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Rennes - Novembre 2006

Les enfants et les jeunes dans les espaces du quotidien

Rennes - 16/17 Novembre 2006

Appel à communications

Les travaux portant sur l’enfance et la jeunesse se sont multipliés depuis le début des années soixante en mobilisant des champs variés des sciences humaines et sociales. Ce colloque propose de poursuivre et de renouveler la réflexion en s’attachant aux espaces de vie, aux pratiques, usages et mobilités des enfants et des jeunes, dans une démarche globale, transversale et pluridisciplinaire.

S’il est difficile de donner une définition absolue de l’enfance et de la jeunesse, on peut s’accorder sur le fait que ces deux réalités correspondent, de par leurs caractéristiques physiologiques, psychologiques et sociales, à une période du développement de la vie d’un individu. Elles désignent les premiers âges de la vie par opposition aux classes d’âge qui suivent (adultes, personnes âgées…). Cette définition ne doit pas occulter l’hétérogénéité qui existe au sein de l’enfance comme au sein de la jeunesse, que cette hétérogénéité tienne au genre, à l’âge, à l’origine sociale ou ethnique. Il s’agit également de catégories sociales variables et propres à des contextes sociaux, historiques et culturels supposant la confrontation des regards entre géographie, psychologie et sociologie.

L’objectif du colloque consiste à envisager les enfants et les jeunes dans leurs espaces quotidiens, c’est-à-dire des espaces variés appartenant à différents contextes de vie, de l’échelle micro (le logement) à l’échelle plus large comprenant la proximité du domicile, le quartier, la ville, ou le village. Les espaces du quotidien sont vécus (pratiqués, représentés, pensés, détournés, évités...) par les enfants et les jeunes à des rythmes et des fréquences plus ou moins variables, seuls ou en relation avec d’autres. Ces espaces sont porteurs de significations, d’une symbolique et de valeurs liées aux contextes culturels et sociaux.

Il convient de comprendre le vécu des enfants et des jeunes dans leurs divers milieux et espaces quotidiens en tenant compte des conditions et modes de vie et en les confrontant avec les grandes transformations familiales, éducatives, sociales, économiques telles que, dans nos sociétés, la diversification des configurations familiales, l’extension des standards d’éducation, l’entrée des nouvelles technologies dans la sphère privée et les modes de vie des enfants et des jeunes, les nouvelles exigences de protection et de supervision des enfants, le rôle des médias, la flexibilité des conditions de travail, l’accroissement des précarisations des populations, l’augmentation des mobilités (résidentielles, spatiales, etc.), la segmentation sociale et fonctionnelle des espaces…

Toutes les formes de relations que les enfants et les jeunes entretiennent avec les espaces quotidiens intéressent ce colloque. De manière générale, on s’interrogera sur la manière dont les enfants et les jeunes, par leurs actions, leurs diverses formes d’appréhension et d’appropriation produisent les espaces du quotidien. Comment contribuent-ils par leurs pratiques, par les discours qu’ils génèrent, les mesures qu’ils provoquent, les prises de position qu’ils impliquent, à une définition des espaces quotidiens ? Et en même temps, comment la diversité de ces espaces, avec les différentes dimensions qui les constituent, participe-t-elle à leur propre développement, à leur socialisation ? Les différences de socialisation générées par la diversité des espaces quotidiens participent-elles à la production d’inégalités sociales ? Comment, enfin, les espaces du quotidien peuvent-ils aussi concourir à « produire » les enfants et les jeunes, à façonner leurs corps, leurs façons d’agir et de penser ?

Il faudra considérer que les différentes formes de relations que les enfants et les jeunes développent avec les espaces du quotidien, leurs manières de vivre et d’appréhender ces espaces varient en fonction de l’âge, du genre, des origines sociales et ethniques. Ces variables interviennent inévitablement dans le degré d’autonomie de pratiques des enfants et des jeunes ainsi que dans leurs choix de lieux et d’activités, dans leurs préférences environnementales. Elles impliquent donc des problématiques spatiales, sociales et psychologiques très distinctes. Selon ces critères, quelles sont les conditions d’accès aux espaces ? Et comment ceux-ci varient-ils dans leur nature, leur fonction, leur localisation ?

Les enfants et les jeunes dans les espaces du quotidien : réalités, représentations, pratiques et comportements

Comprendre les enfants et les jeunes dans les espaces quotidiens, c’est prendre en considération non seulement les espaces qui leur sont dédiés tels que, parmi d’autres lieux spécifiques, l’école, l’aire de jeux, le centre de loisirs, mais aussi les espaces privés et publics qu’ils partagent avec l’ensemble des classes d’âge.
Les enfants et les jeunes investissent ces espaces du quotidien de différentes façons, par leurs actions, leurs activités, leurs circulations mais aussi leurs représentations et leurs affects ; ils peuvent se les approprier, les construire, les contourner, les déconstruire, les dégrader…
On pourra se demander quels sont les espaces de l’enfance et de la jeunesse aujourd’hui. Sont-ils principalement publics, institutionnels, privés ? Qu’y font les enfants et les jeunes ? Seuls ou avec d’autres ?
Par ailleurs, on tentera de réfléchir aux conséquences des transformations familiales sur les pratiques des enfants et des jeunes, tant au niveau de l’habitat (appropriation de plusieurs espaces de vie, partage de l’espace au sein de la fratrie recomposée) qu’au niveau de la mobilité quotidienne. De façon plus générale, quelles sont les conséquences de l’évolution des mobilités quotidiennes et de la conception de la proximité sur les choix de lieux et les pratiques des enfants et des jeunes ? En quoi la diversification des espaces de vie et des mobilités des enfants et des jeunes influence-t-elle leur représentation de l’espace et leur appréhension de la notion de quartier ?
L’évolution des pratiques des enfants en dehors des temps scolaires tend, notamment dans les sociétés post-modernes, à une plus forte programmation à la fois temporelle et spatiale des activités et à un encadrement plus important des enfants au cours de celles-ci. On peut se demander quelles sont alors les conséquences sur l’apprentissage de l’autonomie et l’appréhension des espaces publics en général. Que signifie se déplacer seul ? Que signifie l’espace de la rue pour les enfants ?
On pourra aussi s’interroger sur les effets des nouvelles technologies (téléphone portable, communication informatique, jeux-vidéo) et sur l’impact de l’exposition à des espaces « fabriqués » et rêvés par les nouveaux médias sur leurs pratiques d’espaces matériels. Comment le monde réel et le cyber-monde s’imbriquent-ils dans leurs pratiques et appréhensions de l’espace ? Sachant que l’accès à ces nouvelles technologies n’est pas égal d’un milieu culturel et social à un autre, quelles sont les conséquences de ces inégalités sur les rapports des enfants et des jeunes à l’espace quotidien ?

