Le végétal informel empiétant sur les trottoirs dans les villes des « Suds » ; une réponse adéquate aux besoins des habitants face aux insuffisances des pouvoirs publics ?
Dans les villes des « pays du Sud », le végétal urbain n’est pas une préoccupation majeure, même si les enjeux du cadre et de la qualité de vie et des services écosystémiques liés au végétal dans ces villes, souvent chaudes, polluées, à croissance urbaine mal maîtrisée, stressantes et à forte population pauvre, y sont peut-être plus importants que dans les villes des « pays du Nord » plus « policées », où il est largement intégré dans les politiques publiques. Il est vrai qu’après les indépendances (années 1950 à 1970), les enjeux liés à ce végétal en ville pouvaient sembler non prioritaires pour les décideurs africains, au regard des difficultés autrement aiguës des enjeux du développement, de l’alimentation, du logement, de l’accès à l’eau potable ou de la croissance urbaine. Le contexte spécifique de la colonisation, explique en grande partie cette situation. En effet la plupart des espaces verts publics présents dans les villes africaines datent de la période coloniale, où l’introduction de ce végétal visait des fonctions paysagères, sociales, d’ambiance et hygiénistes, mais aussi sécuritaires, et participait de l’urbanisme colonial et ses éléments de domination et d’exclusion des « indigènes ». Après les indépendances jusqu’à la fin des années 1990, peu de nouveaux espaces verts publics sont créés dans les villes africaines, et ceux de la période coloniale formant l’essentiel des parcs et jardins publics accessibles aux habitants, sont délaissés et se dégradent. Un regain d’intérêt pour les espaces verts publics apparaît à partir des années 2000, avec la réhabilitation de certains parcs et jardins coloniaux, et la création de nouveaux espaces verts mieux intégrés dans les projets urbains, même si souvent encore « à postériori ». Cette évolution fait écho à une demande de nature en ville croissante en Afrique comme dans le monde. Cependant, l’offre d’espaces verts publics reste très insuffisante dans la plupart des villes africaines souvent bien en deçà des 10 m² préconisé par l’OMS, et leur distribution spatiale y reste très inégalitaire, alors que la demande sociale, elle, n’a cessé de croître avec l’urbanisation. Face à cette insuffisance et l’incapacité des pouvoirs publics à répondre aux besoins des citadins, un processus de végétalisation privée spontanée des trottoirs s’est développé ces dernières décennies dans la plupart des villes d’Afrique du nord et subsahariennes. Très différent de la végétalisation des habitats de haut standing type villas, ce phénomène correspond à une appropriation privée par les habitants des espaces publics que constituent les trottoirs, qui donne à voir l’évolution de la conception et la gestion de la nature en ville, avec l’intervention croissante de la société civile dans la participation à la construction de son cadre de vie au-delà des seuls espaces privés. En Afrique, même si les préoccupations écologiques ne semblent pas être le moteur de ces changements, ils peuvent être assimilés à une forme d’alternatives environnementales, forme de revendication et de mobilisation individuelle socio-environnementale. Ils dénotent surtout d’un certain assouplissement de la maîtrise de l’espace public par les pouvoirs publics qui tolèrent en un statu quo, les transgressions des particuliers tant qu’ils restent dans des limites acceptables, même si cela créé souvent de réelles gênes aux mobilités