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La fraise de Huelva nourrit l’Europe et aussi les enfants des femmes du Maroc. Une double injustice reproductive et spatiale dans un contexte de capitalisme racial
Chadia Arab. La fraise de Huelva nourrit l’Europe et aussi les enfants des femmes du Maroc. Une double injustice reproductive et spatiale dans un contexte de capitalisme racial. Cahiers du Genre, 2026, n° 79 (2), pp.103-136. ⟨10.3917/cdge.079.0103⟩. ⟨halshs-05538113⟩
Cet article s’intéresse à la migration saisonnière des femmes marocaines vers l’Espagne, dans le cadre du programme de migration circulaire mis en place pour répondre aux besoins de main-d’œuvre du secteur agricole, en particulier dans les plantations de fraises de la province de Huelva, en Andalousie. Cette migration profite à l’Espagne pour sa production de fraises qu’elle exporte ensuite vers les marchés européens, tandis que le Maroc cherche à améliorer la situation économique de ces femmes et de leurs enfants. Cette migration entraîne la fabrique d’un espace géographique contraint, assimilé à une enclave ethnique, des discriminations systématiques et une rupture familiale, car le programme privilégie les femmes avec enfants pour garantir leur retour au pays. Leur maternité est utilisée comme critère de sélection, mais n’est ni reconnue ni protégée dans les faits. L’article propose une analyse critique de cette migration féminine à partir d’une double injustice : reproductive et spatiale. Les deux dimensions, rarement articulées ensemble, permettent ici de rendre compte de la manière dont les rapports sociaux de genre, de classe, de race et de statut migratoire se croisent et structurent l’expérience de ces femmes dans un contexte mondialisé. Ces injustices s’inscrivent également dans les logiques du capitalisme racial, où la valeur économique est extraite de corps féminins racialisés, tout en les maintenant dans la précarité. L’analyse féministe et intersectionnelle met en lumière les rapports de pouvoir qui façonnent cette migration.