De manière générale, sont donc sollicités dans ce premier axe thématique des travaux et réflexions qui s’intéressent aux différents rapports des enfants et des jeunes aux espaces quotidiens, aux différentes formes d’appropriation en tenant compte d’un ensemble varié de facteurs, en prise avec les transformations de nos sociétés.

Les enfants et les « autres » dans leurs rapports à l’espace quotidien

Les espaces du quotidien se définissent à partir de la vie sociale qui y prend place et des relations interpersonnelles que les enfants et les jeunes y développent. Les relations aux « autres » déployées dans les différents espaces quotidiens participent non seulement au développement moteur et cognitif des enfants et des jeunes mais aussi, surtout, à la construction de leur identité. Aujourd’hui, plus qu’autrefois, du fait de la multiplicité des appartenances sociales et spatiales, les enfants et les jeunes sont amenés à construire une identité « plurielle ».

La réflexion portera ici sur la relation des enfants et des jeunes aux « autres » dans leurs rapports à l’espace quotidien, en prenant en considération aussi bien les relations « verticales », en référence aux différentes personnes ayant la charge de l’éducation et de la protection de l’enfant (membres de la famille, acteurs sociaux, milieu social adulte en général), que les relations « horizontales » basées sur la réciprocité et la mutualité des individus, à savoir le groupe de pairs et la fratrie. Le rôle de ces « autres » dans le développement des pratiques, des comportements, des évaluations et des significations que les enfants attribuent à l’espace pourra être montré. Ce rôle varie en fonction de la fréquence des pratiques, de la nature des activités déployées dans l’espace et du lien affectif que les enfants et les jeunes ont pu tisser. Dans quelles mesures ces « autres » constituent-ils des freins aux pratiques de l’espace ? A l’inverse, dans quelles conditions sont-ils davantage un soutien social ou des compagnons stimulants ?

Dans le rapport des enfants et des jeunes avec l’environnement, le groupe de pairs est un facteur d’encouragement, tant dans la découverte de l’espace que dans leur apprentissage social. Avec ses pratiques, ses codes et ses langages particuliers, le fonctionnement des enfants et des jeunes en groupe dans les espaces quotidiens peut aussi constituer des « cultures ». Quels sont les espaces supportant ces « cultures enfantines » ? Quels en sont les contours ? Comment les enfants et les jeunes s’accommodent-ils des règles et limites qui leur sont imposées par les adultes pour maintenir des activités et des rencontres ? Peut-on observer des transformations spatiales de ces « cultures enfantines » avec l’arrivée de nouvelles technologies et de rapports plus idéels que matériels à l’espace ? Comment ces rapports à de nouveaux mondes et de nouvelles pratiques modifient-ils les rapports sociaux entre les enfants et les jeunes dans les espaces du quotidien ? Comment les enfants et les jeunes vivent-ils en particulier les distances aux autres ?

A l’heure où les modèles familiaux et du travail sont en pleine mutation, comment les nouvelles formes de relations qui se constituent entre les membres de la famille s’inscrivent-elles dans l’espace ? Quels sont les rôles respectifs des « autres » (parents, grands frères, pairs, voisins, professionnels...) dans l’accès aux espaces quotidiens par les enfants et les jeunes ? Quels liens intergénérationnels apparaissent aujourd’hui ? Enfin, en quoi les relations avec le monde adulte participent-elles, dans les rapports aux espaces quotidiens, à la socialisation des enfants et des jeunes ?

Par ailleurs, face aux questions d’ordre écologique, l’intérêt pourra aussi être porté sur la sensibilité environnementale des enfants et notamment sur les actions et modes d’influence dont ils disposent pour engager leur entourage dans des conduites plus soucieuses de l’environnement. Quelles sont les formes de sensibilité environnementale des enfants ? Quels sont leurs pouvoirs de persuasion dans ce domaine ? Comment agissent-ils ?

En conclusion, toute forme de recherche s’intéressant aux relations formelles et informelles des enfants et des jeunes avec les autres dans leur dimension spatiale sera retenue sous cet axe.

Les « autres » et les enfants dans les rapports à l’espace quotidien

Les rapports des enfants et des jeunes aux espaces quotidiens dépendent aussi en amont de la manière dont ils sont pensés, pris en considération et entendus dans la société. Ce qui amène à s’intéresser au rôle des politiques publiques, des acteurs sociaux et des différentes instances ayant en charge l’éducation et la vie quotidienne des enfants.
Ce qui pose aussi la question de l’influence des modèles de l’enfance et de la jeunesse dans les sociétés. Quelles en sont les répercussions dans la vie quotidienne des enfants et des jeunes ainsi que dans leurs rapports à l’espace ? Comment leurs différents statuts et positions s’articulent-ils dans les problématiques de politique publique, notamment dans le champ social, éducatif et familial ? Quelles en sont les conséquences dans les manières de penser l’enfance et la jeunesse dans les politiques publiques et dans les formes de prise en charge de l’enfance dans la société, ainsi que dans les rapports des enfants au monde adulte ? Quelles formes de prises en charge sont développées pour mieux accompagner les familles dans l’exercice de leurs responsabilités ? Quels services et équipements sont déployés pour répondre aux besoins des enfants et des jeunes en termes de soins et d’éducation ? Comment sont prises en compte les différentes spatialités et temporalités des enfants et des jeunes ?

