Gestion de sites protégés : concrétiser le croisement de compétences
Fanny Romain, Loic de Larminat. Gestion de sites protégés : concrétiser le croisement de compétences. « Paysage en chemin/s. 35 ans DE(A) Paysage en France et ailleurs », Feb 2026, Paris, France. ⟨hal-05521808⟩
Cet appel à communications interroge les moyens de « faire face à une montée des thématiques et savoir-faire techniques, scientifiques, écologiques au détriment d’une appréhension plus globale, plus complexe des territoires et de leurs singularités ». Ayant été confrontés à ces difficultés, sur des sites protégés d’un point de vue patrimonial et environnemental lors de partenariats entre recherche et maitrise d’œuvre en paysage, il nous a semblé utile d’en examiner les causes. Nous avons ici analysé les comptes-rendus de réunions de travail entre plusieurs bureaux d’étude - milieux aquatiques, hydraulique, paysage -, à propos d’une mission de diagnostic, puis d’élaboration de scénarios de paysage et de gestion afférente, sur un site majeur à Angers : l’Étang St Nicolas, qui représente trente hectares pour le plan d’eau, et une centaine d’hectares pour les parcs attenants. Ces huit heures d’échange, réparties sur trois réunions de travail en avril 2023, juillet 2023 et mai 2024, représentent un matériau modeste quantitativement, mais riche d’enseignements. Il montre que la collaboration se heurte à des perceptions différentes inhérentes aux cultures professionnelles. Celles-ci s’expriment dans la posture de maitrise d’œuvre en réponse au commanditaire (technique et réglementaire pour l’un, prospective pour l’autre), dans la focale d’analyse (thématique pour l’un, inter-thématiques pour l’autre), dans la relation de l’humain au site (menace pour l’un, partenaire pour l’autre). Il ne s’agit pas tant d’opposer les approches ou de les lisser, mais (1) de pouvoir nommer ces divergences au démarrage de la collaboration, et (2) de lever d’éventuels contresens sur la méthodologie de travail. Dans ce cas précis, un rapport de force était constitué, du fait du rôle de mandataire assigné au bureau d’étude en hydrobiologie. Il y a ainsi un enjeu fort de communication vis-à-vis des maitrises d’ouvrages pour que la nécessité d’une approche non sectorielle, qui est le propre de l’approche paysagère, soit reconnue comme socle de conduite du projet de territoire.