l’accès à l’emploi et à la formation. Il montre ainsi que les contextes sociaux et territoriaux hétérogènes structurent en profondeur les trajectoires juvéniles. Son enquête soulève la question de la position du chercheur face à des enquêtés se trouvant dans des situations marquées par l’incertitude mêlant vulnérabilité sociale et attentes institutionnelles. Margaux Boisgontier, doctorante en géographie au laboratoire Espaces et Sociétés (UMR ESO, Caen), mène une recherche sur les dynamiques de lutte contre les violences conjugales en ruralités. A travers une lecture spatiale, elle analyse comment ces stratégies de lutte et de prise en charge des personnes victimes permettent de révéler les transformations en cours dans les espaces et mondes ruraux. Son enquête est réalisée auprès de différents types d’actrices et acteurs de cette lutte et passe, aussi, par la récolte de témoignages de personnes victimes. Parallèlement à son travail de doctorat, elle a également mené avec ses collègues géographes un travail collectif portant sur les violences vécues en situation d’enquête de terrain. Sa présentation prend appui sur l’enquête menée avec ses collègues, pour recueillir des récits de violences vécues en situation d’enquête, les visibiliser et en faire un outil réflexif quant aux effets de la recherche. Cette communication met en évidence la pluralité des formes que peuvent prendre ces violences (verbales, symboliques, sexistes, racistes, psychologiques, sexuelles, etc), des temps de l’enquête où elles ont lieu (de la première prise de contact à bien des années après l’enquête), des terrains concernés (bien souvent considérés comme “sans risques”) et invite à réfléchir collectivement aux façons d’anticiper ces situations et de les prendre en charge collectivement. En mettant en dialogue ces perspectives, la table ronde entend dépasser une approche strictement individuelle de la vulnérabilité pour en interroger les dimensions relationnelles, sociales et structurelles. Elle invite à réfléchir à la frontière entre vulnérabilité et implication empathique, ainsi qu’au rôle de la réflexivité dans le travail scientifique. La vulnérabilité doit-elle être pensée comme une fragilité à dépasser ou comme une dimension constitutive du métier de chercheur, susceptible d’ouvrir d’autres manières de produire et de situer le savoir. La table ronde sera animée par Alexandre Guilbaud, doctorant en sociologie au laboratoire CERREV, et Chloé Mesnage, doctorante en géographie et environnement au laboratoire IDEES de Caen.