Outre les questions de prise en charge des enfants, on pourra réfléchir aussi à leur rôle dans les processus de décisions relatives à l’espace. Comment est reconnu le rôle d’acteur de l’enfant dans les sociétés ? On s’attachera par exemple à observer les différents dispositifs mis en place par les politiques publiques en faveur de l’enfance et de la jeunesse, de ses droits et de son implication dans la vie quotidienne (Convention internationale des droits de l’enfant, Charte de la ville amie des enfants, Villes éducatrices etc.). Comment ces différents dispositifs sont-ils appliqués ? Les paroles, propositions et actions des enfants et des jeunes sont-elles prises en compte de manière directe ? Que signifie un enfant acteur pour les acteurs institutionnels ? Jusqu’où ces acteurs reconnaissent-ils le droit d’expression des enfants et des jeunes ?

Malgré cette plus grande prise en considération du droit des enfants et des jeunes à émettre leur avis et à participer aux transformations de leurs espaces quotidiens, on peut constater aujourd’hui des inégalités à un niveau mondial, mais aussi national et régional, dans le développement de la participation des enfants et des jeunes à la vie de la cité. Comment s’expriment les disparités à ces différentes échelles ? Existe-t-il des situations plus propices à la participation des enfants et des jeunes ?

Outre les inégalités dans la participation des enfants et des jeunes, on observe aussi des difficultés dans certains contextes à penser et à envisager les enfants dans l’espace public. L’élévation des exigences de bien-être et d’éducation des enfants et des jeunes (spécialisation des services et des personnes), la sanctuarisation de l’espace privé, voire même de tout autre espace institutionnalisé réservé à l’enfance et à la jeunesse, semblent renforcer aujourd’hui la segmentation des espaces quotidiens et le cloisonnement des prises en charge des enfants et des jeunes. On peut se demander comment sont pensées les politiques pour considérer l’enfant dans sa globalité au-delà des clivages institutionnels dans les différents champs d’intervention de l’action publique. Des prises en charge très spécialisées n’engendrent-elles pas des formes de marginalisation voire d’exclusion des enfants et des jeunes qui leur échappent ? Qui sont les enfants et les jeunes sans cesse sous le regard panoptique des prises en charge ? Et ceux qui ne le sont pas ?

Toute recherche portant un regard sur les formes et/ou les conséquences des interventions d’acteurs individuels ou collectifs sur les espaces quotidiens des enfants et des jeunes aux niveaux micro et macro-sociaux alimentera les réflexions de ce troisième axe.


Comité scientifique :
Olivier DAVID (ESO – Université Rennes 2) - Président
Isabelle DANIC (ESO – Université Rennes 2)
Sandrine DEPEAU (ESO CNRS – Université Rennes 2) Alain LEGENDRE (LPENV CNRS – Université Paris V)
Patricia LONCLE (LAPPS – ENSP), Gilles MOREAU (CENS – Université Nantes) Maria NORDSTRÖM (Université de Stockholm - Suède)
Michel PARAZELLI (Université du Québec - Canada), Monique ROBIN (LPENV CNRS – Université Paris V)
Raymonde SECHET (ESO – Université Rennes 2)
Régine SIROTA (CERLIS – Université Paris V)
Elisabetha STANCIULESCU (Université de Babes-Bolai - Roumanie).

Comité d’organisation : (RESO – Université Rennes 2)
Isabelle DANIC - Présidente
Olivier DAVID
Sandrine DEPEAU
Vincent GOUESET
Marie-France MONNERAIS
Marie MORELLE


Liste des communications

                Auteur (s)                                                                  Communication                                              
DUPUY AnneJeunes mangeurs, aliments et espaces du quotidien
ENAUX Christophe & LEGENDRE AlainMéthode d’identification des lieux investis par des enfants de six à onze ans dans leur espace de vie urbain quotidien
GIROUD MatthieuEviter ou pratiquer les alentours ? Etre élève d’une cité internationale au coeur d’un ancien quartier ouvrier
GOMEZ GAMEZ Celida & BUTINA WATSON GeorgiaUrban design approaches to foresting the participation of children and teenagers in their everyday environments
GRANIE Marie-Axelle & ESPIAU Géraldine Représentations de l’espace routier et autonomie du jeune adolescent piéton
HASIRCI Deniz, KURAL Nerkis, OZALOGLU Serpil, TANRIOVER Sezin & URAL Sibel ErtezA Participatory Process : Defining Urban Public Space for Children in a Squatter Settlement
LEGENDRE AlainÉvolution de la connaissance et de l’utilisation des espaces publics extérieurs entre 6 et 11 ans : le cas d’Arpajon, une petite ville de la banlieue parisienne
MORELLE MarieLa rue, un espace à négocier. Yaoundé (Cameroun) et Antananarivo (Madagascar)
PARAZELLI MichelUne gestion écosanitaire de l’urbanité ? Le cas des jeunes de la rue à Montréal
DEPEAU Sandrine & RAMADIER Thierry Approche méthodologique (JRS) et développementale de la représentation de l’espace urbain quotidien de l’enfant
ROSS NicolaCapturing everyday experiences : the use of self-directed photography and map work in research on children’s geographies
RUEL Sophie Filles et garçons à l’heure de la récréation : la cour de récréation, lieu de construction des identifications sexuées
ZOTIAN Elsa« Des minots dans la ville ». Etude des pratiques spatiales des enfants à Belsunce

Résumés des communications

Jeunes mangeurs, aliments et espaces du quotidien
Anne Dupuy, Université de Toulouse le Mirail, ERITA (Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur le Tourisme et l’Alimentation)

