Parcours de vie et expériences des espaces

Animation de l’axe : Béatrice Chaudet,Benoît Feildel, Christophe Guibert, Annabelle Morel-Brochet, Mathilde Plard
 

 

Chercheurs impliqués

 AngersCaenLe MansNantesRennes
1. Socialisation
apprentissages et éducation
 Caro
Marie
Grelet
Boudesseul
Rouault
Thémines
Ertul Danic
David
Depeau
Gandoulou
Keerle
Legendre
Tersigni
2. Le travail : contextes spatiaux (quête emploi, reconnaissance, autonomie)Arab
Billeaudeau
Delépine
Guibert
Guillemot
Pierre
Roupnel- Fuentes
Bergel
Caro
Thémines
Ertul
Flahaut
Melchior
BigoteauDepeau
Le Breton
Tersigni
3. Santé
bien- être : effets de contexte et capacités d’action
Billeaudeau
Fleuret
Goutas
Léobon
Moisy
Bergel
Grésillon
 ChaudetCalvez
David
Depeau
Keerle
Legendre
Plouchard
Séchet
4. Des mobilités résidentielles aux systèmes de mobilitéArab
Duhamel
Guillemot
Moisy
Mondou
Pébarthe- Désiré
Pickel
Violier
Fournier
Michel
Rougé
Ertul Bailleul
Demoraes
Depeau
Goueset
Hardouin
Le Breton

Les recherches inscrites dans cet axe analysent la fabrique des espaces et des parcours de vie à travers les pratiques et les représentations. Deux registres de processus sont privilégiés dans les analyses : les processus intra-individuels qui concernent les régulations émotionnelles, les identités individuelles, les relations des individus aux espaces (usages, conduites, pratiques), les représentations sociocognitives, etc. ; les processus interpersonnels et intergroupes qui font intervenir autant les systèmes de normes et de valeurs que les rapports et positions des groupes dans l’espace. Les recherches visent à produire des connaissances relatives à des questions sociales qui sont au cœur des débats actuels : celle des risques et vulnérabilités pour la personne, inséparable de celle des différenciations et des inégalités (4.3). Celles-ci sont ici envisagées dans leur production, en articulation avec les processus d’appropriation ou de fabrique des espaces par les individus, dans leurs appartenances à des groupes et communautés. Ce cadre de travail mobilise deux approches complémentaires : les contextes et les transactions. Par contextes, on entend les effets de contraintes et de stimulations exercés par les espaces et les institutions sociales qui constituent les cadres d’actions pour les individus ou les groupes. Par transactions, on entend l’ensemble des processus médiatisant les relations homme-environnement, ceux par lesquels les individus ou les groupes s’approprient leur environnement et en donnent un sens partagé pour instituer des modes de vivre et d’habiter. Cette double approche permet d’organiser trois niveaux d’appréhension des phénomènes étudiés : une entrée par l’expérience et les pratiques ordinaires des espaces, dans laquelle les espaces sont appréhendés en tant que contextes ; une entrée par les parcours et les trajectoires dans laquelle sont prises en considération les temporalités (de l’individu et du groupe) et les héritages, et où sont mobilisées les notions de transitions, de réseaux sociaux et de communautés ; une entrée par les transactions, les situations et les itinéraires conçus comme la résultante des articulations entre les deux niveaux précédents. 
Cette grille de lecture s’applique à quatre thématiques prioritaires pour ESO : l’éducation et la socialisation, le travail, la santé et le bien-être, les mobilités. Dans chacune d’entre elles, sont présents les risques et les vulnérabilités, des différenciations et des inégalités. 

1 Socialisation, apprentissages et éducation 

Renforcées par les dynamiques impulsées par le colloque « Les enfants et les jeunes dans les espaces du quotidien » organisé en 2006, les problématiques liées aux âges de la vie et plus particulièrement à la jeunesse, aux enfants, à l’éducation et aux formes ordinaires d’apprentissage se sont développées dans l’unité au cours des dernières années. L’éducation sera appréhendée dans un sens large, incluant autant la socialisation et l’éveil au sens critique que les apprentissages plus ordinaires. Cela suppose de prendre en considération les contextes de socialisation, ordinaires ou institutionnalisés, dans lesquels les enfants et les jeunes développent leurs rapports aux autres et font avec l’espace. Deux entrées seront privilégiées : l’une par les contextes de vie, observés à partir d’approches comparatives visant à mesurer l’effet des configurations locales et des ressources environnementales sur les usages et pratiques ainsi que sur les formes d’apprentissages des enfants et des jeunes ; l’autre par les transactions appréhendées du côté des enfants eux-mêmes, à partir des processus d’appropriation des espaces, de construction sociale et cognitive de l’autonomie, de socialisation par les relations verticales avec la famille et les adultes ayant la charge de la jeunesse et par les relations horizontales entre pairs. Dans les deux cas, l’âge est une variable incontournable. 
Avoir une conception large de l’éducation n’empêche pas de s’interroger sur le rôle de l’école dans l’éducation. I. Danic contribuera à apporter une réponse à la question des changements dans les relations entre éducation et intégration sociale (contribution au programme FP7 GOETE - Gouvernance des Trajectoires Éducatives en Europe : perspective comparative sur l’accès, l’adaptation et la pertinence de l’éducation des jeunes dans les sociétés de la connaissance européenne), en focalisant sur la période de transition entre l’enseignement secondaire inférieur et l’enseignement secondaire supérieur, général ou professionnel, dans huit pays de l’Union européenne. 

