Les handicaps comme support d’aménagement durable et de développement économique

Franck Bodin (franck.bodin @ univ-lille1.fr), Maître de Conférences, Université des Sciences et Technologies de Lille, UFR de Géographie et Aménagement, Laboratoire Hommes, Villes, Territoires

De l’habitat à la planète en passant par la ville, notre relation à l’environnement conditionne nos perceptions, nos évaluations, nos comportements et détermine notre bien-être quotidien (Moser, 2003). Dans le cadre du grand mouvement de renouvellement des espaces bâtis, de reconquête et de requalification des espaces urbains, la réflexion de Gabriel Moser concernant nos perceptions et la relation entretenue avec nos espaces de vie est tout à fait d’actualité : avons-nous conceptualisé et construit des espaces de vie urbains et ruraux qui correspondent aux nécessités de nos usages et de leurs évolutions dans le temps et l’espace ? Les urbanistes, les architectes, les paysagistes et tous les acteurs techniciens et élus de l’aménagement du territoire doivent composer, dorénavant, avec la notion émergente de l’accessibilité. Grand défi de notre temps, il s’agit de rendre adéquates les réalisations successives des aménageurs avec les exigences des populations usagères, et notamment, comme le soulignait Kevin Lynch, tous ceux qui ne nous ressemblent pas, les personnes âgées, les enfants et les populations handicapées. L’accessibilité aux espaces de vie est donc un point de convergence du renouvellement durable des espaces bâtis avec pour objectif de favoriser le lien social et d’enclencher un dynamisme économique propice au bien-être des populations. 
Dans l’axe de recherche qui anime cette proposition de communication, la question des handicaps n’est pas l’unique préoccupation. Il s’agit de mettre en évidence l’inadéquation existante entre les besoins des populations et l’architecture : l’urbanisme vient comme une confirmation de la différence physique entre individus, une révélation d’un mal-être : 

Vous ne pouvez pas utiliser les transports collectifs publics, vous êtes handicapé moteur (présence de ressauts, marches ou obstacles divers pour l’entrée dans le bus, le métro, le tramway,…) 
Vous pouvez difficilement circuler avec une poussette dans les rues pavées, question de confort de mobilité pour l’adulte et le bébé (vibrations, secousses, irrégularités des sols) 
Vous éprouvez de grandes difficultés à être mobile dans les grandes surfaces, vous êtes enceinte (grandes distances à parcourir et absence de bancs) 
Vous êtes en danger dans l’espace ville, et en difficulté d’orientation, vous êtes non-voyant et sans repère (traversées des voies principales et secondaires, absence d’indications en braille,…) 
Vous vous perdez dans la ville et cherchez vos repères visuels, vous êtes un enfant (trop petit pour utiliser les téléphones publics, pour lire les indications informatives,…) 

Vous êtes n’importe quel individu et vous cherchez votre bien-être de vie, de mobilité, d’utilisabilité des services publics et privés, de sécurité ; vous êtes en quête d’accessibilité. 

L’espace ville, et plus généralement l’espace construit, constituent un ensemble discontinu offrant des espaces « capacitants » et d’autres dégageant une contrainte invalidante. Afin de mieux saisir les contours concrets de l’accessibilité, cette communication propose de présenter la commune de Villeneuve d’Ascq, ville limitrophe de Lille dans le Nord de la France, sous l’angle de l’accessibilité. Trois grands axes seront présentés et cartographiés (SIG) sur la base de la réglementation Accessibilité décrétée en France (Lois de 1975, 1990 et décrets de 1994, 1999) : 

L’accessibilité des transports collectifs publics (métro, bus, Transporter La Vie, arrêts correspondants, stationnements associés) 
L’accessibilité de la voirie et des mobiliers urbains (cheminements, stationnements, mobiliers) 
L’accessibilité des logements individuels et collectifs (unité du logement, stationnements associés, cheminements intermédiaires) 

Après avoir établi un certain nombre de constats, cette recherche se propose de mettre en évidence les questions de handicaps comme supports concrets de reconquête urbaine, comme outils basiques d’aménagement durable. Les handicaps peuvent-ils être un vecteur de développement économique et de lien social facteur de bien-être et de qualité d’espaces de vie ? Les « normes handicaps » ne doivent-elles pas être une base de l’urbanisme opérationnel, de toute conception architecturale, de tous projets afin d’optimiser la relation entretenue entre l’homme et son environnement ?

  

 


Bodin F., 2000, Une ville qui accueille, in Urbanisme, p79-81 
Grosbois L., 1996, Handicap et construction, Paris, quatrième édition, Ed. du Moniteur, 314 p 
Bain B.A., 1989, The Entry Experience : Preferences of the Mobility-Impaired, Environmental Design and Research Association, p116-122 
Marty J.P., 1983, Approche différentielle de l’accessibilité, Cahiers du CTNERHI, n°23, p68-73