En révélant les processus de socialisations alimentaires et de constructions identitaires de jeunes mangeurs - c’est à dire la manière dont les jeunes générations s’approprient leur culture, mais aussi s’intègrent et s’identifient à elle - l’étude d’un corpus de 50 entretiens individuels et collectifs d’enfants permet de réinterroger la nature de certains liens existants entre les nourritures, les cultures et les espaces. Si ceux-ci ne sont plus à démontrer, les mutations à l’œuvre dans les pratiques alimentaires et dans les formes de transmission de valeurs et pratiques auprès des jeunes générations suscitent des questionnements qui viennent complexifier l’analyse de ces phénomènes. Ces nouvelles configurations nous incitent tout particulièrement à prendre la mesure de l’importance des espaces pratiqués et représentés par les jeunes mangeurs dans la compréhension des processus de socialisations alimentaires. En effet, l’acte alimentaire - et surtout l’expression des préférences et rejets alimentaires - est à comprendre dans l’interrelation entre trois éléments : un mangeur socialement et subjectivement identifié, un aliment sur lequel s’agrègent des représentations et des pratiques et enfin une situation de consommation. Cette relation triangulaire (Corbeau, 1992) s’effectue dans un espace et un moment bien circonscrits. Cependant, la thèse de l’individu pluriel qui prévaut implique la pluralité et l’hétérogénéité des expériences, des influences et des espaces rencontrés par les enfants et pose la question de l’appropriation puis de l’articulation des divers produits de la socialisation. Néanmoins, l’identification chez les enfants d’inclinations (Lahire, 1998, 2002) - socialement et culturellement différenciées - à goûter, manger, apprécier davantage certains produits alimentaires plutôt que d’autres autorise à formuler l’hypothèse de la permanence, à l’heure actuelle, d’effets structurants et/ou identitaires que nous nous attacherons à inventorier et décrypter. Nous n’omettrons pas d’évoquer que ces aliments « préférés » sont généralement associés à des espaces bien délimités : que cela renvoie au lieu de la consommation ou à l’origine géographique de l’aliment. Espaces dont il convient de mesurer les sens et les usages donnés par les mangeurs pour en comprendre les effets.


Méthode d’identification des lieux investis par des enfants de six à onze ans dans leur espace de vie urbain quotidien
Christophe ENAUX , Laboratoire Image et Ville - UMR 7011 CNRS - Université Louis Pasteur Strasbourg 1
Alain LEGENDRE, Laboratoire de Psychologie environnementale - UMR 8069 CNRS - Université René Descartes Paris V.


La communication porte sur une méthode d’identification des lieux d’activité des enfants et sur leur usage temporel de ces lieux. Les études des pratiques et des comportements des enfants et des jeunes dans les espaces quotidiens d’échelles différentes allant du quartier à la ville se heurtent à plusieurs obstacles. L’un, et non des moindres puisqu’il conditionne la pertinence des conclusions formulées, concerne les outils méthodologiques mis en oeuvre pour recueillir les informations. Du point de vue des lieux d’activité fréquentés et des pratiques d’investissement de ces lieux par les enfants et les jeunes, l’entretien, le carnet de bord, et l’observation directe peuvent être complétés par l’utilisation de nouvelles technologies.

Dans un premier temps, cette communication présente une approche alternative de relevé des espaces d’action des enfants, qui se fonde sur l’emploi du système de localisation GPS et des Systèmes d’Informations Géographiques. Dans ce cadre, elle développe plus particulièrement la démarche d’identification des lieux d’activité sur la base d’une opérationnalisation du concept de "station" par l’intermédiaire d’un indice mesurant le degré de stationnarité dans l’espace. Dans un second temps, c’est le mode d’occupation temporel des lieux d’activités qui fait l’objet d’un approfondissement.

De par leur nature spatio-temporelle, les relevés GPS fournissent diverses informations ayant notamment trait aux moments de la journée où les lieux sont fréquentés, à la durée des fréquentations et au comportement (statique versus dynamique) des enfants dans un même lieu d’activité. On peut ainsi en déduire la façon dont les enfants utilisent ces lieux, les emplacements qu’ils privilégient, etc. Sur la base de notre échantillon d’enfants fréquentant l’école primaire et d’une distribution des modules GPS en fonction de l’âge, du sexe et du quartier de résidence, une analyse des pratiques des lieux d’activité (parc/aire de jeu) sera présentée.


Eviter ou pratiquer les alentours ? Etre élève d’une cité internationale au coeur d’un ancien quartier ouvrier
Matthieu GIROUD, Migrinter-UMR 6588 CNRS-Universités de Poitiers et Bordeaux III

La ville de Grenoble s’est dotée d’équipements de qualité pour soutenir son développement économique, fondé sur les technologies nouvelles et la recherche et rester attractive pour des individus très qualifiés, français ou étrangers. La construction d’une cité scolaire internationale a ainsi été programmée au milieu des années 1990. Elle représente depuis son ouverture en 2001 un jalon majeur de la politique d’accueil des élites migrantes. Etablissement public, dont le recrutement sur tests d’admission est académique, la cité scolaire réunit chaque jour près de 1200 collégiens et lycéens, répartis selon plusieurs sections internationales. L’aménagement de cet équipement soulève la question de son intégration dans l’espace urbain alentour. La cité scolaire se situe sur le site Europole, aménagement d’envergure, résultant d’une opération de rénovation urbaine de friches industrielles. Le quartier Berriat St Bruno, dans lequel s’est inséré ce vaste projet, représente un ancien quartier ouvrier, héritier du développement industriel de Grenoble à la fin du XIXe siècle.

Nous interrogeons cette problématique de la liaison du site aménagé avec l’espace existant à partir d’une recherche effectuée auprès d’élèves de la cité scolaire, pris comme acteurs de la production des lieux du quotidien. Une enquête par questionnaires a été réalisée en classe auprès de 31 élèves de 4e (14-15 ans). Son objectif est de saisir les relations dialectiques entretenues par les élèves avec l’espace urbain environnant et ses habitants. L’enquête a ainsi été orientée vers la collecte des représentations de cet espace et des pratiques quotidiennes des élèves. Cette communication se propose de restituer les résultats obtenus lors de cette recherche et d’en discuter les implications.

L’étude des représentations et pratiques permet d’abord d’évaluer si la venue quotidienne à la cité scolaire est exclusive : les élèves entretiennent-ils des relations avec les espaces alentours qui dépassent le périmètre de l’établissement et les temporalités scolaires, transgressant ainsi certaines barrières spatiales et temporelles introduites par l’aménagement ? Les représentations spatiales reproduisent-elles la frontière socio-spatiale qui sépare le site aménagé d’Europole du quartier ancien Berriat St Bruno, ou la remettent-elles en question ? Elle permet ensuite de voir en quoi ces rapports sont différenciés selon les élèves et de saisir quels en sont les déterminants principaux.
Enfin, en retour, l’étude des pratiques et des perceptions des élèves informe sur l’espace existant alentour. Les élèves, par leurs pratiques, parviennent-ils à donner le ton, à prendre une place à part entière dans le paysage urbain et ainsi à contribuer au changement du quartier ancien ? En quoi, leur expérience et leurs discours peuvent-ils contribuer à entretenir ou reformuler et puis véhiculer une image de cet ancien quartier ouvrier ?