1.1 Configurations spatiales et pratiques des enfants 

Une des actions de recherche de cette thématique portera sur l’impact des configurations spatiales des lieux d’activités et de rencontres des enfants. Elle s’inscrit à l’interface de la psychologie environnementale et développementale tout en intégrant des géographes. Un premier volet porte sur le rôle des aménagements urbains dans les usages des espaces extérieurs au cours de l’enfance. On s’intéressera à la façon dont les enfants développent leurs compétences environnementales en accroissant leur connaissance de la ville et en s’appropriant les équipements et les espaces urbains. Dans le prolongement d’une étude menée dans une petite ville de la banlieue parisienne, le projet vise à éprouver l’effet des formes d’urbanisation sur l’appropriation progressive des espaces publics extérieurs. Les modes d’appropriation des espaces par des enfants de 3 à 12 ans seront étudiés dans des contextes urbains contrastés (variations des taux d’espaces construits et d’espaces urbains ouverts et diversité des aires de jeux proposées). Le second volet propose d’analyser les configurations spatiales intervenant dans la constitution des relations amicales et des réseaux de pairs au cours de l’enfance. En s’appuyant sur des relevés par GPS (3.2.1), on cherchera à comprendre comment les lieux d’activités partagés par des enfants amis s’insèrent dans leurs espaces de vie et s’inscrivent dans l’espace urbain ou périurbain qui constitue le cadre de vie de ces enfants (A. Legendre, R. Keerle, O. David). 
Un autre programme de recherche explorera les facteurs qui permettent les activités physiques des enfants (nature, localisation spatiale et temporelle, durée, accompagnement d’adultes ou d’enfants) et, de ce fait, favorisent ou entravent l’autonomie des enfants en la matière : négociations entre pairs, entre enfants et parents, attentes scolaires parentales, relations de voisinage, technologies de communication, environnement du lieu d’habitation, genre, groupes social et ethnique, contexte culturel et politiques publiques. La recherche prévue dans trois pays offrant des contextes différents du point de vue des cultures institutionnelles – la France et le Royaume-Uni plus soucieux des Droits de l’enfant, l’Australie davantage préoccupée par son développement et sa protection -, réunira des chercheures d’ESO (I. Danic, S. Depeau auxquelles s’associera J. Delalande) à des chercheurs de Melbourne et de Glasgow. 
Toujours dans l’étude de l’impact de la qualité des paysages et des ambiances sur les modes de vie des enfants, leur autonomie, leur socialisation et la formation des réseaux de pairs, une recherche portera sur les bus pédestres. Dans le prolongement de travaux antérieurs entendant l’autonomie des enfants comme processus issu des transactions enfant-environnement, il s’agira de comprendre l’impact du contexte des premiers déplacements sur l’apprentissage des structurations topologiques, des différenciations sociales et de la régulation des émotions ; apprentissages grâce auxquels les enfants deviennent autonomes dans la ville. Ainsi comprise, l’expérience des enfants peut avoir une valeur heuristique pour la conception de chemins ‘marchables’ (cf. walkable city). Afin de poursuivre les travaux sur la caractérisation des contextes de marche durant l’enfance, et en particulier sur le rôle du végétal en tant que nature et espace d’interaction avec les autres, on s’intéressera aux espaces verts, à leur place, leur dimension ressourçante et leurs enjeux dans l’apprentissage du déplacement, la question de fond étant : comment mettre les enfants au vert sans les isoler ? (S. Depeau, E. Quesseveur, en coll. avec des collègues suédois). 

1.2 Transactions et fabrique des lieux 

La notion de transaction permet de définir le sens et la fonction des espaces à partir de la diversité des rapports que les enfants entretiennent avec ces espaces. Autrement dit, les transactions spatiales concourent à la fabrique des lieux, l’espace devenant plus un cadre de réinterprétation des ressources et de mise en sens de celles-ci qu’un simple contexte. Les rapports à l’espace, les formes d’autonomie et de socialisation sont ici observés à partir d’approches multidimensionnelles des contextes de vie des enfants et à partir des formes d’appropriation subjective de l’environnement. 
Inspiré du modèle écologique du développement de l’individu, le projet de S. Depeau (avec T. Ramadier et S. Chardonnel) « Transitions socio-spatiales dans la construction des territoires de l’enfance » vise à comprendre le rôle de transitions dites normatives (telles que le changement d’établissement scolaire) dans le processus d’autonomie des enfants. A partir d’une approche diachronique du développement des rapports des enfants à l’espace, il s’agit d’appréhender les formes de différenciations socio-spatiales et psychologiques que certaines transitions imposent dans les modes d’habiter l’espace. Le travail d’investigation réalisé auprès d’enfants et de leurs parents permettra aussi de dépasser les débats actuels sur les restrictions à l’autonomie en cherchant à comprendre comment les enfants s’arrangent des espaces pour construire de nouveaux ‘terrains vagues’ éventuellement a-spatialisés. L’analyse des pratiques des espaces par les enfants devrait aussi permettre de renouveler les rapprochements théoriques entre la time-geography et l’ecological psychology. De tels rapprochements peuvent contribuer à décrire et comprendre l’évolution des territoires des enfants en élargissant l’espace aux sphères privées et numériques. Enfin, l’investigation des prescriptions parentales en matière d’usages, de pratiques et d’appréhension des espaces permettra d’explorer la notion de culture éducative urbaine. Celle-ci sera mise en relation avec la notion de lisibilité sociale définie par Thierry Ramadier (LIVE à Strasbourg) et avec qui les recherches sont menées. 
Dans le cadre du programme de recherche CORAGE (programme ANR Enfance), S. Tersigni, en collaboration avec une équipe de l’Université de Metz (2L2S) et une autre de Strasbourg (LCSE), explorera la question de la préadolescence comme transition d’âge et de rapport à l’espace et au corps. Particulièrement sensible à l’approche de genre et des tournants biographiques, cette recherche analysera les manières dont les enfants, garçons et filles, de 9 à 13 ans, pensent et gouvernent leurs transformations corporelles dans les pratiques ordinaires. Optant expressément pour une sociologie des enfants en tant qu’acteurs sociaux, S. Tersigni travaillera sur les ressources que ces enfants préadolescents utilisent pour faire face aux changements corporels et à leurs conséquences sur le plan de l’autonomisation, des relations sociales, de la construction de soi. Les dynamiques de construction identitaires des descendants de migrants à partir du corps de préadolescents d’ascendance nord-africaine et turque seront étudiées par l’analyse des modalités de transmission, mais également de la relation à un corps en transformation qui peut être marqué, ethnicisé, voire nationalisé et ‘racisé’. Il s’agira donc de prendre en compte les représentations et pratiques des enfants, de leurs pairs et également de leur entourage adulte (pratiques et discours des parents ainsi que de personnels médicaux et socio-éducatifs). Cette recherche sera conduite dans trois espaces – Alsace, Lorraine, Vénétie -, ce qui permettra d’appréhender la question de l’impact des traditions en matière d’institutions relatives à l’enfance et la jeunesse. 
Dans le prolongement du colloque « Parcours sociaux » organisé au Mans en 2010 par S. Ertul et P. Melchior, une réflexion sera conduite sur l’idéal d’autonomie. Il s’agit d’interroger les tensions entre les contraintes sociales et l’affirmation du sujet. Ce positionnement permettra d’aller au-delà du concept de socialisation qui prend rarement en considération l’idéal d’autonomie de l’individu. 

