De l’utilisation des SIG dans l’analyse du territoire pour des espaces en santé et bien-être, deux études de cas au Québec sur le web mapping et l’interactivité des usagers de première ligne

Jean Carrière, Université du Québec à Montréal

 

La prospective du vieillissement de la population au Québec : 2001 - 2021 - 2041 

Comme c’est le cas dans bon nombre de sociétés des pays industrialisés, le vieillissement de la population du Québec est devenu une des préoccupations majeures des acteurs sociaux et des politiciens, du fait de ses retombées socio-économiques importantes dans un proche futur. Notre présentation vise à mettre en relief les perspectives du vieillissement à l’horizon 2041 à partir des données statistiques actuellement disponibles, sous la forme d’un atlas (http://www.atlasduquebec.qc.ca) réalisé dans le cadre d’un projet de recherche actuellement en cours subventionné par le FRSCQ. 

Pour identifier les tendances du vieillissement, un certain nombre d’indices seront présentés pour prendre en compte, notamment, les différents groupes d’âge (65 ans et plus, 75 ans et plus et 85 ans et plus) et la charge démographique des personnes âgées par rapport à la population jeune (65 ans et plus sur les 0 à 19 ans). Au niveau spatial, diverses méthodes de discrétisation ont été choisies pour localiser les déséquilibres projetés entre les régions. L’évolution de la population âgée jusqu’en 2041 est loin d’être uniforme sur tout le territoire du Québec. Le croisement des données cartographiques avec les divers indices par le biais d’un SIG permet l’analyse de son impact à l’échelle des régions administratives, des MRC, des municipalités et des CLSC. 

La représentation cartographique facilite grandement la lecture du phénomène et fait ressortir le fort vieillissement des régions périphériques et des banlieues. Cet atlas sera un outil d’aide à la décision pour les spécialistes dans divers domaines (santé, transports, logement, etc…) pour dégager les enjeux associés au vieillissement de la population du Québec au niveau spatial. 

Le média électronique Web permettra plus de liberté afin d’ajouter des cartes et autres contenus explicatives du projet d’adaptation des politiques publiques ... et une diffusion à moindre coût. 

Un SIG pour la sécurité des enfants dans leur communauté 

Le projet vise plus précisément à développer un Système d’information géographique (SIG) sur la sécurité des enfants dans leur communauté capable d’informer, à partir de cartes, rigoureusement, simplement et uniformément les partenaires de la présence de facteurs de risque, de facteurs de protection ou des ressources disponibles dans leur communauté. S’inscrivant dans le cadre d’un projet plus large : E=MC2, le projet vise actuellement à cerner toute cette problématique entourant des populations de la petite enfance, celles de 5 ans et moins. 

Qu’est-ce qu’un SIG 

« Un SIG ? », nous dirons certains d’entre vous. Les systèmes d’information géographique (SIG) sont utilisés et mis en place essentiellement pour supporter une analyse du territoire. L’outil SIG permet de visualiser, d’interroger et souvent de produire une information bonifiée par suite de leur intégration rigoureuse dans une base de données de type géo-référencé. Plusieurs types de SIG peuvent être mis en place et leurs dénominations changent en fonction de la dominante des thèmes traités. Un SIG urbain, un SIG sur l’évolution du peuplement d’une population ou sur la réforme cadastrale sont autant d’appellations qui décrivent des systèmes ayant pour objet l’analyse du territoire sur des thématiques variées. Leur construction repose sur des principes de mise en commun des informations dans un système de gestion permettant d’effectuer des analyses diverses et d’en extraire un résultat alimentant les prises de décisions ou la vérification d’hypothèses. Le projet en cours pourrait être qualifié d’un SIG sur la sécurité des enfants dans leur communauté puisque l’ensemble des informations qui seront traitées a pour objet de circonscrire les différents facteurs de risque et de protection associés à la victimisation des enfants. Le résultat, dans ce cas-ci, sera un SIG qui se veut interactif et qui fournira un ensemble de cartes et de produits associés soutenant : 1) l’accès et le partage de l’information ; 2) l’établissement de diagnostics ; et 3) le renforcement des capacités des collectivités à utiliser cette information pour alimenter leurs réflexions et guider le choix de leurs interventions contre la victimisation des enfants. 