Urban design approaches to foresting the participation of children and teenagers in their everyday environments
Celida GOMEZ GAMEZ et Georgia BUTINA WATSON, Oxford Brookes University

Les débats actuels sur le développement des enfants et des adolescents soulignent l’importance d’aborder leurs conditions politique, sociale et socio-économique dans leur environnement quotidien. Certains membres de l’UNICEF ainsi que des théoriciens et praticiens ont insisté sur la nécessité de développer des stratégies et des initiatives qui permettraient d’intégrer les enfants et adolescents aux projets influant sur leur mode de vie. Leur participation aux prises de décisions relatives à leur lieu de vie est donc devenue un point essentiel qui a alimenté de nombreux débats au fil des années ; c’est en effet un sujet crucial du point de vue de la citoyenneté, des besoins cognitifs et du développement des enfants et adolescents. La plupart des approches visant la participation des enfants aux projets et aux décisions concernant leur environnement quotidien sont pourtant parfois qualifiées d’approches technocratiques et hiérarchiques, qui ne présentent aucun avantage pour les besoins et intérêts des enfants et adolescents. Bien qu’elles aient peu à peu été remplacées par des formes de participation plus innovantes, certains aspects problématiques de ces approches doivent encore être abordés.

Cette communication vise donc à présenter les approches de la représentation comme une méthode permettant d’encourager la participation des enfants et adolescents aux projets urbains. Ces approches ont permis d’analyser les différents sentiments d’insécurité, de marginalisation et d’exclusion des enfants et adolescents dans leur environnement quotidien, ainsi que leur capacité, en tant qu’acteurs urbains, à identifier les problèmes qui les entourent, à suggérer des améliorations et souvent à agir pour les résoudre. Des études de cas dans plusieurs pays industrialisés et en voie de développement ont permis de mieux comprendre les problèmes concernant la participation des enfants et des adolescents aux décisions urbaines locales. En Angleterre, les projets « Making Better Places » (de la CABE, Commission for Architecture and the Built Environment) et « Sim City Case Study » (du JCUD, Joint Centre for Urban Design), ont mis en place un forum de discussion pour les adolescents dans lequel ils peuvent faire part de leurs intérêts et de leur conception de la rénovation de certaines zones urbaines. À Guadalajara au Mexique, l’étude de cas de San Juan de Dios a encouragé la participation des enfants par le biais d’atelier spécialisés, dans lesquels ils ont pu s’exprimer par rapport à la rénovation et l’amélioration de leur environnement urbain. On peut considérer ces études comme des exemples à suivre ayant apporté de nombreux avantages. Premièrement, la participation des enfants dès leur plus jeune âge a permis de faire évoluer les représentations urbaines et de mettre en place des projets plus en accord avec leurs intérêts et leurs besoins. Les participants peuvent ainsi être informés en temps réel des nouvelles constructions pouvant affecter leur mode de vie ou celui d’autres groupes sociaux. De plus, ces études de cas ont permis d’identifier ce qui plaît aux enfants et adolescents en matière de conception urbaine et rurale : des rues accessibles, des places et des espaces verts, des aires de socialisation pour tous les membres de la société. On a ainsi découvert de nouveaux domaines dans lesquels la participation des enfants et de toute la population pourrait renforcer les caractéristiques de leur environnement. Enfin, la collaboration des enfants et adolescents avec de nombreux acteurs urbains et locaux tels que les autorités, les professeurs d’école et les architectes, a montré avec l’expérience qu’il était tout à fait possible de les faire participer à l’amélioration de leur vie quotidienne. On peut donc en déduire que les enfants et les adolescents peuvent et doivent jouer un rôle actif dans les décisions qui peuvent affecter leurs vies, car ce sont eux qui construiront les villes de demain. On pourra également identifier les différents aspects entravant leur participation.

Cette communication conclut ainsi que malgré les avantages générés par l’application des approches de la représentation de l’espace urbain, il reste essentiel de mettre en application d’autres approches multidisciplinaires pour faire progresser la participation des enfants et adolescents dans les processus de décision, afin d’intégrer leurs droits et leurs besoins à leur environnement quotidien. C’est pour cela que l’analyse de leur participation nécessite de comprendre la complexité de leur développement mental et cognitif ainsi que leur vie urbaine, sociale et politique. Cette communication propose donc de considérer de nouvelles stratégies éducatives prenant en compte de nombreuses méthodes multidisciplinaires, telles que les approches de la représentation pour encourager les programmes de participation, grâce auxquels les idées des enfants et adolescents peuvent être entendues.


Représentations de l’espace routier et autonomie du jeune adolescent piéton
Marie-Axelle GRANIE, Laboratoire de Psychologie de la Conduite, INRETS
Géraldine ESPIAU , LPCCI, Développement Social et Emotionnel, Université Paris 10 Nanterre


On observe au niveau de l’accidentologie piétonne un pic à 11 ans, au moment de l’entrée au collège, âge où l’enfant est souvent autonome dans ses déplacement pour la première fois, sur un trajet souvent différent de celui qu’il a emprunté jusque là pour se rendre à l’école. Ceci montre que loin d’être limité à la question des capacités permettant de gérer sa présence dans l’espace routier, le problème soulevé par l’accidentologie des enfants à l’entrée au collège marque aussi la place de l’expérience préalable du trafic et du contexte social de l’activité. Cette place nous amène à chercher à comprendre l’activité de l’enfant en contexte, dans son rapport au social tel qu’il se présente en situation : connaissance des règles, expérience, attitudes, représentations, contexte social, présence d’autres usagers, etc.
Nous avons mis en place des entretiens d’autoconfrontations et d’hétéro-confrontations auprès de 8 enfants de classe de sixième (4 garçons et 4 filles), autonomes dans leur déplacement piéton depuis un an ou plus. Le lendemain de l’observation en caméra cachée de leur trajet collège-domicile ou domicile-collège, nous menions auprès d’eux un entretien sur leur trajet filmé ainsi que sur le trajet filmé d’un autre enfant du même âge. Les analyses de contenus des discours des enfants révèlent de grandes variabilités interindividuelles dans la construction des connaissances sur le système routier (véhicule, conducteur, infrastructure), dans les représentations de l’interaction avec l’autre usager de la route, dans l’effet des pairs sur les prises de décisions, dans leur rapport à la règle et au risque et dans le niveau d’explicitation des stratégies de déplacement, qui varient en fonction de l’enjeu et de la maîtrise de l’espace routier.
Ainsi, les analyses de contenus montrent que les jeunes adolescents différent dans leur représentation de l’espace routier en termes de danger, dans leur capacité à expliciter les connaissances qu’ils mobilisent dans l’activité, à identifier les informations pertinentes à prendre en compte dans la situation et à anticiper le comportement des autres usagers. Elles montrent également que les choix d’action et les prises de décisions font intervenir la représentation d’autrui dans l’espace routier et la représentation de la fonction de la règle légale. De plus, l’application des règles comportementales et sociales mobilisées au cours de l’activité varie en fonction du contexte physique et social. Ces analyses amènent à interroger en termes de sécurité routière le manque d’expérience piétonne de l’enfant avant l’entrée en sixième, et les répercussions de l’apprentissage implicite du comportement piéton sur la capacité de l’enfant à gérer des situations nouvelles de déplacement.


