Dynamiques sociales et spatiales

Animation de l’axe : Valérie Billaudeau, Philippe Boudes, Julien Noël, Hélène Pébarthe-Désiré, Lionel Rougé

Les recherches menées dans cet axe s’inscriront dans la mise en question de la distinction entre les catégories spatiales classiques que sont le rural et l’urbain tout en portant une attention particulière aux formes de ségrégation et de segmentation des espaces ainsi qu’à la dimension spatiale des inégalités sociales. La lecture des dynamiques sociales et spatiales sera faite sous l’angle de l’articulation entre mondialisation et ancrage territorial : comment la mondialisation produit-elle de nouveaux ancrages, en pérennise d’autres, ou favorise des évolutions pouvant aller jusqu’à faire disparaître ce qui fait territoire ? Il s’agit donc d’interroger les mots et la pertinence des modèles explicatifs en circulation face à des espaces et des sociétés en mouvement. 

1 Stratégies et ancrage territorial des entreprises et des organisations 

Ce sous-axe réunit des objets de recherche jusqu’à présent dispersés dans le programme d’ESO. Leur regroupement traduit la volonté de vigilance par rapport à l’importance du fait économique. Les recherches prévues partagent largement une préoccupation : celle de l’importance des économies territoriales et de la proximité, des ancrages et des impacts des projets visant à les renforcer. 

1.1 Des dynamiques économiques plurielles 

Deux entrées seront présentes : celle de l’ancrage sociétal et territorial des entreprises, qui sera notamment posée à partir des organisations de l’économie sociale et solidaire [OES], des industries agro- alimentaires et de l’agriculture, et celle de la diffusion de l’innovation. 
Les travaux sur l’économie sociale et les finances solidaires en région ont permis d’affirmer la nécessité d’incorporer le concept de territoire au corpus théorique de ce que certains appellent la « nouvelle économie sociale » (Fourel et al., 2001). L’étude de cet ancrage territorial permettra de comprendre comment les finances solidaires peuvent contribuer à remodeler les territoires dans lesquels elles s’inscrivent et comment cet ancrage est intégré dans la parole des porteurs de projets et des bénéficiaires des finances solidaires. Le tout s’inscrit dans une réflexion élargie à la structuration de réponses collectives aux besoins des populations (E. Bioteau, E. Flahault). Cet ancrage territorial de l’ESS est toutefois à observer à l’aune de la qualité des emplois proposés dans les OES. 
La question de l’ancrage sera également posée à propos de l’agriculture, tant au niveau de la distribution que de la transformation des produits. Les stratégies d’implantation des firmes agro- alimentaires affectent d’autant plus les espaces locaux ou régionaux que les incidences peuvent être fortes pour le monde agricole qui approvisionne les firmes en produits bruts. Quelles sont les capacités du milieu local à contourner ou à inverser les processus inhérents aux stratégies basées sur des logiques de compétitivité à court terme ? On pourra aussi s’interroger sur la notion de coopérative territoriale : cette expression devrait être réservée aux coopératives ayant pour but de produire du territoire alors que la notion d’ancrage territorial convient mieux pour qualifier les coopératives quand leur but est de valoriser la production des agriculteurs sur le marché général. Un travail est à mener sur la perception de la dimension territoriale du métier d’agriculteur par les opérateurs, coopératifs ou non, qui imposent leurs exigences dans des logiques de filière. Venant en continuité des premiers enseignements du projet PSDR CLAP, la recherche ciblera dans un premier temps la filière laitière dans le Grand Ouest de la France avant d’être élargie à d’autres espaces européens. 
Les stratégies des firmes agro -alimentaires dépendent aussi des exigences en matière de qualité des produits. La recherche d’une alimentation « zéro défaut » a des impacts sur les lieux de production agricole et de transformation alimentaire (mesures agri-environnementales, food miles...). Qui pour produire et pour quelle(s) alimentation(s) ? Cette question planétaire trouve des résonances à l’échelle régionale avec la montée en puissance de la demande de proximité par les consommateurs. Reflet et conséquence de ces nouvelles attentes, la chaîne alimentaire connaît des mutations plus ou moins marquées selon les produits considérés. Cette question est à la base d’un collectif de chercheurs nantais, géographes et nutritionnistes, réunis autour du thème « chaîne alimentaire et territoires : santé, bien-être, environnement » (C. Margétic). 
L’affirmation des signes de qualité alimentaire sera analysée à partir de l’extension de l’agriculture bio dans le Grand Ouest, de l’affirmation de territoires de qualité à travers les produits alimentaires sous signes officiels, de la patrimonialisation des territoires et de l’agro-tourisme. Les travaux porteront sur l’ancrage territorial des circuits courts, avec la définition de réseaux de proximité producteurs/ consommateurs/ restaurateurs (valorisation du programme INRA PSDR GO Liproco) et sur leur accompagnement institutionnel. Ces circuits courts et autres AMAP sont-ils plus marqués dans les agricultures urbaines et périurbaines ? Multiformes mais parfois expérimentales, celles-ci seront étudiées dans le cadre d’une recherche comparative France/Québec (C. Margétic, Y. Le Caro, S. Scheffer) et d’une thèse financée par la Région Bretagne. Dans la continuité de ses travaux sur les circuits courts de commercialisation (projet SALT, Systèmes Alimentaires Territorialisés), G. Durand (Agrocampus Ouest) participera à un projet de recherche du programme européen sur l’agriculture pour le développement. Ce projet (2011-2013) accepté par l’UE portera sur les systèmes alternatifs de commercialisation associative pour la sécurité alimentaire des familles paysannes et la souveraineté alimentaire dans les territoires andins (Bolivie, Equateur et Pérou). Il donnera lieu à quatre thèses de doctorat. 
L’étude des canaux et des rythmes de diffusion de l’innovation, en lien avec les organisations territoriales et leur contexte à la fois politique et institutionnel, permet de mettre en évidence des modèles de comportements spatiaux, ce qui est essentiel pour éclairer les politiques publiques et les actions d’aménagement. Ces modèles mettent notamment en évidence que les notions de milieux innovateurs et de clusters sont évolutives. Avec eux, les décideurs politiques disposent de grilles de compréhension des processus dans lesquels ils inscrivent leur action économique (par exemple en se lançant dans les pôles de compétitivité) mais aussi le timing de leur décision pour un type d’intervention. En effet, l’effet territorial envisageable n’est pas le même selon que l’on est initiateur ou suiveur, voire retardataire (J.Fache). 

