La démarche de Haute Qualité Environnementale et la production d’espaces de qualité et de bien être

Jean Pihan (jean.pihan @ wanadoo.fr), UMR ESO

La communication porte sur une analyse des politiques publiques de production urbaine prenant en considération les composantes physiques, morales et sociales du bien être tel que défini par l’OMS. Afin de focaliser la réflexion sur un objet adapté à la thématique centrale du colloque, nous analyserons des projets urbains inscrits dans la démarche d’Agendas 21 locaux, en particulier des projets retenus à l’issue des appels à projets du Ministère de l’écologie et du développement durable. Le champ que nous explorerons dans ces projets intégrera la production d’un habitat écologique correspondant strictement à la démarche de Haute Qualité Environnementale, mais s’élargira à l’urbanisme écologique. 
La démarche de Haute Qualité Environnementale visant à limiter les impacts d’une opération de construction ( ou de réhabilitation) sur l’environnement tout en assurant à l’intérieur du bâtiment des conditions de vie saine et confortable, on s’interrogera sur la proximité des concepts de « bien être » et d’ « habitat sain et confortable ». Cette interrogation comportera une dimension historique intégrant notamment une relecture de la pensée hygiéniste se rapportant à la fois à l’urbanisme et au bâti. A cette réflexion sur les concepts sera associée une analyse des valeurs auxquels se réfèrent les projets urbains sélectionnés dans le cadre de la démarche d’Agendas 21 locaux, notamment la solidarité, la cohésion sociale, la mixité sociale comme composantes du développement durable. 
Cette contribution s’inscrit dans deux des axes thématiques proposés pour le colloque international d’Angers « l’espace et le temps du bien être » et « penser le bien-être ». S’agissant des échelles de lecture, elles vont du global au local et même jusqu’à la parcelle pour ce qui concerne la concrétisation de la démarche HQE. Le global, c’est-à-dire l’ensemble de la planète, parce que par exemple la réduction des émissions de gaz à effet de serre fait l’objet d’un accord international qui se traduit par le protocole de Kyoto, mais en même temps le local, car ce protocole rend nécessaire localement la mise en œuvre de mesures adaptées, par exemple en matière d’économies d’énergie, d’isolation, de promotion de modes de transports alternatifs, mais aussi en matière de création d’équipements et de commerces pour favoriser la vie sociale. Cependant, s’agissant d’analyse de politiques publiques, on privilégiera d’une part l’échelon des Communautés urbaines ou des Pays au sein desquels se structurent les projets étudiés, d’autre part l’échelon des opérations d’urbanisme. 
Dans un premier temps, on dressera une typologie de grands ensembles nationaux qui se différencient, dans le corpus des projets considérés, par des orientations différentes en ce qui concerne la prise en compte du bien-être dans la conception du bâti et les opérations d’urbanisme. 
A l’interrogation « existe-il des politiques du bien être ? », on tentera de répondre en considérant les stratégies des Communautés urbaines ou des Pays pour développer et animer des projets de développement durable visant la qualité architecturale et environnementale à l’échelle d’une opération d’urbanisme et à l’échelle de la parcelle bâtie. Ces stratégies semblent concerner notamment la constitution de réseaux de compétence à travers des lieux d’échange réunissant une grande variété d’acteurs locaux, tant sur des interrogations générales concernant les formes urbaines, les économies d’énergies ou la gestion de l’eau que sur la mutualisation d’expériences locales nationales ou étrangères. 
L’échelon des opérations d’urbanisme est celui où se déclinent de manière particulière les objectifs visés ; c’est le cadre de la concertation avec les associations et les habitants. On visera à évaluer la place qu’occupe à cet échelon la préoccupation du bien-être. 
Cette communication s’appuiera sur trois ensembles d’informations : l’analyse de projets urbains inscrits dans une démarche d’Agendas 21 locaux, des entretiens avec des acteurs impliqués dans la naissance de ces projets ou dans leur animation et enfin une enquête déjà réalisée sur la perception qu’ont leurs habitants eux-mêmes des nouvelles formes d’habitat intermédiaire tendant à lutter contre l’étalement urbain. On sera particulièrement attentif aux dimensions sociale et environnementale impliquées par la production « d’espaces de bien-être », ainsi qu’aux démarches participatives et de concertation susceptibles d’y être associées.