A Participatory Process : Defining Urban Public Space for Children in a Squatter Settlement
Deniz Hasirci, Nerkis Kural, Serpil Özalo_lu, Sezin Tanriöver et Sibel Ertez Ural, Faculté d’Izmir

La culture urbaine prospère dans les espaces publics et ce n’est pas different pour les enfants. Cette recherche est fondée sur un processus qui offre aux enfants un espace qu’ils peuvent adapter. L’ appropriation de l’espace urbain par les enfants n’est pas possible quand la ville est reglée par un plan territorial qui reduit les choix des enfant dans la création (informelle) des espaces selon leurs nécessités. Fondée sur celui-ci et a partir d’une étude conduite dans un quartier à Ankara, où les habitants ont des revenus bas, l’espace urbain est accepté dans cette recherche comme un indicateur de l’inégalite sociale.

Les questions de recherche sont formulées comme les suivantes. Est-ce-que les enfants des quartiers de bidonville participent à la vie urbaine ? Est-ce que les espaces publics avec lesquels les enfants peuvent avoir une interaction comme les agents de mobilité, de résistance, de creativité et d’ interactivité sont suffisants ? Si de tels espaces sont insuffisants, sera-t-il possible de représenter les enfants du quartier bidonville de Bademlidere avec un “centre d’attraction” qui sera réalisé par un processus participatif ?

La ville est un produit social, donc il est necessaire de créer des espaces en considérant la manière de vivre des habitants. Les enfants, étant une partie du développement social, sont considérés comme les agents de changement, d’interaction, d’innovation et de démocratie. En outre, ils ont un role de catalyseur dans la communauté. Alors la création des espaces demande d’amener la communauté à réfléchir ensemble, de faire entendre les voix des gens, et d’enrichir leurs vies avec des visions de l’ensemble de la ville. Ainsi, l’ intention de cette étude est de developer une “Centre d’Attraction Pour Les Enfants” (“Child Attraction Center” (CAC)) comme un espace public auquel les enfants peuvent s’adapter. Ce CAC sera une place qui va aider les enfants à s’identifier avec la culture urbaine dans leurs vie quotidienne.

Le processus participatif est composé de divers ateliers, organisés avec les enfants sur le site de construction, dans les écoles et dans le “junkyard”. Les activités qui seront pratiquées, les matériaux qui seront utilisés et les idées sur le site seront decidés en coopération avec les enfants, sur les plans et la maquette de construction. Des interviews sont faits avec les enfants du quartier et leurs parents avec le but d’obtenir des informations sur la vie quotidienne et la structure familiale des habitants du quartier et sur la réalisation du projet.


Évolution de la connaissance et de l’utilisation des espaces publics extérieurs entre 6 et 11 ans : le cas d’Arpajon, une petite ville de la banlieue parisienne
Alain LEGENDRE, Laboratoire de Psychologie Environnementale, UMR 8069 CNRS - Université Paris V

L’étude explore certains aspects de la relation que les enfants de l’école élémentaire établissent avec les espaces extérieurs de leur ville d’habitation. Elle rend compte de l’évolution entre 6 et 11 ans de la connaissance et de la fréquentation que les enfants ont des principaux espaces publics de proximité offerts par leur ville : places, aires de jeux, jardins, parcs, bois. Les données recueillies permettent d’identifier quels espaces les enfants, en fonction de leur âge et de leur sexe, déclarent être pour eux des lieux de jeux et d’activité. De même, ces données permettent d’analyser le développement de l’usage autonome de ces espaces (hors supervision d’un adulte) en fonction de la distance au domicile de l’enfant.

L’enquête a été menée auprès de l’ensemble des enfants scolarisés dans les écoles élémentaires publiques de la ville d’Arpajon. Les résultats montrent que les connaissances des espaces extérieurs évoluent peu au cours de cette période car même les enfants les plus jeunes connaissent bien les principaux espaces extérieurs de leur ville. En revanche, on observe une progression sensible de l’usage autonome de ces espaces. Notons, que cette autonomie spatiale reste limitée même pour les enfants les plus âgés et, qu’à tout âge, les filles présentent une autonomie plus restreinte que les garçons. Enfin, les résultats confirment l’attractivité des espaces qui comportent des aménagements conçus pour les jeunes (skate parc), mais ils soulignent l’importance des espaces extérieurs de proximité pour les enfants de cette tranche d’âge.


La rue, un espace à négocier. Yaoundé (Cameroun) et Antananarivo (Madagascar)
Marie MORELLE, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Laboratoire Prodig

Cette intervention s’appuie sur ma thèse de doctorat qui s’intéresse à l’espace créé par les enfants des rues de Yaoundé (Cameroun) et d’Antananarivo (Madagascar).

Ces derniers vivent en permanence dans la rue, devenue leur source de revenus et leur principal lieu de sociabilité. Ils occupent le centre-ville, les gares, les marchés. Les habitants les traversent simplement et les désertent à la nuit tombée. En conséquence, les enfants des rues parviennent à s’approprier certains pans de ces espaces et à en faire leurs « secteurs ».

