Juillet 2004


Cliquez ici pour télécharger !

LA DIRECTION d’une UMR multisite comme ESO relève plus que jamais du challenge. Peut-être même du défi.

Défi scientifique bien sûr : il est plus que jamais indispensable de prouver l’utilité intrinsèque de recherches sur des questions qui devraient être des priorités (vieillissement, inégalités sociales, bien-être, etc.), le tout dans un espace européen de la recherche dans lequel il nous faut nous inscrire pour que nos jeunes chercheurs y trouvent place.

Défi organisationnel quand le « Projet pour le CNRS » et quand les propositions de la CPU « Organisation et fonctionnement de la recherche publique en France : situation et avenir » font la part belle aux pôles d’excellence. Dans le projet pour le CNRS, le souci d’un accroissement de la visibilité de la recherche française en Europe et dans le monde justifie que la priorité soit donnée aux pôles plutôt qu’aux réseaux : « Constituer des pôles d’excellence régionaux visibles à l’échelle européenne et mondiale, et attractifs à la fois pour les étudiants les plus brillants, les scientifiques les plus renommés et les entreprises innovantes les plus dynamiques, doit être un objectif majeur pour l’évolution de l’organisation du dispositif national de recherche ». Au premier regard, les propositions de la CPU paraissent plus nuancées : « Une autre organisation nationale visant simplification et cohérence s’accompagnera sans doute d’un développement des SITES et RESEAUX universitaires, eux-mêmes gagnant en poids scientifique et lisibilité ». Malgré tout la logique de site est clairement mise en avant : « Les enjeux européens et mondiaux imposent une organisation stratégique obéissant à une logique de SITES pluridisciplinaires, les rendant visibles à ces échelles ».

Ces projets semblent ignorer que la carte de la recherche universitaire n’est pas figée. Les volontés politiques fortes des années 1960 et du tournant des années 1980-1990 n’ont peut-être pas changé les hiérarchies mais  ont au moins permis un relatif rééquilibrage de la carte universitaire. Sans ces volontés d’hier, que serait le Réseau des Universités de l’Ouest atlantique ? L’histoire n’interdit-elle pas de décréter une hiérarchisation inévitablement figée entre « universités de proximité » et « pôles d’excellence compétitifs » ?

Certes, les inégalités entre universités sont aujourd’hui importantes. Ces inégalités tiennent aux écarts de moyens attribués, notamment des moyens en postes. Tout déficit d’encadrement pédagogique réduit notre disponibilité pour la  recherche. Elles découlent aussi de logiques spatiales contradictoires entre l’enseignement et la recherche. De moins en moins individuelle, la recherche a une tendance quasi naturelle à la concentration. Sans les choix politiques qui ont permis au CNRS de reconnaître des UMR et de délocaliser, les écarts seraient encore plus importants.Mais cela pourrait s’aggraver. Le projet pour le CNRS et les propositions de la CPU peuvent, si l’on n’y prend garde, être injustes, excluants, inéquitables.

L’Ouest de la France pourrait bien être victime de son réseau urbain et des choix politiques antérieurs qui ont cumulé leurs effets pour aller dans le sens de l’essaimage. Inversant la tendance à la diffusion de la recherche universitaire issue des deux grandes vagues de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur qu’ont été les années 1960 et 1985-95, les projets actuels vont dans le sens de l’injustice spatiale, et donc sociale. Le projet pour le CNRS est on ne peut plus explicite puisqu’il « prend en compte la montée en puissance de la recherche universitaire, qu’il est indispensable de poursuivre » tout en affirmant qu’il ne peut pas continuer à accompagner celle-ci « d’une manière uniforme das tous les établissements ni sur tout le territoire ».

Pour les enseignants-chercheurs qui deviendraient « chercheurs-enseignants », le droit à la recherche ne se mesurerait plus seulement en termes de temps disponible mais en tant que privilège selon le lieu d’exercice (propos de V. VESCHAMBRE, journée ESO du 24 mai 2004). Au risque pour les sites les plus faibles de voir fuir leurs enseignants-chercheurs les plus dynamiques. Et au prix pour ceux qui resteraient, d’être exclus des lieux où la recherche se fait, d’être mal évalués, et pourquoi pas condamnés à un alourdissement de leurs charges pédagogiques.

La hiérarchisation renforcée des sites universitaires aura inévitablement un impact sur les lieux de poursuite d’études par ceux qui ont le plus la possibilité de choisir, c’est-à-dire non pas les plus brillants mais les plus richement dotés en capital économique et social décliné en capital spatial (ça, on connaît…), c’est-à-dire en aptitude à la mobilité.

Défi au quotidien enfin : le prochain contrat va être rude puisque les crédits annoncés par le Ministère amputent de moitié notre budget de fonctionnement, alors que l’évaluation par le Comité national était très favorable. Il est vrai que celui-ci est tenu par « une forteresse syndicale » qui ne nous est pas étrangère…

Voilà autant de bonnes raisons de continuer à travailler dans la convivialité, la solidarité, et avec détermination, sans oublier de profiter du bel été qui s’annonce.

RAYMONDE SÉCHET


Octobre 2016

Mai 2016

Octobre 2015

Septembre 2014

Février 2014

Septembre 2013

Janvier 2013

Juillet 2012

Janvier 2012

Juillet 2011

Janvier 2011

Septembre 2010

Janvier 2010

Juillet 2009

Janvier 2009

Septembre 2008

Janvier 2008

Juillet 2007

Janvier 2007

Juillet 2006

Janvier 2006

Juillet 2005

Janvier 2005

Juillet 2004

Décembre 2003

Juillet 2003

Janvier 2003

Juin 2002

Décembre 2001

Juin 2001