Potentialités de l’économie sociale et solidaires dans la transformation des politiques sociales concernant les populations les plus vulnérables

Yves Vaillancourt (Vaillancourt.yves @ uqam.ca), professeur titulaire, Directeur du LAREPPS (Laboratoire de recherche sur les pratiques et les politiques sociales), École de travail social, Université du Québec à Montréal

Dans cette communication, je compte livrer quelques points de repère concernant la programmation de l’équipe de recherche en partenariat sur la thématique « Économie sociale, santé et bien-être » qui vient d’être reconnue et soutenue à nouveau par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC). Je le ferai en tenant compte de la problématique sous-jacente du colloque international d’Angers, ce qui m’amènera à explorer une hypothèse suggérant que les initiatives de l’économie sociale et solidaire peuvent, dans les transformations des politiques de santé et de services de proximité, contribuer à élargir les espaces de qualité et de bien-être des individus et des collectivités locales 

Dans les lieux de recherche où nous inscrivons nos contributions en tant que partenaires et chercheurs, nous nous intéressons davantage au monde qui se fait qu’à celui qui se défait. Nous le faisons à partir d’une perspective progressiste renouvelée qui se démarque à la fois du néolibéralisme (tout au marché) et du néoprovidentialisme (tout à l’État). C’est ainsi que nos travaux de recherche sur les reconfigurations des pratiques et des politiques sociales, dans le domaine de la santé et du bien-être en particulier, accordent une attention particulière aux initiatives de l’économie sociale (ÉS) et solidaire (ou du tiers secteur). Nous le faisons en recensant les conditions permettant à l’ÉS de contribuer à l’amélioration de la santé et du bien-être des individus et des communautés et celles qui, dans d’autres cas, ne le permettent pas. Notre intérêt pour l’ÉS vient de sa contribution potentielle à l’émergence de réformes de politiques et de pratiques sociales, voire d’un nouveau modèle de développement, que nous qualifions de démocratique, durable et solidaire. Les initiatives de l’ÉS peuvent être porteuses d’innovations sociales sur le plan microsocial (dans une organisation, sur un territoire local, dans un domaine spécifique de pratique et de politique sociale), méso-social (dans une région, dans un secteur de politique sociosanitaire) et macrosocial (dans un grand domaine de politiques sociales, voire dans l’ensemble de la société). Toutefois, en nous inspirant des apports théoriques du Centre de recherche sur les innovations sociales dans l’ÉS, les entreprises et les syndicats (CRISES), nous distinguons innovations et transformations sociales en donnant au premier concept une portée micro et au second une portée macrosociale qui fait référence à un changement sur le plan du mode de régulation et du modèle de développement dans l’ensemble d’une société. 

La thématique de notre équipe nous invite à examiner les croisements entre les initiatives de l’ÉS et les réformes des politiques et pratiques publiques dans le domaine de la santé et du bien-être. Nous adoptons une définition large de l’ÉS, qui inclut les organismes communautaires de services et de défense de droit et met l’accent sur la démocratie de l’organisation du travail et des services dans l’entreprise ou l’organisme. Par ailleurs, nous donnons au concept de santé et bien-être l’extension large que l’on trouve dans la Politique de santé et bien-être de 1992 et dans les travaux de l’OMS. Cela signifie qu’on s’intéresse non seulement aux services sociaux et de santé, mais aussi à la prévention et aux déterminants sociaux de la santé et du bien-être. D’où notre intérêt pour les innovations sociales dans le logement social, le développement de l’employabilité et l’insertion socioprofessionnelle de personnes socialement vulnérables et à risque d’exclusion. L’ÉS est davantage présente dans les services sociaux que dans le noyau dur des services de santé (où le partage des responsabilités se fait entre l’État et le Marché), sauf dans le domaine de la santé mentale où foisonnent depuis une trentaine d’années des organismes communautaires qui se spécialisent dans l’offre de services alternatifs et dans la défense de droits. 

Pour illustrer la problématique de notre équipe et en tenant compte des communications qui seront faites par mes collègues Michèle Charpentier et Marie Malavoy, je vais me concentrer sur une partie des résultats d’une recherche de quatre années sur les politiques sociales concernant les personnes ayant des incapacités, notamment dans trois champs d’incapacité, soit la déficience physique, la déficience intellectuelle et la santé mentale. La présentation de ces résultats de recherche me permettra de revenir sur un filon théorique identifié dans « l’appel à communication » à l’effet que : « La notion de capacité sera tout particulièrement développée dans l’admission d’une distinction possible entre ‘espaces capacitants’ et « espaces invalidants’ ». Pour creuser ce filon et l’appliquer au domaine des services concernant les personnes ayant des incapacités, il sera intéressant de faire ressortir comment l’économie sociale et solidaire, avec le double empowerment, offre la possibilité de valoriser les capacités des personnes ayant des incapacités.