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Constance Rullier-Maugüé
Coopération régionale en santé sur la planification familiale dans l’archipel des Comores
Constance Rullier-Maugüé. Coopération régionale en santé sur la planification familiale dans l’archipel des Comores. Médecine et Maladies Infectieuses Formation, 2026, 5 (1), pp.S13. ⟨10.1016/j.mmifmc.2025.12.031⟩. ⟨hal-05538968⟩
Cette communication mobilise le cadre analytique de la justice reproductive, qui englobe à la fois le droit de ne pas avoir d’enfant, celui d’en avoir, et celui d’élever ses enfants dans un environnement sûr. Au sein de l’archipel des Comores, la planification familiale, l’accès différencié à l’IVG et aux techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) interrogent l’offre en santé reproductive, décrite dans le cadre de cette communication. Les données présentées ont été collectées lors d’une mission réalisée à l’automne 2024 pour le compte de l’Agence Régionale de Santé de l’île dans le cadre de la coopération régionale en santé avec l’Union des Comores. Dans ce contexte, un terrain de deux mois a été réalisé à Mayotte et un autre de quinze jours en Union des Comores. Cette communication s’appuie sur les enquêtes statistiques des territoires en présence ainsi que des entretiens réalisés auprès d’acteurs institutionnels et associatifs du champ de la santé sexuelle et reproductive, analysés à l’aide du logiciel NVivo. L’objectif de cette communication était de présenter les pratiques contraceptives différenciées, les enjeux d’accès à l’IVG et les conditions d’accès à l’AMP sur ces territoires, dans une perspective comparative. Les résultats montrent une forte disparité à l’échelle de l’archipel entre Mayotte et l’Union des Comores. En matière de contraception, Mayotte bénéficie d’un cadre d’accès élargi, tandis qu’en Union des Comores l’accès reste légalement restreint aux couples mariés, avec des ruptures fréquentes de stocks et des besoins non satisfaits élevés. Concernant l’IVG, l’Union des Comores applique une interdiction stricte de cet acte. Certaines femmes adoptent des pratiques clandestines ou optent pour une mobilité vers Mayotte, où l’IVG est légale mais socialement stigmatisée. L’accès à l’AMP, quant à lui, illustre une asymétrie inverse: Mayotte ne dispose pas d’offre locale, poussant les couples à effectuer des mobilités reproductives vers La Réunion ou l’hexagone, tandis qu’une clinique privée vient d’ouvrir sur l’île d’Nzouani (Anjouan), ciblant les seuls couples mariés hétérosexuels pouvant en payer le coût. Ces résultats révèlent une fragmentation de l’offre de santé reproductive à l’échelle de l’archipel, mettant en évidence des injustices structurelles pesant sur les populations les plus vulnérables. Le propos visait à défendre la nécessité de promouvoir une justice reproductive effective, impliquant de déconstruire les représentations homogénéisantes, de renforcer l’éducation à la santé sexuelle et de développer une coopération régionale capable d’assurer un accès équitable aux droits reproductifs des populations en présence dans l’archipel.