1.3 De la formation à l’emploi 

La thématique générale de la relation entre la formation et emploi a pris de l’importance à ESO après l’intégration du centre associé CEREQ de Caen en 2009. L’analyse des déterminants des parcours de formation et des mobilités spatiales en cours d’études et au moment d’entrer sur le marché du travail devra permettre de hiérarchiser les facteurs « macro » et « micro » explicatifs de la mobilité, comme l’offre de formation initiale en région, le type de filière et de discipline suivies, l’origine sociale, la structure et la qualité des emplois, le fonctionnement du marché régional du travail, l’effet de politiques publiques locales, les tailles des régions et les distances entre elles, mais aussi le comportement individuel de prise de décision, en lien avec le genre, le niveau de diplôme, les caractéristiques économiques et sociales de l’individu, l’effet des expériences de mobilités en cours d’étude, voire les effets des représentations associées aux carrières et aux lieux (villes et régions attractives ou répulsives). 
Les approches en termes de contexte et de transactions seront mobilisées pour rendre compte de la diversification des trajectoires de formation et éclairer les processus qui concourent aux différenciations et aux inégalités dans l’entrée dans la vie active. Les analyses longitudinales et les comparaisons interrégionales permettent d’expliciter la genèse de situations et de trajectoires de vulnérabilité. L’étude des parcours de formation et d’emploi prendra en compte plus particulièrement trois questions vives de société, à savoir l’orientation, le décrochage scolaire et la vulnérabilité au cours des premières années de vie active. Ainsi, dans le cadre des évaluations d’expérimentations appelées par l’Ex-Haut Commissariat à la Jeunesse, l’équipe du CEREQ de Caen évaluera, en partenariat avec des conseils régionaux, des rectorats et un centre médico-psychologique, cinq dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire dans quatre régions françaises : Basse-Normandie, Auvergne, Centre et Ile-de France. Il s’agira d’étudier le rapport entre l’aide à l’orientation et les parcours scolaires des élèves en établissements privés et publics (Y.Grelet, G. Boudesseul, C. Coinaud, S. Bigot-Maloizel et C. Vivent). 
Par ailleurs, pour ce qui concerne l’orientation, l’enquête PASTEL qui suit une cohorte de jeunes Bas- Normands depuis le second cycle de l’enseignement secondaire, dans des établissements publics et privés, permet de rendre compte de l’évolution des projets des jeunes au fur et à mesure de leur scolarité. Il s’agit plus particulièrement d’analyser les relations entre l’aide à l’orientation et les parcours scolaires des élèves (Y. Grelet, G. Boudesseul, P. Caro, M. Bermond, C. Coinaud, C. Vivent, S. Bigot-Maloizel). En complément, l’équipe suit les parcours de formation scolaire et d’insertion professionnelle de jeunes issus des milieux ruraux montagnards en France métropolitaine sous l’angle des mobilités spatiales (parcours et lieux de formation, lieu du premier emploi ou lieu de poursuite d’études). Plus largement, les mobilités seront étudiées sur sept années après la sortie du système éducatif. L’objectif est de reconstituer et identifier des parcours-types au fil de l’insertion professionnelle, les choix qui sont faits en fonction du type d’espace de résidence (rural, urbain ou périurbain) et des moments dans les parcours de vie (insertion professionnelle, autonomie résidentielle) (P. Caro, Y.Grelet, C. Coinaud, P. Bergel, M. Bermond, M. Marie, J-F Thémines, R. Rouault). 
Ces différents travaux bénéficient de la possibilité de mobiliser les enquêtes « Générationnelles » du CEREQ, l’enquête PASTEL déjà citée et la base de données de l’observatoire « Education et Territoires » (anciennement Observatoire de l’école rurale). Les méthodes d’analyse emprunteront à l’analyse multivariée, aux méthodes longitudinales et à la cartographie. Ces recherches seront valorisées dans le cadre de plusieurs réseaux européens comme l’European network on Regional Labour Market Monitoring ou l’European research network on transitions in youth. Elles convergent avec des travaux prévus dans ESO en dehors du site de Caen, et notamment au Mans où S. Ertul est directeur de l’Observatoire de la Vie étudiante de l’Université du Maine. 