1.2 Les dynamiques des espaces de consommation 

Les travaux menés sur les entreprises commerciales et les espaces dévolus au commerce vont être poursuivis et étendus vers de nouveaux terrains au Sud. Le projet « Les villes algériennes dans la mondialisation : "Dubaï" et nouveaux riches » sera présenté en réponse au deuxième accord-programme CMEP Tassili en collaboration avec le laboratoire « Ville et Santé » de l’Université Mentouri à Constantine. Le commerce d’importation algérien est passé de la valise du trabendiste dans les années 1980 au conteneur importé de Chine ou des Emirats. Dans le contexte de libéralisation monétaire et commerciale développée par le gouvernement algérien, les commerçants et négociants n’hésitent pas à faire des voyages à destination des ports chinois ou émiratis afin de traiter directement avec leurs fournisseurs, voire à se rendre acquéreurs d’unités de production asiatiques afin de bénéficier de coûts salariaux inférieurs aux standards maghrébins. On étudiera l’ampleur des impacts en Algérie : édification de centres commerciaux de style ‘grand magasin’ - baptisés "Dubaï" par l’inventivité linguistique populaire, ces centres commerciaux miment les shopping malls états-uniens ou émiratis – et construction de grandes villas inspirées de modèles architecturaux puisés en Asie ou dans les Pays du Golfe (P. Bergel avec N. Kerdoud et B. Benlakhlef). Ces travaux pourront s’articuler aux recherches portant sur les nouveaux espaces urbains de la ‘mondialisation’ dans le bassin oriental de la Méditerranée, en particulier les espaces résidentiels et commerciaux, et aux « méga-projets » urbains qui s’y développent, liés le plus souvent à l’investissement en provenance des pays du Golfe persique (P-A Barthel, L. Vignal). Pour la France, les questionnements porteront notamment sur les évolutions des pôles de centralité (A. Gasnier). En cœur de ville, la réutilisation d’espaces libres permet l’intervention d’opérateurs privés en quête de distinction et d’investissements à forte valeur ajoutée. L’association commerce et loisirs se lit à la fois à l’échelle du centre commercial et à celle de l’ensemble d’une opération de requalification urbaine dont le shopping center et l’entertainment représentent les principaux moteurs. 

1.3 Des opérateurs touristiques dans la mondialisation 

La prise en compte de l’échelle mondiale pour la compréhension de processus localisés et locaux est une piste d’observation intéressante pour l’étude des activités touristiques. Les mutations des logiques d’action des opérateurs touristiques dans le cadre de la globalisation de cette industrie seront notamment analysées dans le contexte du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen (L. Vignal, et, pour le Maroc, chercheurs de l’ITBS). 
Le développement des territoires par le tourisme et le MICE (Meeting, Incentive, Congress and Exhibitions), ou plus strictement les événements festifs et les festivals, a produit un marché porté par des entreprises de taille nationale ou internationale et fait émerger de nombreux opérateurs, privés et publics, ces derniers tentant de capter toute possibilité de dynamiser leur territoire d’action. Il s’agira d’analyser les réseaux d’acteurs concernés et de voir leurs stratégies globales et locales, de percevoir les articulations entre ceux qui répondent à de strictes logiques de marché et ceux qui s’inscrivent dans des logiques de territoire (H. Pébarthe-Désiré). La révolution écologique (MIT 2010) a, quant à elle, donné jour à l’écotourisme puis au tourisme de nature et au tourisme d’aventure, induisant une demande de pratique sportive dans des milieux en marge de l’œkoumène et favorisant l’irruption de pays émergents (Chine, Indonésie, Inde, Brésil) sur l’échiquier touristique mondial. Toutefois, malgré la naissance des stations de quatrième génération ou le développement des labels récompensant la qualité de l’environnement ou l’investissement dans sa préservation, le maintien de la fréquentation des stations de troisième génération caractérisées par une urbanisation très intensive suggère que la demande de nature ne serait pas partagée par tous (S. Pickel). 
Ces lieux et espaces touristiques dépendent de l’accessibilité par les transports internationaux. Les transports aériens constituent aujourd’hui le mode dominant de transport de passagers et les compagnies aériennes sont les acteurs principaux d’une géographie faite de polarités et de liaisons. Parce qu’elles privilégient des sites et des pays, les stratégies des opérateurs aériens ont des impacts pour les économies locales. Dans quelle mesure les compagnies aériennes low cost qui ont fondé leur développement sur les flux touristiques font-elles aujourd’hui évoluer leurs stratégies commerciales vers les populations effectuant des migrations de travail (Afrique du Nord ou Europe de l’est vers l’Europe de l’ouest ou les pays du Golfe par exemple), favorisant ainsi l’essor de nouvelles destinations touristiques (V. Mondou) ? 

