Chapitre 11. Points de vue en didactiques de la géographie et de l’histoire
Jean-François Thémines, Roselyne Le Bourgeois. Chapitre 11. Points de vue en didactiques de la géographie et de l’histoire. Les sciences de l’éducation : genèse, devenir, finalités, Presses universitaires du Septentrion, pp.215-232, 2026, Education et Didactiques, ⟨10.4000/15o6o⟩. ⟨halshs-05611443⟩
Cerner le regard porté sur une discipline depuis une ou plusieurs autres, impose de clarifier les choix d’analyse. Nous parlerons de disciplines de recherche sans négliger, car cela contribue à déterminer leurs rapports, qu’elles sont aussi des disciplines d’enseignement. L’histoire et la géographie sont enseignées du primaire au supérieur, les sciences de l’éducation et les didactiques de l’histoire et de la géographie dans le supérieur uniquement. A ces modes de présence des disciplines, s’ajoute la question de leur découpage en spécialités de recherche. Ce découpage opère dans le domaine empirique, ici les faits d’éducation, comme dans le champ de la théorie, c’est-à-dire la constitution d’un corpus de savoirs spécifique sur ces faits. Tout en étendant leur domaine empirique (Pérez-Roux et Etienne, 2018), les sciences de l’éducation restent traversées par un débat épistémologique entre approches disciplinaire et pluridisciplinaire (Charlot, 2001 ; Laot et Rogers, 2015). La définition qu’en donne un de leurs fondateurs est pluridisciplinaire : elles sont « constituées par l’ensemble des disciplines qui étudient, dans des perspectives différentes mais complémentaires et coordonnées, les conditions d’existence, de fonctionnement et d’évolution des situations et des faits d’éducation » (Mialaret, 2007, p.69-70), en particulier par la psychologie, la philosophie, la sociologie et l’histoire de l’éducation. Cependant, l’éducation est un objet d’étude pour d’autres disciplines. Même si l’histoire de l’éducation peut se penser « au sein des sciences de l’éducation » (Wagnon, 2018), des historiens ayant pris l’éducation comme objet inscrivent leur travail de chercheur d’abord dans le champ de l’histoire. C’est le cas d’Antoine Prost ou de Jean-François Condette. Les premiers géographes spécialistes d’éducation ont conduit leurs recherches en géographie sociale (Chatelain, 1952 ; Frémont et al., 1984). Depuis les années 2000, leur champ d’étude ne cesse de se développer à l’extérieur des sciences de l’éducation (Giband et al., 2022). Par ailleurs, les didactiques des disciplines, dont celles de l’histoire et de la géographie, ont acquis leur autonomie scientifique à partir des années 1970-1980. Un certain nombre d’aspects originaux de la « production » des apprentissages du temps et de l’espace, de l’histoire et de la géographie (identité professionnelle des enseignants, conceptions des finalités de l’enseignement, systèmes de contraintes s’exerçant sur leurs pratiques, rapports des enfants avec les dimensions temporelle et spatiale, etc.) relève de leur expertise propre.