2 Le travail : les contextes spatiaux de la quête d’emploi, de reconnaissance, d’autonomie 

L’originalité des travaux proposés dans ce champ de recherche habituel à ESO mais qui n’était plus prioritaire consiste à mettre en évidence l’importance des dimensions spatiales et territoriales du travail et de l’emploi, là où la majorité des recherches sont conduites en termes de segments professionnels ou de relations sociales. Les effets de contextes, les inégalités et vulnérabilités sont des dimensions évidentes dans les questionnements relatifs à l’emploi et au travail. Trois entrées structurent ce sous-axe : l’accès et le retour à l’emploi ; les identités professionnelles ; les migrations internationales de travail. Elles correspondent à trois quêtes : l’emploi, la reconnaissance, l’autonomie. 

2.1 Mutations du travail et accès à l’emploi 

Cette thématique est étroitement articulée aux recherches portant sur les trajectoires de formation et de qualification, le découpage entre éducation et formation d’une part, accès à l’emploi de l’autre étant arbitraire mais stratégique. La convergence entre les travaux du CEREQ à Caen et ceux d’autres chercheurs de l’UMR s’est concrétisée par l’implication de tous les chercheurs d’ESO travaillant sur la formation et l’emploi dans le projet FP7 « Future Jobs for a Better Life ». Des travaux sont prévus sur les difficultés de mise en concordance des diplômes avec les demandes émergentes sur le marché du travail, notamment dans le domaine des ‘nouveaux emplois verts’. Ceux-ci seront étudiés dans leurs conséquences socio-spatiales dans une perspective comparative au sein de l’UE, voire aussi dans quelques pays d’Amérique latine (P. Caro, S. Ertul, L. Guillemot, J-P. Melchior). Pour clore ce projet, et après les colloques en intelligence territoriale prévus à Strasbourg (fin 2010), Gatineau, Canada, en 2011, La Plata, Argentine, 2012, et deux autres pays en 2013 et 2014, ESO se propose d’organiser en 2015 les deuxièmes rencontres Grand Ouest de l’Intelligence territoriale. Ces journées feront le point sur les avancées relatives à la prospective des mutations du travail par l’identification des indicateurs du développement durable accessibles aux acteurs territoriaux. 
Les questionnements prolongeraient et élargiraient ceux posés à propos de la qualité des emplois dans les OES. Il s’agit d’étudier l’impact du contexte socio-économico-spatial sur l’emploi dans ces organisations et de comprendre comment la qualité de l’emploi est liée à son inscription territoriale. Cette qualité de l’emploi sera notamment étudiée sous l’angle du genre. Les OES réunissent des hommes et des femmes autour de projets et d’activités à la double dimension économique et politique et affichent, au moins pour celles qui revendiquent leur appartenance à ce tiers-secteur, l’ambition de constituer une forme d’entreprise citoyenne. On peut donc se demander si le lien social que ces organisations se proposent de créer et d’entretenir prend effectivement des formes spécifiques. Les inégalités observées dans la société globale entre les hommes et les femmes, tant dans le monde économique que politique, sont-elles reconduites dans les mêmes termes dans ces organisations ou bien au contraire, celles-ci offrent-elles un cadre alternatif plus favorable aux femmes ? (participants ESO : M. Bigoteau, V. Billaudeau, E. Flahault, G. Pierre). 
Pour ceux qui sont confrontés au chômage, l’enjeu est le retour à l’emploi. Les disparités spatiales dans les chances de retour à l’emploi sont d’autant plus actives qu’elles sont mal connues et frappées d’invisibilité. C’est pourquoi, à partir d’une recherche menée auprès de 3000 licenciés de Moulinex de Basse-Normandie, M. Roupnel-Fuentes propose d’expliquer les inégalités différenciées de réinsertion professionnelle à la lumière des contextes territoriaux. Souvent attribuée à un échec des cellules-emplois, cette inégalité doit plutôt être reliée à des facteurs tenant à la vitalité du bassin économique et du marché de l’emploi local et à l’attractivité des territoires, tant du point de vue des entreprises (délocalisation ou relocalisation, implantations nouvelles...) que des actifs. Ceci amène à penser le chômage comme une réalité ancrée et localisée (L. Guillemot). 

2.2 La construction des identités professionnelles 

Outre la question des incertitudes des identités professionnelles agricoles dans le contexte de transformations en cours dans les modèles agricoles (2.1), cette thématique sera traitée à partir de la construction des identités professionnelles dans le travail d’enseignant. Dans la poursuite de travaux conduits sur les dynamiques identitaires chez les enseignants débutants, J-F. Thémines analysera la formation des identités individuelles et groupales au travail à partir de la demande de reconnaissance, qui prend la forme de revendications mais aussi d’une demande plus générale portant sur le respect et la dignité que chacun estime dus à son travail et à sa personne. La spécificité réside dans le double mouvement que connaît le monde de l’enseignement primaire et secondaire : d’une part, la montée d’une définition du métier et d’une évaluation de la professionnalité par les compétences qui ne prend pas appui sur les « gens de métier » ; d’autre part, la promotion et la valorisation de l’initiative, de l’innovation, de l’engagement personnel et finalement de la singularité de chaque employé. La dimension spatiale de ces stratégies de reconnaissance sera explorée, dans l’examen de la professionnalité (traitement et qualification des lieux, usages des lieux) et dans l’expression de la preuve et l’attestation de la professionnalité. 

