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« Sous le toit de mon patron » : Le développement d’initiatives d’employeurs-logeurs en réponse à la crise du logement dans les espaces ruraux
Dans le cadre du capitalisme contemporain, où la flexibilisation est devenue la logique dominante, les mondes du travail ont profondément évolué : on y voit se généraliser des formes d’emplois « périphériques » (Paugam, 2007), une montée en puissance du contrat court comme standard d’entrée sur ce marché (Baguelin, 2024) et un affaiblissement du rôle protecteur du salariat stable via une « institutionnalisation du précariat » (Castel, 2011). Dans le nouveau modèle managérial qui accompagne ces évolutions (Linhart, 2018), s’observe une injonction renforcée à la mobilité professionnelle et géographique soutenue par les politiques publiques pour l’emploi (Sigaud, 2015, Fol, 2010). Ces tendances s’observent particulièrement sur les marchés de l’emploi dans les espaces ruraux. Jusqu’alors empreint de relations paternalistes (Blanc, Aubert, Detang-Dessendre,1999), ils ont connu de profondes mutations ces dernières décennies intégrant les modalités d’un marché libéralisé (Reverse, 2025), devenant ainsi aujourd’hui « l’archétype du territoire mondialisé » (Coquard, 2022). Ces évolutions se heurtent à des tensions croissantes sur un marché du logement réputé détendu en ruralité, organisé autour de la propriété individuelle, de la quasi-absence du parc locatif et du parc social, et présentant une proportion importante de grandes typologies de logements et de biens dégradés. Dans un contexte marqué par la baisse de la production, l’embolie du parc social et d’un découplage renforcé entre les prix du logement et les revenus des ménages (Badia, 2013), il apparait alors rapidement que la flexibilisation du marché du travail ne coïncide pas avec la rigidification du marché du logement. Cette déconnexion manifeste impacte les recrutements, les mobilités professionnelles et donc l’activité économique. Sur de nombreux territoires ruraux, les employeurs, face à cette rigidité spatiale et sociale, voient dans le logement un nouvel instrument flexible pour maintenir et développer leur activité. Ainsi, en l’absence de propositions concrètes et face au manque de moyens dans la production du logement en ruralité, les acteurs locaux et les entreprises bricolent des solutions liant contrat de travail et contrat de location, afin de répondre à la fois aux problématiques de recrutement des entreprises, aux politiques de peuplement et aux intérêts électoraux des élus locaux (Dupuy, 2010). S’appuyant sur une méthodologie qualitative d’entretiens réalisés auprès d’« employeurs-logeurs », d’acteurs publics accompagnant ces initiatives et auprès des salariés logés par leurs employeurs sur trois territoires ruraux (Côtes-d’Armor, Vendée, Creuse) la recherche vise à décrire et à analyser comment, au sein de ces espaces, les employeurs viennent à s’imposer comme de nouveaux acteurs de la production du logement et comment les acteurs publics constituent des partenaires et des soutiens importants dans ces démarches. Plus largement, elle interroge en quoi ces initiatives témoignent d’une rhétorique grandissante sur la nécessaire priorisation des actifs dans l’accès au logement et d’une remise en cause des protections assurant le droit au logement, au nom du maintien de l’activité économique.