Le travail, commun diviseur des gilets jaunes ?
Christèle Dondeyne, Alix Levain, Étienne Walker. Le travail, commun diviseur des gilets jaunes ?. REUNGOAT E., BORDIEC S., BUTON F., DONDEYNE C., WALKER É. (dir.). Devenir des gilets jaunes, Éditions du Croquant, pp. 19-51, 2025, SocioPo, 9782365124188. ⟨halshs-05566398⟩
L’approche biographique pour enquêter sur les Gilets jaunes montre que le rapport au travail, marqué par la précarité et l’insécurité, contribue à expliquer comment des personnes aux trajectoires aussi disparates qu’un ouvrier syndiqué de la distribution des eaux, une AESH qui lance des grèves, un enseignent contractuel reconverti en politique, une éducatrice spécialisée militante, un entrepreneur anti-syndicaliste aient pu se reconnaître dans le mouvement et comment a pu se cristalliser un sentiment d’injustice, cependant que ces biographies montrent aussi que les configurations locales d’emploi et les appartenances de nombreux.ses gilets jaunes à des segments d’activités où les syndicats sont faiblement implantés font du rapport au syndicat un des révélateurs des limites à cette construction d’une cause commune. Alors que pour certain·es Gilets jaunes, le syndicalisme est le vecteur essentiel d’une émancipation possible du salariat, il reste associé pour nombre d’entre elleux à des privilèges auxquels ils ou elles n’ont pas eu accès. Cette incursion dans le rapport au travail et au syndicat dans le mouvement des Gilets jaunes permet de mettre en lumière les dommages que causent à l’adhésion et au rapport aux syndicats les inégalités d’implantation syndicale et/ou ses faibles capacités d’action quand il est trop faiblement implanté. Des rapports critiques aux syndicats se retrouvent aussi chez les syndiqués militants, tendant à accréditer l’idée que ces antagonismes relatifs au bien-fondé des syndicats et du syndicalisme tiennent chez les Gilets jaunes moins à des oppositions idéologiques et de principe qu’à des conceptions ancrées dans l’expérience de travail.