L’amorce du projet 

Depuis mars dernier, une équipe multidisciplinaire a été constituée afin de développer un outil de diagnostic des communautés dans le but de les aider à se mobiliser efficacement autour de la prévention de la victimisation des enfants. L’amorce de ce projet a été pilotée par Nathalie Bastien, membre du conseil des partenaires et du comité exécutif de l’ARDEC, avec la collaboration de Camil Bouchard et par Jean Carrière et Patrice Pitre, respectivement professeur et agent de recherche au département de géographie de l’UQAM. Les aspects de prévention relèvent de l’expertise du Grave-ARDEC et les aspects de développement de l’outil SIG reposent quant à eux sur les chercheurs du Groupe Atlas au département de géographie de l’UQAM. 

Les acteurs du projet ainsi que les partenaires 

Le projet est soutenu financièrement pour trois ans par une subvention du ministère de la Justice du Canada, dans le cadre de son Programme de partenariat en prévention du crime. De par sa nature rassembleuse, la demande du projet interpelle et mobilise un nombre considérable de partenaires afin d’assurer un succès à cette démarche. Ces personnes participent à l’une ou l’autre des structures organisationnelles suivantes : 
un comité exécutif où siège les demandeurs de la demande de subvention (Boscoville 2000, le Centre 123GO !, le département de psychologie et le département de géographie de l’UQAM), 
un comité scientifique (dix membres) où la crédibilité de la démarche prend tout son sens et ; 
un comité des partenaires (une quinzaine d’organismes) afin de définir le système et de le déployer dans le milieu. 

La démarche 

Le comité scientifique s’est réuni une première fois au début d’octobre afin de regarder la démarche de l’an 1 du projet : 
- identification des besoins auprès des communautés et des partenaires ; 
- inventaire et validation des facteurs de risque et de protection ; 
- conceptualisation des fonctionnalités SIG et des aspects d’analyse. 

Le premier volet se réalisera avec la collaboration de différents consortiums locaux d’acteurs susceptibles d’utiliser le SIG, regroupés dans une dizaine de villes à travers le Québec. Cette démarche, coordonnée par le partenaire Boscoville et le Centre 123 GO !, permettra de prendre le pouls de leurs besoins dès la première année. 
Le second volet repose sur l’expertise du Grave-ARDEC et de ses collaborateurs, en tête de liste Camil Bouchard et Sarah Dufour, pour assurer l’inventaire et la validation des facteurs de risque et de protection et les aspects de prévention entourant les enfants dans leurs communautés. 
Le troisième volet repose essentiellement sur le développement de l’outil SIG. Jean Carrière et Patrice Pitre assurent, d’une part, une complète intégration des besoins spécifiés par les communautés et les partenaires et, d’autre part, la correspondance en termes de choix technologiques et de mise en place du système d’information géographique sur lesquel repose les analyses « spatiales ». 
L’an 2 servira à déployer le système sur divers territoires, à l’alimenter sur les différents indicateurs et à supporter l’utilisation de ce système par les acteurs locaux (formation et implantation). Au cours de la troisième année, nous planifions compléter sa couverture d’analyse sur tout le territoire québécois et diffuser notre expérience à travers le Canada. 

Les moyens de diffusion et son utilité 

Sous forme d’Intranet, ce site vise à alimenter les acteurs du milieu de la prévention de la victimisation des enfants mais également à fournir des outils conviviaux de diagnostic et des données crédibles et reposant sur une démarche scientifique d’analyse de ses données. L’aspect Intranet est actuellement mis de l’avant afin d’assurer un usage limité à certains usagers utilisant des données d’enquête qui ne peuvent faire l’objet d’une diffusion grand public. Un système de niveau d’usagers accédant à différentes bases de données est actuellement à l’étude. Ce système sera alimenté éventuellement par les partenaires qui deviendront les gestionnaires de ce dépôt de données et d’analyse. L’usage d’un tel outil et son potentiel immense est actuellement discuté au sein du comité scientifique et du comité des partenaires. 

Les avantages du SIG 

Le système d’information géographique que nous souhaitons développer possède de nombreux avantages. Il offre : 1) une rentabilité des coûts compte tenu du vaste partenariat associé à ce projet ; 2) une performance accrue basée sur les expertises complémentaires aux plans conceptuel et technique de chacun des partenaires ; 3) une souplesse, car il sera conçu sur mesure pour les besoins des collectivités ; 4) une flexibilité permettant l’intégration de nouvelles fonctionnalités et de données au fil des ans. Finalement, notre projet s’inscrit dans le cadre d’une démarche participative, impliquant les partenaires et les usagers dans la conception, la diffusion et l’implantation du SIG.