2 Mutations agricoles, ressources territoriales et singularisation des espaces ruraux 

L’entrée rurale, traditionnelle à ESO et déjà renforcée par plusieurs recrutements récents et par l’arrivée des collègues de LETG, le sera encore plus par la venue de chercheurs d’Agrocampus Ouest. Les travaux seront organisés autour de questionnements relatifs à la mobilisation des ressources. Les espaces ruraux sont porteurs de potentialités spécifiques. En conséquence, les ruralistes d’ESO proposent d’élargir les contours de la notion de ressource territoriale, définie par des chercheurs de l’UMR PACTE en 2004 (cf. H. Gumuchian & B. Pecqueur dir., 2007), en la considérant comme une clé de lecture de ce qui constitue la ruralité. Ils proposent aussi d’organiser un colloque à Rennes en 2014 (colloque international ou journées rurales du CNFG). 

2.1 Diversification des systèmes productifs et des identités professionnelles agricoles et constructions territoriales 

La notion de ressource territoriale peut servir de fil conducteur pour réinterpréter la distinction traditionnelle entre rural et urbain par l’affirmation de ressources spécifiques (foncier agricole, eau, sols, paysages) (programme DYTEFORT et sa valorisation). Elle permet aussi de poser la question de la place de l’agriculture dans les projets de territoire à travers le développement de projets agro-énergétiques (G. Pierre). Ces projets (voir les pôles d’excellence rurale « Bioressources ») s’inscrivent dans une volonté de re- localisation du développement et de valeur ajoutée territorialisée ; il s’agit autant de projets de diversification que d’autonomie agricole et de développement territorial. Les recherches porteront aussi sur les démarches de singularisation de territoires très ruraux par l’affirmation d’une image « énergie renouvelable ». La singularisation du territoire par le projet s’opère aussi à partir de la valorisation paysagère et patrimoniale. 
Les coordinations d’acteurs sont une des clés utilisées pour comprendre la dualité de l’agriculture en Bretagne dans ses rapports au territoire. Entre le modèle de développement reposant sur un double principe de spécialisation et d’intensification de la production agricole et le développement agricole prenant en compte les qualités environnementales des territoires et la sécurité alimentaire des produits, ce sont des coordinations d’acteurs différents qui s’opposent, en lien avec deux manières de concevoir le rôle professionnel d’agriculteur. L’un, hérité de la modernisation agricole, est confronté à l’obligation de prise en compte de l’impact environnemental tandis que l’autre est fondé sur l’ancrage territorial de l’exploitation. Dans la continuité de ses recherches antérieures, V. Van Tilbeurgh envisage d’analyser les modalités par lesquelles ces deux modèles répondent aux évolutions actuelles (baisse des cours du lait, suppression programmée des quotas laitiers, transformation des réseaux de commercialisation, etc.). Le recours à des contextes agricoles différents (en Amérique du sud en particulier) permettra d’affiner la compréhension de ces évolutions. Le programme européen Farm Path sur la territorialisation des modèles d’installation en agriculture durable (2011-2013) a pour objectif de poser la question de l’inadéquation des indicateurs globaux d’agriculture durable et de leur nécessaire territorialisation, avec les conséquences que cela peut avoir sur les lieux d’élaboration des politiques publiques (projet porté par une équipe de recherche de l’université de Plymouth et coordonné pour Agrocampus par C. Darrot, IR contractuelle). 
Plusieurs recherches porteront sur les agricultures familiales. P. Madeline poursuivra ses travaux sur les difficultés des petits agriculteurs normands, peu engagés dans la lutte syndicale et peu influents dans le monde professionnel agricole, à suivre les élans modernisateurs de la seconde révolution agricole à aujourd’hui. Une recherche réalisée à la demande du Conseil général de l’Orne portera sur la signification de la pérennité des comices agricoles. Créés il y a plus de deux siècles, les comices agricoles sont encore présents dans les campagnes de l’Ouest : dans un contexte de crise du lait, sont-ils des survivances des hiérarchies sociales et professionnelles du passé, des lieux de nouvelles solidarités, des moments de rencontres entre ruraux ? M. Bermond étudiera le devenir des exploitations laitières face au démantèlement annoncé des quotas laitiers - dans le grand ouest français, c’est parmi ces éleveurs que se joue en grande partie le renouvellement des exploitations agricoles à l’horizon 2030 - : quelles formes d’adaptations, quelles évolutions des identités professionnelles ? Hors des terrains français, F. Fortunel propose d’étudier le devenir des agricultures familiales sur les plateaux de la zone frontalière entre Laos, Viêt-Nam et Cambodge (une périphérie frontalière, ancienne « réserve foncière » devenue espace enjeu d’échanges frontaliers) face au développement rapide et à grande échelle de l’hévéaculture en monoproduction au sein de grandes exploitations étatiques et/ou privées. Guy Durand apportera quant à lui ses expériences de recherche et d’expertise sur les agricultures familiales en Equateur. 