2.3 Migrations internationales de travail et nouvelles expériences des espaces 

Le potentiel de recherche sur les migrations internationales a été renforcé grâce aux recrutements de S. Tersigni puis de C. Arab. Ce potentiel porte notamment sur la féminisation des migrations internationales de travail. Dès lors que les femmes ne migrent pas pour accompagner leurs maris, on peut analyser leurs migrations de travail sous l’angle de la quête d’autonomie. 
Le projet de recherche sur lequel a été recrutée C. Arab porte sur les migrations internationales des femmes marocaines, qui sont très impliquées dans la dynamique en cours de féminisation des migrations internationales. Un premier terrain concerne les travailleuses marocaines dans l’agriculture espagnole à Huelva et Alicante. Ces femmes circulent au gré des ‘contrats en origine’ qui prévoient des séjours temporaires mais pouvant être renouvelés d’une année sur l’autre (les enquêtes de terrain sont financées par l’AMERM, Association Marocaine des Etudes et Recherches sur les Migrations, et le CIREM, Centre d’Initiatives et de Recherches Europe-Méditerranée en Espagne). Un deuxième terrain est prévu dans les pays du Golfe, à Dubaï. Cette ville attire aussi bien des femmes marocaines de l’élite, qui ont pu faire des études au Maroc ou ailleurs dans le monde et qui sont susceptibles de trouver un emploi dans les secteurs scientifiques ou technologiques hautement qualifiés, que des femmes marocaines qui vont travailler dans les services domestiques mais aussi dans la prostitution (non sans liens avec le tourisme international). La recherche portera sur ces deux types de migrations : parcours migratoires, motivations personnelles, situation à Dubaï. 
Des travaux sont également prévus sur la recomposition des mobilités de travail dans le bassin méditerranéen. Des travaux sont envisagés sur les migrations chinoises en Algérie : enjeux migratoires, logiques commerciales et recompositions urbaines (cf. le projet TASSILI avec Constantine en cours de montage (1.2) et impliquant, sur ce volet, C. Arab, S. Tersigni, P. Bergel et S. Delepine) et sur les migrations de personnels soignants et du soin, en lien avec le concept de « global care chains ». 

3 Santé et bien-être : effets de contextes et capacités d’action 

Le périmètre de cette thématique est fixé par la définition de la santé figurant en préambule de la constitution de l’OMS (1946) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition engage une prise en compte globale de l’individu et des groupes sociaux dans les relations qu’ils entretiennent avec leur environnement physique, mental, social et politique. Elle suppose une approche qui portera de façon prioritaire sur quatre domaines : la production du bien-être, les situations de risque et de vulnérabilité, les situations d’invalidité, les processus de vieillissement. Les travaux qui ressortissent à cette thématique permettent d’articuler les contextes, en tant que déterminants structuraux de la santé des individus et des populations, et les transactions, en tant que résultat des capacités d’action individuelles et collectives pour produire la santé par la maîtrise des conditions de vie et l’appropriation des environnements. L’approche en termes de transactions renvoie aux questions d’empowerment qui sont au cœur de la charte de Bangkok (2005), imprégnée des problématiques relatives aux inégalités de santé dans un contexte de mondialisation. L’articulation entre contextes et transactions doit permettre de rendre compte de la production de situations de vulnérabilité et des processus contribuant à la production d’inégalités de santé dans les populations. 

3.1 Les expériences de l’espace et la production du bien-être 

Si l’analyse de la production du bien-être constitue un objet propre avec ses paradigmes spécifiques, elle contribue également à l’explicitation des processus de production de la santé dans la mesure où le bien- être est le substrat de la santé individuelle et collective et où, comme l’ont montré les épidémiologistes, l’altération de ce bien-être est génératrice d’états pathologiques. La spécificité des approches développées par ESO réside dans la prise en compte des usages de l’espace et des modes d’habiter dans la production de ce bien-être appréhendé ici en termes d’émotions ou d’ambiances. En continuité des travaux qu’il a menés sur la production du bien-être et la qualité de vie, S. Fleuret va s’inscrire dans un projet européen co-piloté avec le CEPS-INSTEAD au Luxembourg (dépôt prévu en 2011). 
Le programme de recherche développé par N. Goutas (avec A. Goutas, Univ. de Franche-Comté) a pour objectif d’analyser les émotions mises en activation par la fréquentation d’espaces dans la ville – soulignons que cette question des émotions a également émergé dans la géographie anglophone (http://www.emotionalgeography.com/) et qu’elle mériterait de faire l’objet d’un séminaire pluridisciplinaire international. Ce programme vise à développer une approche située au croisement de la psychologie sociale et de la sociologie des affects et qui doit contribuer à l’analyse de la fabrication du bien-être, et donc par là de la santé individuelle et collective dans ses ancrages spatiaux. Il est, de plus, susceptible d’éclairer la formation des sentiments de justice et d’injustice qui contribuent à la perception de situations de vulnérabilité ou de risque. Ce programme débouchera sur un ouvrage discutant les aspects théoriques et pratiques de l’analyse des émotions dans ses dimensions spatiales. 
Les travaux de S. Depeau sur les notions d’impressions d’ambiance, de caractérisation d’espaces ressourçants et de compréhension des situations urbaines attractives dans les pratiques et représentations d’environnements urbains complètent ces approches des émotions. Ils ont pour objectif de mieux cerner certains paradoxes dans la recherche de bien-être et les choix de lieux. P. Woloszyn, quant à lui, part de l’idée que l’environnement urbain se manifeste aux sens par la perception de phénomènes d’ambiance. Inscrivant ses approches dans le champ de l’urbanisme et de l’architecture, il a pour ambition d’introduire l’homme dans la boucle de simulation espace urbain / processus physiques via l’analyse des facteurs perceptifs relatifs aux ambiances, en lien avec le développement d’outils d’évaluation des phénomènes environnementaux en milieu urbain (3.2). Enfin, si les travaux prévus sur l’étude des ambiances sonores et olfactives dans différents secteurs de l’agglomération constantinoise (3.2) ont pour l’objectif immédiat d’analyser les phénomènes d’ambiance, ils contribueront aussi à expliciter la notion de production de bien-être (P. Woloszyn, L. Grésillon). 

