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Les "dames de fraises" marocaines en Espagne. Des esclaves du temps moderne?
Chadia Arab. Les "dames de fraises" marocaines en Espagne. Des esclaves du temps moderne?. Volume II. VULNÉRABILITÉ ET DROITS DE L'HOMME DANS LES SITUATIONS DE MOBILITÉ, 2, 2025. ⟨halshs-05538092⟩
Le 18 juin 2018, des ouvrières marocaines employées à la cueillette des fraises à Huelva manifestent sous la bannière « Sin esclavitud laboral ni sexual » pour dénoncer les abus et violences subis dans le cadre de la migration saisonnière entre le Maroc et l’Espagne. Cette mobilisation marque une première convergence entre syndicats, associations féministes, antiracistes et organisations d’aide aux migrants, réunissant près d’un millier de personnes. La situation de ces travailleuses est parfois qualifiée d’« esclavage » par des personnalités publiques et politiques. Depuis 2006, des milliers de femmes marocaines — sélectionnées notamment parce qu’elles sont mères — participent à un programme de migration circulaire pour travailler dans les fraises à Huelva. Ce dispositif, fortement marqué par une dimension de genre, vise aussi à limiter l’immigration clandestine et bénéficie du soutien financier de l’Union européenne. Depuis 2018, il est encadré par le programme PRELSI, chargé d’organiser l’arrivée et les conditions de travail des saisonnières. S’appuyant sur quinze années de recherches et d’enquêtes menées entre 2009 et 2024 auprès de travailleuses marocaines et d’acteurs institutionnels au Maroc et en Espagne, l’article analyse le profil de ces femmes, les mobilisations transnationales et intersectionnelles pour défendre leurs droits, ainsi que l’émergence de la rhétorique de l’« esclavage » pour dénoncer leur exploitation.