2.2 Construction de la ressource, appropriation et émergence de nouvelles valeurs 

La terre agricole. Quelle valeur attribuer au foncier agricole ? Cette question concerne avant tout les espaces ouverts (agricoles et naturels) soumis à de fortes contraintes (littoraux, couronnes urbaines...) qui sont, de plus, fragilisés par le flou des politiques (entre protection affichée et décisions consommatrices d’espaces agricoles et naturels). Le foncier est donc source de convoitises et d’enjeux à toutes les échelles, jusqu’à la mise en concurrence des terres à l’échelle internationale. Ressource pour les communes des troisièmes ceintures périurbaines, le foncier y est soumis à des pressions internes à l’agriculture, aussi bien entre agriculteurs, en fonction des systèmes de production, que sous l’effet des évolutions de la PAC et des critères environnementaux qui imposent une dé-densification agricole, et à des pressions externes (urbanisation, infrastructures...). Un travail sur la place réservée à l’agriculture dans les PLU et les SCOT permettra de distinguer différents systèmes fonciers locaux. (C. Margétic, G. Pierre) 
La ressource en eau. Elle est à étudier comme un élément des systèmes de production agricole. F. Laurent poursuivra ses analyses sur l’évolution des systèmes de production agricole sous l’effet des pollutions d’origine agricole et leur adaptabilité à des exigences de plus en plus fortes en matière de préservation de la qualité environnementale. Cela dans l’Ouest de la France : bassin versant de l’Oudon (Maine-et-Loire et Mayenne) et bassin versant du Rochereau (Vendée). En collaboration avec deux universités fédérales dans le cadre du programme CAPES-COFECUB, J. Corbonnois et F. Laurent élaboreront un nouveau projet de recherche sur les mutations de l’agriculture au Brésil et l’intégration de pratiques visant à mettre en œuvre des systèmes de production « écologiquement intensifs ». Ils s’appuieront notamment sur les expériences pilotes réalisées à l’amont du barrage d’Itaipu et qui concernent aussi bien l’agriculture familiale que l’agrobusiness. 
L’eau est aussi un enjeu de l’intensification agricole dans des contextes de « pénurie d’eau »de plus en plus aiguë, notamment dans les zones semi-arides sub-sahariennes. Sa gestion collective (communautaire), privée (individualiste) ou publique (d’Etat) est révélatrice des transformations sociales profondes que connaissent ces régions. Le développement de l’agriculture irriguée s’est traduit par le développement de nouvelles formes de mobilisation des ressources en eau. Si la multiplication des petits barrages et des forages profonds, souvent associés à des pompes, a permis l’intensification de l’agriculture, notamment maraîchère, ces ouvrages ont profondément transformé les rapports à la ressource, sur les plans matériel et immatériel. N. Taïbi et M. El Hannani s’intéresseront à ces évolutions sur différents sites au Nord et au Sud du Sahara (Pays dogon au Mali, Tadla-Azilal, région de Marrakech et bassin de l’oued Dadès au Maroc, Pré Sahara nord en Algérie), en prenant en compte les aspects techniques de mobilisation et d’usage de l’eau et ses représentations par les différents groupes sociaux (éleveurs et agriculteurs, ...), ainsi qu’à l’impact paysager de ces transformations. Ces observations sont des préalables à la mise en évidence des conflits d’usage avérés et potentiels découlant des modifications du statut de l’eau et de ses usages. 
Les espaces périurbains et rurbanisés constituent un type d’espaces pertinents pour l’observation de la conservation de la ressource en eau. Dans ces espaces gagnés par l’artificialisation, les questions paysagères et environnementales apparaissent comme des enjeux centraux pour l’aménagement et le développement local. E. Hellier propose de travailler la notion de « cheminements de l’eau » à travers un projet collaboratif ESO-IRSTV portant sur de petits bassins-versants des couronnes périurbaines de Rennes et Nantes, Il s’agira de montrer comment les circulations de l’eau (du ruissellement superficiel aux réseaux d’eau potable et assainissement) s’articulent avec les autres réseaux et maillages locaux et comment ces cheminements de l’eau sont inscris dans les projets de développement local et périurbain. 
Les paysages. Le renforcement actuel et à venir du potentiel de recherche dans ce domaine permet d’accorder plus d’importance aux paysages comme ressource à préserver et à mobiliser. L’intégration de l’unité « Paysages » d’Agro Campus-Ouest (Angers) avec laquelle des collaborations existent déjà est une perspective en cours d’étude : les travaux qui seront menés en partenariat avec des chercheurs d’ESO (Angers et Rennes) cerneront les dimensions formelles et écologiques des paysages ainsi que leurs représentations sociales. En l’état actuel du potentiel de recherche, les travaux prévus dans cet axe, et articulés avec d’autres entrant dans l’axe transversal (3.2.1), dans l’étude des perceptions et pratiques des espaces (5.3.1 et 5.4.1) ou dans l’action collective et les politiques d’aménagement (6.1 et 6.3.1) s’organisent selon quatre entrées thématiques et deux entrées transversales. 
Une première entrée thématique porte sur le bâti agricole comme marqueur des dynamiques des espaces ruraux et des changements agricoles. Depuis le milieu des années 1990, une vague de construction de bâtiments agricoles répondant autant à des normes environnementales qu’à des fins de productivité et d’amélioration des conditions de travail a touché l’ensemble de l’espace français. On peut s’interroger sur les effets économiques et sociaux pour les exploitations d’un tel renouvellement de leurs moyens de production. Dans le même temps, l’étalement urbain a conduit, sauf exception liée à la qualité architecturale du bâti, à la destruction du bâti agricole ordinaire. Toutefois, certaines municipalités conservent et valorisent ces constructions qu’elles utilisent à des fins culturelles et patrimoniales tandis que des promoteurs immobiliers les réhabilitent pour les transformer en logements. Ces constructions qui rappellent le passé agreste des communes sont parfois mises en scène comme élément de distinction identitaire et sociale (P. Madeline). 