Leur présence devient très nette au coucher du soleil quand ils se rassemblent pour dormir ou pour se nourrir et se droguer : ils s’installent sous l’auvent d’un magasin, squattent l’intérieur d’un bus dans une gare routière. Lorsqu’ils découvrent un terrain en friche, les enfants s’enhardissent parfois et y érigent des constructions sommaires de cartons et de sacs plastiques. Mais ils produisent davantage leurs « secteurs » par le discours, en les nommant par exemple, en leur conférant une histoire également. Ainsi, la rue des enfants représente-t-elle un espace délicat à saisir.

En outre, épisodiquement, à la veille d’un sommet politique, d’un événement sportif ou culturel international, l’existence des enfants vient heurter l’image d’une ville que les autorités aimeraient positive, signe de prospérité et de sécurité. Les habitants eux-mêmes voient en ces enfants un reflet de leur propre vulnérabilité dans un contexte de crise économique et sociale qui sévit à Madagascar dès la fin des années soixante-dix et au Cameroun dès le milieu de la décennie quatre-vingt.


Une gestion écosanitaire de l’urbanité ? Le cas des jeunes de la rue à Montréal
Michel PARAZELLI, Université du Québec - Montréal

Au Canada, la « tolérance zéro » et l’approche appelée « réduction des méfaits » constituent deux voies dites contradictoires et qui sont adoptées par les gestionnaires urbains pour réguler la présence des populations marginalisées des grandes villes telles que Montréal, Toronto ou Vancouver. Les mesures découlant de ces approches soutiennent une certaine vision de l’urbanité entendue comme un mode de vie associé au droit à la ville. À ce sujet, les études traitant des jeunes de la rue au Canada témoignent de rapports conflictuels avec les gestionnaires urbains dont il sera question dans cette communication. L’approche de la tolérance zéro et celle de la réduction des méfaits ne se réduisent pas seulement à l’exercice d’une force publique dissuasive ou incitative envers des personnes adoptant des comportements inciviles. Elles sous-tendent aussi une manière d’appréhender l’espace urbain en intervenant directement sur les normes du savoir-vivre en ville.
La piste de recherche proposée ici consiste à analyser les modes de relations à l’espace urbain des jeunes de la rue et des gestionnaires face à la présence de ces derniers, de façon à cerner les contours d’une certaine conception de l’urbanité. Certaines questions doivent alors être abordées : Quels sont les fondements théoriques et idéologiques de ces modes de relations ? Quelles conceptions de l’espace urbain véhiculent-ils ? À partir de quelles représentations sociales les gestionnaires urbains fondent-ils la rationalité de leurs interventions ?

À partir des recherches sur les jeunes de la rue au Canada et d’une observation continue de la situation des jeunes de la rue à Montréal sur plus de 15 ans, il a été possible de concevoir un complexe de représentations sociales à partir duquel les gestionnaires urbains légitiment l’adoption de certaines pratiques. Loin de considérer les pratiques urbaines des jeunes de la rue comme un processus de socialisation, la plupart des gestionnaires adoptent un discours économique teinté d’écologisme lié aux nécessités adaptatives de la revitalisation urbaine. Cet imaginaire écosanitaire tendrait à valoriser des comportements diffusant des images de prospérité et de propreté ; s’opposant ainsi aux prégnances de décadence urbaine que les populations marginalisées du secteur diffusent par leur simple présence. C’est pourquoi, le sentiment d’insécurité, les incivilités et les comportements désorganisés sont appréhendés comme autant de menaces à l’équilibre systémique d’une urbanité qui se veut économiquement « saine ». Par l’instauration de dispositifs sociospatiaux visant la régulation des nuisances urbaines, les gestionnaires spatialiseraient un imaginaire détournant les rapports urbains existants. Ce type de gestion urbaine des jeunes de la rue participerait à la construction idéologique du sécuritaire, dont l’imaginaire écosanitaire constituerait l’un des versants.


Approche méthodologique (JRS) et développementale de la représentation de l’espace urbain quotidien de l’enfant
Thierry RAMADIER , Laboratoire Image et Ville - UMR 7011 CNRS - Université Louis Pasteur Strasbourg 1
Sandrine DEPEAU , UMR 6590 ESO - Université de Haute Bretagne Rennes 2


Cette étude exploratoire porte sur les représentations cognitives de l’espace des enfants, c’est-à-dire sur leurs connaissances environnementales et l’organisation spatiale de ces connaissances. L’objectif est double. D’une part, nous testions une tâche de modélisation spatiale auprès de cette population. D’autre part, nous cherchions à comprendre plus finement l’évolution de la représentation cognitive des lieux chez les jeunes enfants.

Une enquête auprès de 21 enfants, réalisée dans une école primaire de la région parisienne, a permis de recueillir la représentation cognitive des lieux connus ou fréquentés auprès d’enfants âgés de 6 à 11 ans., en utilisant un jeu de reconstruction spatiale (JRS) (Ramadier et al., 2006) plutôt que l’habituelle tâche de dessin à main levée, ceci afin de comparer les représentations indépendamment des compétences grapho-motrices des enquêtés. Cette procédure nous a permis de recueillir différents niveaux d’information : (1) le nombre d’éléments urbains et (2) le type d’éléments mentionnés ; (3) le taux d’identification des éléments ; (4) l’étendue et (5) la structure spatiale de la représentation.

Les résultats montrent d’une part que l’utilisation du JRS est possible dès 6 ans et que l’analyse du développement de la représentation est facilitée par une comparaison plus aisée entre les tranches d’âge. D’autre part, il semble important d’introduire des « micro-éléments » (mur, toboggan, etc.) en plus des éléments proposés par Lynch (1960). D’un point de vue développemental, le réseau de relations sociales structure fortement la représentation. Puis, ce sont les bâtiments liés aux services qui apparaissent, pour laisser progressivement la place à des bâtiments à caractère commercial. Enfin, l’identification des rues par leur nom n’apparaîtrait que vers 8-9 ans. Du point de vue des échelles spatiales, quatre modalités s’imposent, allant du trajet de l’école à la ville et ses alentours attractifs. Quant au nombre d’éléments mentionnés, il augmente sans surprise avec l’âge. Finalement, l’analyse de la structure de la représentation à l’aide du JRS permet de distinguer les « cheminements » des représentations de type « spatial » (Appleyard, 1970), et d’observer des représentations « mixtes » (cheminement et spatiale). Des structures de type « spatial » ou mixte ont été observées très tôt chez les enfants. Un résultat intéressant qui nous amènera à conclure en formulant de nouvelles hypothèses sur la construction cognitive de l’espace urbain chez l’enfant.