3.2 Les situations de risque de santé et les situations de maladie 

En mettant l’accent sur les vulnérabilités dans lesquelles se trouvent les individus, les approches situationnelles ont pour objectif de construire des alternatives aux analyses centrées sur les facteurs de risque en prenant en compte les contextes spatiaux et sociaux et les transactions dans l’appropriation des ressources qu’offrent ces contextes. Elles permettent aussi de reconsidérer les analyses des trajectoires de maladie en interrogeant les transactions que les malades développent avec les contextes dans lesquels ils sont, et les configurations qui en résultent. C’est cette perspective que l’on entend développer dans plusieurs domaines en s’interrogeant à la fois sur les trajectoires des individus, sur les contextes qui les génèrent et sur des mobilisations collectives qui exposent ou qui permettent de répondre à ces situations. 
En intégrant les inégalités d’exposition à des risques, nuisances ou pollutions autant que les inégalités d’accès aux aménités environnementales, la question des vulnérabilités suppose de s’intéresser simultanément aux populations (impact des expositions, vécu de la présence des risques ou aménités...), aux espaces (projets urbains, valeurs immobilières et foncières...) et aux politiques territoriales (prise en compte et gestion des risques). Une méthodologie exploratoire d’identification et de caractérisation de la vulnérabilité territoriale sera d’ailleurs construite dans le cadre du programme de recherche du Groupe de recherche européen en Intelligence territoriale, le GdREit, dont la reconnaissance a été demandée au CNRS en avril 2010 (pilotage ESO : P. Woloszyn). 
La poursuite du programme JUVENIL (ANR Vulnérabilités, O. David) portant sur l’exposition des jeunes à des phénomènes de vulnérabilité sociale et de santé permettra de s’interroges sur les stratégies d’adaptation que les jeunes mettent en œuvre, sur la construction de leurs propres parcours et sur leur impact sur les structures sociales. L’approche comparative portant sur trois départements bien différents dans leurs configurations sociales et territoriales permettra de mettre en évidence l’effet des contextes résidentiels sur ces vulnérabilités. Il sera intéressant de se pencher sur l’articulation entre le quadrillage d’offre de services réalisé par les politiques en faveur des jeunes et la façon dont ceux-ci vont construire leurs propres parcours de santé (mais aussi d’insertion) dans ce contexte. Les caractéristiques des espaces de vie sont déterminantes dans les ressources que les jeunes peuvent ou non mobiliser pour faire face à leurs besoins. A partir de ce constat, on formulera l’hypothèse d’un processus de traduction de l’action publique, les usagers opérant une modification de l’orientation des dispositifs par la réinterprétation ou la non utilisation qu’ils en font. On peut également supposer que cette appropriation subjective des mesures par les jeunes est profondément liée aux configurations locales dans lesquelles ils s’inscrivent, qu’il s’agisse de l’orientation globale donnée à la politique locale de jeunesse, de l’implication des différents acteurs locaux, de la nature et de la forme des dispositifs ou encore des logiques d’action des professionnels en contact avec les jeunes. 
Les recherches relatives à la santé environnementale soutenues par l’AFSSET et qui ont pour objet d’analyser le processus de cristallisation de plaintes relatives à la santé et aux effets de l’environnement sur la santé s’intéressent aux définitions de situations de risques de santé environnementale et à leur ancrage socioculturel, en prenant en compte les composantes de l’environnement spatial des personnes et les interprétations qu’ils en développent dans le cadre de leurs institutions sociales (M. Calvez). Cette analyse des risques de santé sous l’angle des contextes résidentiels et environnementaux peut être pensée comme une contribution à la réflexion sur la justice environnementale. C’est ainsi que l’un des volets du programme CMEP/Tassili qui lie ESO et le laboratoire « Ressources naturelles et aménagement » d’Annaba porte sur l’étude du bien-être sanitaire et environnemental à Annaba. Les questions de l’accès à l’eau et des pollutions de l’air seront notamment explorées (E. Hellier, R. Séchet, P. Bergel). A la suite du programme Utique piloté par Y Djellouli, la caractérisation des inégalités environnementales et les impacts sanitaires à Sfax (Tunisie), à Nouadhibou (Mauritanie) ainsi que dans l’espace français (Fos-Marseille, Donges) font l’objet de plusieurs thèses de doctorat. 
Dans la continuité de ses recherches sur la santé des LGBT (lesbiennes, gays, trans- et bi-sexuel-le- s) et partant du constat qu’une proportion élevée de ces personnes est confrontée à des problèmes sur le plan de la santé physique et mentale, A. Léobon propose de comprendre les usages d’Internet associés aux risques de santé (en particulier IST et VIH) auxquels sont confrontées les minorités sexuelles. Après un premier temps relatif au recensement et à l’évaluation des programmes d’intervention en ligne déjà développés par les associations ou groupes communautaires en France et au Canada, il s’agira d’évaluer la diversité et la spécificité des besoins en matière de soutien et de santé des minorités sexuelles, ainsi que leurs usages de la toile lorsqu’ils s’interrogent sur leur santé ou celle de leurs proches afin de mieux orienter les réponses en matière éducative et de santé de la part des organisations et éditeurs de contenu. 
Un programme de recherche financé par l’INCa analyse les trajectoires de maladie en termes de gestion de la vulnérabilité corporelle et sociale des malades atteints de cancer en évolution(H. Marche, M. Calvez). Ces travaux s’articulent avec ceux menés au sein de l’Atelier de recherche sociologique de l’UBO (EA n°3149) sur les relations entre la situation de migration, la vulnérabilité corporelle et l’accès aux soins des malades du cancer. La vulnérabilité sociale de ces patients s’apprécie au travers de la définition qu’ils donnent de leur situation de maladie. Cette situation présente des différences en fonction des trajectoires migratoires des personnes, de leur biographie, mais aussi de leur inscription dans un territoire qui engage un accès différencié aux soins. 