Une deuxième entrée concerne les chemins. Elément majeur des structures agraires, les chemins permettent l’accès au parcellaire pour des unités de production de plus en plus grandes et éclatées, l’accès des urbains aux paysages et espaces ruraux, la recréation d’un tissu territorial identitaire pour les collectivités locales. Ils sont aussi des éléments des trames vertes. Entre un réseau agricole fonctionnel et un réseau patrimonialisé, la question de la multifonctionnalité des chemins se pose afin de construire un partage concerté des espaces et un développement qualitatif de tous les paysages ruraux. Un travail sur la gestion et la médiatisation des chemins et des itinéraires est envisagé avec la Fédération française de randonnée pédestre (L. Le Du-Blayo, Y. Le Caro). 
La troisième entrée concerne les paysages liés à l’eau. A la fois très attractifs (loisirs, promenade) et source d’inquiétudes (risques d’inondation), ces paysages sont l’objet d’attentes, d’usages et de perceptions du risque différenciés (N. Dupont). Un intérêt particulier sera porté aux vallées de faible énergie (J. Corbonnois) dans le cadre du programme PATRA (bilan, 3.2.3) puis d’un projet ANR à déposer. Depuis une dizaine d’années, l’affirmation des égards pour l’environnement et la biodiversité ainsi que l’émergence de nouveaux besoins et usages des rivières ont ouvert la voie à la réhabilitation de ces rivières fortement aménagées et à la renaturation des lits fluviaux. La restauration des continuités écologiques et sédimentaires, prescrite par la Directive Cadre européenne et la récente circulaire du 25 janvier 2010, pose des questions relatives à la ‘reconquête’ des rivières et à la demande sociale de nature et de protection. 
Enfin, les paysages de l’arbre seront étudiés à travers le cas des parcs agroforestiers des régions soudano-sahéliennes, et notamment du Pays dogon. Par sa composition et le rôle qui lui est assigné dans le système agro-sylvo-pastoral, le peuplement arboré apparaît comme le révélateur de la stratégie que chaque société conduit à l’égard du milieu naturel. La dynamique des parcs traduit les besoins des sociétés et le potentiel naturel de leur environnement mais exprime aussi les changements de représentation de la nature. Les dynamiques récentes de ces parcs seront étudiées par la combinaison de la télédétection et de l’identification des modes de représentation des paysages (cartes mentales, prises de vue photographiques pour illustrer les paysages visibles et invisibles) sur plusieurs sites représentatifs des différentes unités composant les zones d’étude (le Pays Dogon au Mali et le Tadla-Azilal au Maroc). Les questionnements porteront aussi sur les espèces végétales utiles et utilisées et sur les espèces en réduction et leur intérêt pour les populations ainsi que sur les représentations des gestionnaires « institutionnels » (Mission culturelle de Bandiagara au Mali, communes, forestiers, ONG, associations ...) (N. Taïbi et M. El Hannani). 
Première entrée transversale, les espaces naturels sensibles feront l’objet d’une recherche portant sur l’inventaire et la caractérisation physique, fonctionnelle, paysagère des espaces naturels sensibles dans les Pays de la Loire (soutien de la Région). Cet inventaire est un préalable à l’instauration de politiques assurant à la fois la protection des milieux, la valorisation productive, l’ouverture au public (J. Corbonnois, Y. Djellouli, C. Barthon, V. Andreu-Boussut, C. Fourage). Deuxième entrée transversale, la ressource patrimoniale repose sur la mobilisation des différentes ressources . Notamment la ressource paysagère : les paysages contribuent à la construction d’identité territoriale (cf. le bâti ancien dans les couronnes périurbaines, P. Madeline). Les contours des entités paysagères s’articulent de manière complexe avec les données culturelles, économiques, etc. pour participer à la construction d’identités territoriales locales (L. Le Dû-Blayo, N. Taïbi). Cette question converge avec celle de la patrimonialisation des campagnes et de leurs produits. 
Les ressources patrimoniales seront entre autres abordées sous l’angle de l’évolution des usages du patrimoine : comment le patrimoine passe-t-il le temps quand des individus et des groupes s’en saisissent pour de nouveaux usages et de nouvelles représentations qui participent de son intégration dans la vie économique et sociale (programme NEOPAT co-dirigé par J-R. Morice) ? Elles le seront aussi sous celui de la construction des ressources gastronomiques et du rôle du grand chef comme acteur d’un réseau socio- spatial construit avec des producteurs locaux. Si les liens entre tourisme et découverte gustative sont anciens, c’est bien aujourd’hui la perception des enjeux liés à l’attractivité des destinations, à la valorisation de leurs ressources matérielles et immatérielles, à la volonté de répondre à l’intérêt croissant pour l’alimentation et le goût qui est à l’origine d’actions de valorisation des patrimoines culinaires et alimentaires. Les investigations seront engagées pour saisir les processus d’émergence, de construction et de développement des destinations gourmandes. Par des travaux menés en France et dans le monde lusophone, on cherchera à savoir ce que signifie l’inscription d’une cuisine et d’une gastronomie sur la liste du patrimoine culturel immatériel représentatif de l’Humanité ou la protection de préparations telles que les acarajés au Brésil (O. Etcheverria). Un séminaire de recherche sera organisé à Nantes par C. Guiu (avec Vincent Banos, INRA) afin d’appréhender le passage du patrimoine dit naturel (paysage, terroirs, savoir-faire, produits agricoles) à la patrimonialisation des territoires, du patrimoine-objet au patrimoine en projet, comme levier de distinction territoriale. Cette patrimonialisation accompagne l’émergence d’une nouvelle relation sociale à la nature dans des campagnes considérées comme enjeux et lieux de préoccupations mondialisées autour de l’environnement, de l’écologie, au service d’une urbanité rurale et comme bien commun où se nouent et se rejouent les narrations identitaires collectives. 