Capturing everyday experiences : the use of self-directed photography and map work in research on children’s geographies
Nicola ROSS, Université de Glasgow

Cet article s’intéresse aux avantages des travaux photographiques et cartographiques individuels dans les études conduites avec les enfants sur leurs géographies. La discussion est basée sur les résultats d’études multi méthodes conduites avec des enfants préadolescents en milieu urbain et rural dans la région de Fife en Ecosse. La richesse des échanges quotidiens des enfants, leur connaissance personnelle et leur interaction avec leur environnement, ainsi que leur capacité à négocier avec leur habitat, ont été clairement mis en évidence dans cette recherche. L’ajout de travaux photographiques et cartographiques dans les méthodes utilisées a permis aux enfants de se situer dans leur environnement quotidien et de révéler leurs microgéographies ainsi que différents lieux et personnes d’importance. Les photographies et les cartes créées par les enfants sont reproduites ici afin d’illustrer leur façon active, émotionnelle et imaginative d’interagir avec leur environnement. L’accent est mis sur l’importance constante que les enfants portent sur leur voisinage, avec une majorité d’enfants impliqués dans cette étude montrant un sens bien défini de la propriété et une capacité à créer leur propre espace à l’intérieur de leur environnement. Les méthodes utilisées ont permis de capturer les expériences quotidiennes des enfants, facilitant leur implication et augmentant leur participation dans cette étude. Cependant, l’utilisation de méthodes visuelles dans la recherche n’est pas sans poser de problèmes et des questions méthodologiques et éthiques à prendre en compte seront discutées.


Filles et garçons à l’heure de la récréation : la cour de récréation, lieu de construction des identifications sexuées
Sophie RUEL, Université de Caen

Un des traits marquants des cours de récréation des écoles élémentaires est l’utilisation distincte de l’espace par les filles et les garçons. Durant les temps récréatifs, la gestion de l’espace est pratiquée différemment entre les deux genres.

Le dessein de cette communication sera de décrire les formes de relations que les filles et les garçons entretiennent avec l’espace durant les activités récréatives, et d’évaluer dans quelle mesure la cour de récréation est un lieu de formation des identités de genres. L’analyse de la présence spatiale des filles et des garçons au sein des cours de récréation fournit des indices de réflexion pour décrypter le mode de construction identitaire sexuée des enfants.

Cette communication s’inscrit dans le champ de recherche d’une sociologie de l’enfance et dans le cadre d’une thèse en sciences de l’éducation. Elle s’appuie sur un travail d’observation effectué au cours de l’année scolaire 2004-2005 au sein de cours de récréations de quatre écoles élémentaires et complété par une série de quarante entretiens auprès de 21 filles et de 19 garçons âgés de 6 à 11 ans et scolarisés dans l’une des quatre écoles élémentaires sur lesquelles ont porté notre recherche.

Notre intervention portera sur l’appropriation de l’espace par les filles et les garçons et décrira leurs compétences sociales. Elle tentera de montrer comment, immergés dans une société sexuée, ils ne sont pas des êtres passifs mais au contraire des acteurs du processus de socialisation, producteurs d’un espace sexué.


Des minots dans la ville ». Etude des pratiques spatiales des enfants à Belsunce
Elsa ZOTIAN, EHESS - Marseille

Cette intervention portera sur la mobilité quotidienne et autonome des enfants résidant dans le quartier Belsunce à Marseille. Quartier de l’hypercentre caractérisé par une forte densité d’habitat et une histoire étroitement liée à celle de l’immigration à Marseille, Belsunce constitue pour ses populations enfantines un cadre de vie quotidien à la fois marqué par un état de relative pénurie en espaces ludiques (espaces publics, espaces verts, parcs…) et la présence d’un petit nombre d’institutions dédiées aux enfants du quartier (Ecoles primaires, Bibliothèque de l’Alcazar, Centre Social…).

Dans ce contexte d’hyper-fréquentation enfantine de ces quelques espaces publics et institutionnels, nous nous intéresserons d’une part à la façon dont les enfants de Belsunce se représentent leur quartier : quels sont les espaces perçus positivement ou négativement par les enfants ? Comment les enfants nomment-ils leurs espaces quotidiens ? Que révèle cette cartographie-typonomie affective du quartier quant aux catégories mentales enfantines et à leurs rapports aux autres (pairs, adolescents et adultes) ?

D’autre part, nous nous intéresserons aux parcours quotidiens de ces enfants. Partant d’une description concrète et minutieuse de leurs cheminements à travers le quartier, nous verrons comment ces enfants relient espaces privés, publics et institutionnels dans leurs pratiques spatiales quotidiennes. Il s’agit à la fois de comprendre comment les enjeux de la socialisation enfantine commandent ces pratiques d’espaces et de cerner la capacité de ces enfants à perforer les frontières entre espaces privés, publics et institutionnels, avec les conséquences que cela comporte en termes de gestion de ces enfants par les institutions énumérées plus haut.

Enfin, nous nous pencherons sur la façon dont les jeux organisent l’espace urbain : comment les pratiques ludiques développées par les enfants de Belsunce au sein des espaces publics du quartier passent par la découpe de micro-espaces ? Comment le détournement fonctionnel des espaces est au fondement des pratiques ludiques de ces enfants ? Comment les relations inter-enfantines se reflètent dans l’occupation ludique des espaces publics du quartier ?

A partir de cette étude de cas, nous poserons de façon transversale la question de la spécificité des pratiques spatiales enfantines en milieu urbain. Pratiques culturelles à part entière, nous verrons comment elles varient en fonction de l’âge, du sexe et de l’univers culturel familial propre à chaque enfant. Par ailleurs, nous formulerons quelques hypothèses concernant leur probable évolution dans un contexte de profonde transformation du centre ville marseillais.