3.3 Les situations de handicap 

La notion de situation de handicap qui renvoie au modèle social du handicap se décline sous différentes formes, des disabilities studies aux processus de production des handicaps [PPH]. Elle permet de sortir d’une vision médico-centrée pour prendre en compte conjointement les trajectoires des personnes avec une incapacité et leurs environnements. Les situations de handicap sont considérées comme la résultante de l’articulation entre une expérience dans ses multiples dimensions, corporelle, biographique, social et culturelle et un environnement lui-même appréhendé de façon large, depuis ses dimensions matérielles jusqu’à ses aspects institutionnels et symboliques. 
Des recherches menées dans l’unité visent à caractériser les processus qui concourent à la production de situations de handicap. Ainsi les recherches sur l’intégration des enfants en situation de handicap dans des réseaux d’amis (A. Legendre, R. Keerle, O. David) ont pour objectif d’analyser les conditions environnementales et sociales susceptibles d’agir sur le développement des compétences sociales de jeunes enfants présentant des déficiences. Une recherche doctorale financée par la CNSA analyse l’expérience des personnes sur les situations de grande dépendance et les transactions qu’elles opèrent pour organiser leur vie quotidienne (A. Beyrie). Une autre recherche doctorale considère les situations de handicap en s’intéressant aux relations entre les risques de dépendance et le capital social dont est doté un territoire (S. Burlot-Tual). La recherche doctorale sur l’accessibilité aux soins des personnes hémophilespermet d’articuler trajectoires et territoires pour qualifier des situations de handicap (M. Berger). 
D’autres travaux portant sur l’accessibilité rejoignent la problématique des politiques publiques pour le bien-être de tous (6.3.2). Ici pourront prendre place les recherches que B. Chaudet (cf. sa thèse « Handicaps, vieillissement et accessibilité ») pourra développer suite à son recrutement comme MCF à l’Université de Nantes. P. Woloszyn (avec Thomas Leduc, UME AAU 1563, appel d’offre de la région Pas de la Loire) propose quant à lui de développer un outil exploratoire d’aide à l’expertise des ambiances patrimoniales avec une application au cas particulier des parcours ‘confort’, au sens de l’accessibilité des personnes en situation de handicap, dans les Villes et Pays d’Art et d’Histoire des Pays de la Loire. Cette recherche a pour objectif de coupler le registre de la caractérisation des ambiances architecturales et urbaines avec celui de la médiation culturelle et des visites guidées du patrimoine en milieu urbain, en intégrant les contraintes spécifiques de l’accessibilité aux personnes en situation de handicap provisoire ou permanente. 

3.4 Processus et situations de vieillissement : formes d’adaptation et production des contextes 

Le vieillissement est à la fois un processus individuel qui s’accompagne d’une dégradation de l’état de santé et une situation collective correspondant à l’addition de situations individuelles. La mobilité est un angle d’approche pertinent pour analyser la singularité des situations de vieillissement par rapport aux situations de handicap. Le projet de recherche PREDIT « Vieillissement de la population et systèmes de transport » devrait démarrer début 2011 (en partenariat avec le cabinet Mobhilis et l’association « AGIR – Le transport public indépendant »). Il a pour but d’analyser l’acceptabilité par les personnes âgées des nouvelles technologies relatives à la communication, à l’information et à la billettique. Les transactions opérées dans un contexte de nouvelles technologies devraient permettre de dégager les processus générateurs de situations d’intégration et, à l’inverse, des situations d’inadaptation, voire de marginalisation de personnes vieillissantes (R. Keerle, O.David, A. Legendre, L. Plouchard, R. Séchet). 
Un autre programme de recherche porte sur les pratiques touristiques des seniors et - ce qui intéresse cet axe sur la santé - sur la frange de la population qui part le moins pour des raisons diverses (santé, finance, technologie). En prenant le cas de l’Espagne, il s’intéresse aux réponses apportées par les professionnels dans un contexte de production marchande (L. Moisy). 
Au-delà de ces thématiques de la santé et du bien-être, les différents programmes de recherche contribueront à qualifier les notions de situations - qui résultent des transactions entre les acteurs et leur environnement - et de trajectoires - qui expriment les formes biographiques que prennent ces situations. C’est à partir de ces approches que l’on envisage de rendre compte de la genèse de vulnérabilités et d’inégalités sociales et territoriales pour contribuer à renouveler les analyses des risques de santé proposées par l’épidémiologie et fondées sur la prise en compte des comportements individuels. L’attention portée à la production du bien-être et aux dynamiques sociales et communautaires dans la promotion de la santé (à des âges différents) met également en avant les facteurs collectifs de construction de la santé. Un travail systématique dans le cadre d’un séminaire ou d’un colloque devra, au terme du quadriennal, faire un état des acquis de ces orientations de recherche. 