3 Recompositions des espaces et nouvelles formes d’inégalités 

Le tournant de l’urbanisation généralisée implique de renouveler les grilles d’analyse, notamment en déployant des recherches sur les niveaux d’urbanité. Propriété spécifique de pratiques sociales, modes de vie et contenus productifs (culturels, commerciaux...), l’urbanité contribue au capital tant social qu’économique des espaces habités sous condition urbaine. De nombreux chercheurs d’ESO s’attachent à la question de ce qui fonde l’urbain aujourd’hui, à sa qualification et à l’analyse de ses recompositions. Les espaces sous condition urbaine sont analysés sous l’angle des processus de métropolisation. Il peut s’agir d’espaces et de lieux touristiques, de villes comme de leurs voisinages d’urbanités diffuses (périphéries urbaines). Autant de types d’espaces dans lesquels se recomposent les inégalités et se perpétuent les discriminations. 

3.1 Les dynamiques urbaines en contexte de métropolisation 

Les processus de métropolisation s’observent au Nord et au Sud mais, selon les aires régionales, les mêmes dynamiques ne produisent pas nécessairement les mêmes espaces. Ces processus seront analysés à partir de terrains latino-américains, africains, méditerranéens et asiatiques. Le recrutement de L. Vignal permettra notamment de renforcer les possibilités d’étude des modalités, des temporalités et des acteurs de la transition métropolitaine dans le contexte des pays du sud de la Méditerranée. Les chercheurs observeront plus spécifiquement les mécanismes de l’urbanisation dans les périphéries comme dans les centres des métropoles ainsi que les effets sociaux produits, en tenant compte des politiques de logement et de transport. Une attention spécifique sera portée aux dynamiques propres aux espaces concernés par des processus de patrimonialisation ou de dégradation et de déclin ainsi qu’aux espaces touristiques
Le tourisme n’est pas seulement devenu un élément moteur de la dynamique des villes, comme le montrent les flux croissants de touristes fréquentant les métropoles : il fabrique les espaces urbains. L’expression usuelle « tourisme urbain » désigne en réalité la forme que prend le tourisme « en ville » et ressortit d’une posture qui dénie implicitement le fait que le phénomène touristique soit fondamentalement urbain. Ce qui est pourtant le cas, y compris là où le tourisme investit des lieux éloignés du modèle de la ville tel qu’il est codifié en Europe (le modèle historique de la cité). L’analyse des gradients d’urbanité associés aux lieux touristiques permettra de comprendre les processus à travers lesquels le tourisme diffuse ou infuse de nouveaux ingrédients dans la qualité urbaine des lieux (V. Coëffé, P. Duhamel, P.Violier). 
Les périphéries des agglomérations continueront à faire l’objet d’une attention soutenue. L’ensemble des problématiques observées jusqu’à présent en cœur d’agglomération ou dans les anciens espaces ruraux s’y cristallisent : sécurité, logement et précarité, mobilité, accessibilité... La perspective de maturation des espaces périurbains les moins jeunes et de ses formes guidera l’analyse des morphologies périurbaines, non sans liens avec les interrogations sur leur durabilité, réelle ou fictive, à construire ou à réajuster dans le cadre des projets urbains. Une autre question est celle de l’autonomie ou de la dépendance de ces espaces périurbains. La coalescence des aires périurbaines pourrait laisser croire que les grandes villes sont les seuls générateurs de flux entre lieux de travail et lieux de résidence. Qu’en est-il réellement (V. Jousseaume) ? Les espaces périurbains constituent également de bons terrains pour observer la marge de manœuvre des communes face aux dynamiques des marchés de l’habitat et de la promotion immobilière (un projet de recherche est en cours de structuration avec les CAUEs Normands - L. Rougé). La question de la dépendance ou de l’organisation propre aux périphéries urbaines sera également traitée à partir de l’organisation des réseaux d’eau et d’assainissement : alors que certains avancent l’hypothèse d’une fin des réseaux, n’observe- t-on pas plutôt la construction de vastes interconnexions d’échelle plus large encore que celles des aires urbaines ? Les évolutions morphologiques et fonctionnelles caractéristiques des réseaux d’eau seront confrontées à celles des réseaux de transports d’agglomération dans le cadre du programme PUCA « Trames de mobilités collectives dans les espaces de l’Ouest français » (2010-2011) (E. Hellier). 

3.2 Formes de l’habitat et contextes résidentiels 

Parler de contextes résidentiels suppose une acception large de l’environnement pour inclure des thématiques telles que celles de la fermeture vs ouverture des espaces, des ambiances urbaines, des inscriptions spatiales et marqueurs des inégalités sociales dans toute leur diversité. 
Les travaux sur les phénomènes de fermeture des espaces seront poursuivis en privilégiant une entrée par l’âge des résidants, en l’occurrence la production de villages seniors fermés en France et en Amérique du Nord (F. Madoré, C. Pihet, G. Billard). L’offre d’habitat permanent destiné spécifiquement aux seniors valides prenant la forme de villages, résidences ou communautés de seniors se développe actuellement en France alors qu’aux Etats-Unis l’essor de ce type d’offre (retirement communities) est bien plus ancien et constitue l’une des catégories emblématiques du phénomène des gated communities. La comparaison permettra de valider ou non l’hypothèse d’une transposition d’un modèle à la fois d’habitat et d’entre soi générationnel de l’Amérique du Nord vers la France. Cette hypothèse suppose également que les retirement communities ou autres villages seniors, en privilégiant l’entre soi des seniors actifs, participent d’une activation de mécanismes sociaux permettant de se sécuriser. En autorisant le contrôle du peuplement par la quête d’un entre soi générationnel et en valorisant la vie communautaire à l’échelle du complexe d’habitat grâce aux multiples aménités ou services offerts aux résidants, les villages seniors ne répondent-ils pas à la quête d’un équilibre entre ouverture aux autres et désir de protection ? Ce projet de ‘gérontographie résidentielle’ vise à apporter des connaissances sur les pratiques de l’habiter qui conduisent à des processus d’enfermement physique et/ou symbolique. 
Même quantitativement marginaux, les phénomènes de fermeture existent aussi en milieu ruralen contexte d’urbanisation généralisée. Comment interpréter le développement de « l’enclosure » de parcelles forestières et agricoles et de domaines résidentiels en campagne ? Si, à la campagne, les discriminations distinguent les natifs des hors-venus, nombre d’incriminations visant explicitement les urbains du village conduisent en pratique à fermer des espaces à des voisins considérés comme indésirables. Les hors-venus peuvent servir de couverture à d’autres exclusions moins avouables. Inversement, quel rôle joue le multi usage des lieux et les interactions sociales qui en résultent (Y. Le Caro) ? 
Aspect spécifique des contextes résidentiels, les ambiances urbaines quotidiennes font l’objet de recherches originales. Afin d’en étendre la connaissance et de relier les résultats au projet architectural et urbain, P. Woloszyn développera des travaux d’analyse de la perception ambiantale des espaces par l’utilisation de techniques de spatialisation en réalité virtuelle ou augmentée. Cette procédure se révèle particulièrement puissante pour les passations d’enquêtes à caractère environnemental, en situation d’aménagement ou de projet urbain. Dans ce but, la combinaison entre l’évaluation expérimentale des ambiances vécues et un système de « captation-reproduction immersive » permettra d’exploiter l’articulation entre un espace de représentation et sa traduction physique de manière à rendre lisibles les caractères d’ambiance qui sont discriminants d’un paysage. Les protocoles d’évaluation qualitative passés en situation de restitution immersive par les techniques de la réalité augmentée, notamment via l’évolution à venir de la syntaxe spatiale Gearscape, permettront de construire un système d’expertise environnementale utile à la fois à l’éducation à l’environnement urbain comme aux démarches de concertation en matière de développement urbain. Cette démarche de recherche permettra de spécifier les conditions d’application des outils à différents contextes socio-spatiaux. C’est ainsi qu’il est prévu d’étudier les ambiances sonores et olfactives dans différents secteurs de l’agglomération constantinoise(vieille ville, périphéries spontanées, ville nouvelle Ali Mendjeli) dans le cadre de la candidature au second accord CMEP Tassili (P. Woloszyn et L. Grésillon). 