4 Des mobilités résidentielles aux systèmes de mobilité 

4.1 Des mobilités quotidiennes inscrites dans des systèmes de mobilité 

Des travaux novateurs sur le plan méthodologique et en termes d’apports de connaissances seront développés malgré le départ de R. Dodier dont les recherches ont contribué à enrichir les problématiques relatives aux mobilités résidentielles et quotidiennes dans les villes françaises. Une part de ces travaux s’attachera, à partir d’approches contextuelles, à comprendre comment certaines stratégies résidentielles sont rendues possibles par une maîtrise accrue de la mobilité quotidienne (au prix d’efforts parfois importants qui conduisent à une dégradation des conditions de vie, et d’une évolution des conditions de vie) ou encore comment, au sein des mêmes villes, une dégradation ou différenciation des conditions de circulation amplifient les inégalités observées sur le plan résidentiel. 
L’approche en termes de système de mobilité qui repose sur l’articulation entre mobilités résidentielles et quotidiennes, éventuellement observées sous forme de relevés d’itinéraires des déplacements quotidiens, permettra d’enrichir les travaux sur les différenciations sociales et les inégalités socio-spatiales dans l’accès aux ressources de la ville (S. Depeau, V. Gouëset, L. Rougé) (4.3.3). Les terrains d’étude concerneront aussi bien les métropoles d’Amérique latine (fin du programme METAL) que l’agglomération parisienne (L. Rougé dans le cadre du projet PUCA « Métropolisation parisienne en question » sur les franges extérieures de l’Ile-de-France) ou l’agglomération rennaise (S. Depeau). 
L’exploration des mobilités sera également développée dans le cadre des paradigmes de l’identité et des potentiels d’innovation sociale contribuant à fabriquer de nouveaux territoires de la mobilité (S. Depeau). En complément, la recherche tout juste engagée dans le cadre du programme PUCA « Trames de mobilités collectives : nouvelles expériences « publiques » du déplacement dans les périphéries urbaines. Analyse dans les espaces de l’Ouest » (responsables : M. Dumont et E. Hellier, avec S. Depeau, E. Le Breton) aura pour objectif de dresser un état des lieux des mobilités alternatives (dont le covoiturage et les pedibus) qui se combinent en trames et échappent à l’individualité. Dans ce cadre, la poursuite de l’étude du phénomène « d’embullement » des trajets des enfants dans le cadre des bus pédestres scolaires permettra de questionner l’hypothèse de potentielles logiques d’entre-soi dans la formation de ces bus pédestres ainsi que leur publicisation à travers les dispositifs d’encadrement social et spatial (S. Depeau). L’exploration des pratiques de mobilité en périphérie urbaine permettra de poursuivre l’investigation de la mobilité quotidienne des enfants et des adultes en termes de transformations des modes de vie et des formes d’habiter. 

4.2 Les mobilités touristiques comme mobilités dans le hors quotidien 

La pratique touristique est inscrite dans le hors quotidien. Et de ce fait, sauf exception, les partants maîtrisent beaucoup moins bien l’environnement de destination que leur environnement quotidien. On peut toutefois noter des similitudes avec les mobilités quotidiennes, comme par exemple l’informatisation des procédures relatives aux transports. Une première réflexion sur le couple mobilité touristique et technologie a été lancée lors du colloque Champlain 2010. Les technologies dont le tourisme est aujourd’hui extrêmement friand facilitent-t-elles l’accès à la pratique, ou au contraire la complexifient-t-elles ? Est-elle réductrice ou au contraire productrice d’inégalités ? Les questions rejoignent celles relatives à l’acceptabilité des nouvelles technologies relatives à la communication, à l’information et à la billettique par les personnes âgées. 
La pratique touristique n’impliquerait-elle pas de disposer d’un important capital de mobilité ? L’offre est massive, l’envie de partir aussi, mais l’accès à la pratique est de plus en plus complexe. La mesure des inégalités dans l’accès au tourisme et dans le contenu de la pratique (et les choix spatiaux associés) suppose de s’intéresser aux ‘gros partants’ comme aux populations ayant jusqu’à présent eu peu accès au tourisme ou bien n’y ayant plus accès (populations âgées, en situation de handicap, à faibles revenus, ne disposant pas du capital de mobilité nécessaire). L’un des enjeux de recherche, toujours dans une problématique de systèmes de mobilité, serait de saisir les évolutions des pratiques touristiques sur le temps long des parcours de vie des individus et d’identifier les relations entre pratiques de mobilités non-touristiques et mobilités touristiques. Ainsi, on parviendrait à mieux comprendre le système des mobilités individuelles dans les sociétés occidentales en général et tout particulièrement françaises (L. Moisy, P. Duhamel). 
Le développement des déplacements professionnels à longue distance entraîne un recoupement entre la sphère du quotidien et celle du hors quotidien, ainsi qu’une hybridation des mobilités puisque ces déplacements s’effectuent souvent vers des lieux touristiques. L’étude des mobilités liées aux voyages d’affaires devrait permettre d’analyser les interférences entre mobilités professionnelles et agrément dans des lieux en quête de diversification (du tourisme à l’événementiel et aux rencontres d’affaires). Trois types de terrains seront investis : des lieux emblématiques du tourisme en France et dont l’évolution est de plus en plus liée aux rencontres d’affaires et à de grands événements (Deauville ou Cannes) ; des destinations touristiques de pays émergents (île Maurice, Thaïlande) qui tentent une diversification dans les rencontres d’affaires et l’événementiel parce qu’elles offrent les ressources adéquates ; des lieux urbains de pays émergents où l’essor des voyages d’affaires et des infrastructures facilite le développement des mobilités touristiques (cas de capitales asiatiques, comme Singapour ou Hong Kong, plaques tournantes des mobilités contemporaines) (H. Pébarthe-Désiré).