3.3 Nouvelles réalités sociales et permanences des ségrégations et des discriminations 

On ne peut plus aujourd’hui interroger les ségrégations uniquement dans leurs dimensions statiques, c’est-à-dire rapportées aux lieux de résidence des individus. Les individus bougent dans la ville et sortent quotidiennement - ou pas - de leur lieu de résidence, ce qui contribue, selon les cas, à amplifier ou à atténuer les phénomènes ségrégatifs. L’étude de la ségrégation et des divisions sociales de l’espace doit donc être reliée à celle des mobilités quotidiennes (5.4.1). Il n’en demeure pas moins que les mobilités contribuent à la production d’espaces différenciés en même temps qu’elles sont contraintes par les contextes spatiaux et que le fait de vivre ici plutôt que là est essentiel pour les parcours de vie et la vie quotidienne. 
P. Bergel, en collaboration avec D. Desponds, propose d’étudier les ségrégations sociales urbaines en tant que cinétique territoriale. La poursuite de l’exploitation des bases de données notariales PERVAL et CD-Bien contribuera à actualiser la lecture des divisions sociales des espaces urbains pour saisir les processus ségrégatifs associés et ainsi alimenter les analyses critiques des politiques publiques. Contrairement à des données plus classiques qui enregistrent des stocks à un instant et en un lieu donnés (l’adresse de résidence), les données notariales enregistrent des flux (les transactions). Ces données qui rendent compte d’un mouvement (la transaction d’un bien immobilier entre un acheteur et un vendeur) permettent de relativiser l’idée que la société française serait bloquée. Ce qui amène ensuite à se demander si les discours sur les crispations xénophobes et les dérives communautaristes censées menacer la cohésion sociale française ne sont pas déterminés par des biais liés à la nature des données les plus couramment utilisées. D’autant que les premiers résultats conduisent à relativiser les discours catastrophistes portés sur les habitants des quartiers dits sensibles, notamment ceux qui sont liés à l’origine des individus ou de leurs ascendants. Corrélativement à l’interrogation sur l’évidence du ghetto, la recherche permettra de mettre à distance les discours enchantés sur les ‘banlieues-pleines-de-talents-méconnus’. Entre sécuritarisme et dolorisme, l’exploitation des données notariales permet donc d’objectiver les faits de ségrégation à l’œuvre dans les quartiers sensibles tout en déconstruisant les discours de mise en scène de la réalité. 
Les ségrégations peuvent aussi être étudiées sous l’angle de la place accordée à des groupes spécifiques. Une attention spécifique sera portée à la situation des Roms (S. Delépine). Considérée comme les Tsiganes d’Europe centrale et orientale, cette minorité est le plus souvent marginalisée et oscille entre précarité et indigence. Dans les villes d’Europe centrale et orientale, les Roms vivent fréquemment dans des quartiers marginalisés, mal desservis et sous équipés. L’idée que le Rom est marginalisé et pauvre par nature, et qu’il considère naturellement comme siens des espaces de relégation (cf. la notion de culture de pauvreté) peut justifier l’absence de politiques de lutte contre l’exclusion. Les processus de marginalisation ne peuvent donc être déconnectés de ceux de catégorisation ethnique, processus que les Roms présents en France, et visibles notamment par la mendicité dans les quartiers centraux des plus grandes villes, subissent aussi. Relégués dans des bidonvilles, ceux-ci ne sont jamais considérés comme des migrants à part entière ou comme les citoyens de l’Union Européenne qu’ils sont. Le sort des Roms migrants reste dépendant des bonnes volontés locales. Des processus d’assignation catégorielle et d’altérisation catégorisante de même nature frappent largement les jeunes musulmans issus de l’immigration (S. Tersigni). 
Une autre entrée portera sur la division sexuée de l’espace et l’inscription spatiale des orientations sexuelles. Aux travaux d’A. Léobon devraient s’ajouter ceux de L. Rougé sur la présence gaie dans les espaces urbains ou dans des espaces ruraux à forte présence de résidences secondaires et que les gays ont fortement investis. Ces travaux contribueront à la démarche qui vise à faire sortir les études gaies du Marais. 
Les ségrégations et les divisions sociales seront également observées à partir des capacités (ou incapacités) des différents groupes sociaux (habitants et usagers) à accéder aux opportunités offertes par la ville en fonction des capacités à être mobiles. On s’interrogera sur la capacité des contextes spatiaux à favoriser ou non l’intégration. Cette question sera notamment posée sous l’angle des opportunités d’accès à l’emploi et des situations de pauvreté. Classiques à ESO mais peu présentes au cours des dernières années, les recherches sur la pauvreté seront renouvelées par la pluridisciplinarité croissante d’ESO. Sont ainsi prévues des recherches sur l’endettement monétaire des Français. De plus en plus de Français ont de réelles difficultés pour assurer financièrement leur quotidien (difficultés de paiements du logement, de la santé, de l’alimentation, de la mobilité, de l’éducation ...). De 1989, année de la loi relative « à la prévention et au règlement des difficultés liées au surendettement des particuliers et des familles », à la réforme du crédit en 2010, les textes se sont succédé sans pouvoir enrayer la croissance des situations de surendettement. L’endettement des particuliers constitue donc un point de départ pour caractériser la situation sociale d’un territoire et de sa population. Des études combineront la prise en compte de l’isolement social et spatial des personnes surendettées et de la gestion territoriale du surendettement en France avec les paroles produites sur le surendettement dans un contexte de déséquilibre informationnel entre publicité massive pour le crédit et faiblesse de l’information en matière de prévention des risques (V. Billaudeau). On contribuera aussi à la compréhension du rôle de l’argent dans le champ de l’intervention sociale en posant des points de repère sur les places, fonctions et significations liées à l’argent dans le « social en actes » (R. Gaillard). 
Bien que moins visible que les poches de pauvreté urbaine où les situations de surendettement sont nombreuses, la pauvreté rurale ne saurait être oubliée. La paupérisation en milieu rural sera analysée en se focalisant sur les facteurs - qu’ils relèvent du contexte local, régional, national (enclavement, marché du travail, etc.) ou d’éléments plus personnels (retraite, maladie, divorces, licenciements, etc.) - qui sont à l’origine d’une dégradation des conditions de vie et en établissant une typologie des personnes concernées, de manière à répondre à la question des spécificités actuelles de la paupérisation en milieu rural bas-normand (P. Caro, E. Gilles).