Peut-on prétendre à des espaces de qualité et de bien-être ?


Angers (49), du 23 au 24 septembre 2004

Appel à communications

Dans leur ouverture vers les questions de santé et de bien-être, les sciences sociales font fréquemment référence à la définition, très générale, de la santé comme « état de bien-être complet, physique, moral et social » proposée par l’OMS en 1948 déjà. Or, les évolutions démographiques (allongement de l’espérance de vie, vieillissement de la population notamment) et leurs conséquences physiologiques (dépendance, pathologies chroniques) obligent à distinguer le bien-être (well being) de la bonne forme (wellness). Une personne âgée en perte d’autonomie est-elle interdite de bien-être ?

Le monde biomédical s’est quant à lui penché sur le bien-être sous l’angle de la qualité de vie des malades. De nombreuses évaluations ont été proposées (Herisson, Simon, 1993 ; Leplege, Rude ; 1995, Moati, 1997), mais aussi critiquées car « ne tenant pas toujours compte du contexte culturel etsocial, de l’histoire de vie et du parcours des individus qu’elles sont sensées mesurer » (Hubert, 1997). L’écologie humaine décline la qualité de vie comme une notion subjective liée au contexte socio-économique et cultural (Lefevre-Witier, 1997). Malgré cette subjectivité, il est des domaines(l’habitat, la santé, l’activité, l’éducation ...) pour lesquels des données mesurables permettent une tentative d’évaluation, de gestion et d’amélioration. Il serait, par conséquent, a priori possible d’utiliser certains indicateurs pour définir une qualité de vie et par extension une qualité d’espaces de vie. Qualité de vie et bien-être sont liés mais ne se superposent pas : le bien-être assure la qualité de vie (« quand la santé va, tout va »), la qualité de vie est un bien à défendre ou à conquérir. Pourtant, n’en va-t-il pas du bien-être comme de la cohésion sociale, si l’on ne s’en préoccupe que lorsqu’il est menacé ou altéré ou lorsque l’on perçoit une opportunité de l’améliorer sensiblement ? D’autant plus que cette prise de conscience de la marge de manœuvre individuelle varie selon le moment et selon les individus. Dès lors qu’il s’agit de penser le bien-être (Fleuret, Séchet et al., 2002) les politiques publiques ne peuvent se satisfaire du bien-être considéré comme absence d’altération physiologique. « Envisager une véritable planification spatiale, c’est intégrer la notion de rentabilité sociale et de qualité de vie à diverses échelles » écrivait Antoine Bailly en 1981. L’immense majorité des pays occidentaux sont dotés de systèmes de protection sociale et d’assurance maladie ouverts à tous ou presque. Depuis la Charte d’Ottawa (1986), l’OMS encourage la promotion de la santé ; elle a fait de la santé une ressource que chacun doit individuellement gérer au quotidien, mais aussi une responsabilité collective pour les acteurs politiques. Les politiques publiques doivent répondre aux besoins des populations en assurant un accès aux soins et aux services de proximité pour tous dans le cadre de systèmes nationaux de santé et de politiques de santé publique, mais également en leur offrant des espaces de qualité. À l’heure où l’environnement devient une préoccupation majeure, où la malbouffe est dénoncée, où les villes doivent être belles, les campagnes propres et saines, les rues sûres, les nuisances loin de ma cour (Nimby), la qualité des espaces est un enjeu à bien des titres.

Appliquée à la santé et au bien-être, la notion d’espace de qualité suppose une vision globale de l’espace, de son organisation et des rapports entre les groupes sociaux qui le pratiquent. Un espace public de qualité n’est-il-pas nécessairement un espace pensé pour tous, accessible à tous ? Un espace partagé, qui répondrait aux besoins de chacun et n’imposerait pas des parcours d’évitement ou de renoncement ? Les politiques de santé sont alors étroitement liées aux autres politiques publiques, et notamment aux politiques de la ville qui intègrent la dimension sanitaire dans des pans entiers de leurs interventions : transport et handicap, logement et salubrité, éducation et hygiène deviennent indissociables.

Est-ce une utopie de prétendre à de tels espaces de bien-être ? En 1981, Antoine Bailly se demandait si en s’attachant au bien-être, le géographe ne faisait pas fausse route : « Ne va-t-il pas masquer sous la découverte de progrès marginaux dans la vie matérielle et de l’homogénéisation desconditions de vie, la reproduction des logiques d’un système social inégalitaire ? ». À l’heure du développement durable, l’étude des inégalités reste une nécessité : aux progrès et aux améliorations de la qualité de vie de certains s’oppose toujours, et peut-être de plus en plus fortement, la pauvreté et la marginalisation des autres. Les questions sont donc à poser en termes de garantie de la santé de chacun (inégalités sociales et spatiales de santé ou d’accès aux soins) mais aussi de pratiques quotidiennes et tout particulièrement de pratiques spatiales (par exemple les mobilités). Ceci conduit immanquablement à prendre en compte les problématiques spécifiques des populations les plus vulnérables (vieillissement, pauvreté, handicap ...) sans pour autant renoncer à une lecture en termes d’inégalités.

Le colloque « Peut-on prétendre à des espaces de qualité et de bien-être ? » entend être un espace de discussion et de débat ouvert à l’ensemble des sciences sociales.

Les enjeux de la construction d’espaces que l’on pourrait qualifier « de qualité » ou « de bien-être » se poseront en termes de systèmes d’organisation de l’espace (des réseaux par exemple) et des services de proximité ainsi qu’en termes de politiques publiques et d’aménagement du territoire. 
Ville inscrite dans le réseau français des villes en santé de l’OMS et affichant un discours ostensiblement marqué du sceau du développement durable, Angers (Maine et Loire – France) accueillera ces débats scientifiques qui interrogeront aussi les discours sur la qualité de vie (la douceur angevine [1]...) 

Les contributions devront s’inscrire dans l’un des trois axes thématiques suivants :

1) L’espace et le temps du bien-être

Comment peut-on définir des espaces de qualité et de bien-être ? Sans renier une certaine filiation avec les écrits de K. Lynch, les contributions porteront sur les représentations et pratiques spatiales liées au bien-être dans une dimension qui pourra être géographique, sociologique ou historique. La notion de capacité sera tout particulièrement développée dans l’admission d’une distinction possible entre « espaces capacitants » et « espaces invalidants ». Les différenciations spatiales se feront en fonction des types d’espaces (exemple : espace public vs espace privé) et des échelles de lecture.

2) Penser le bien-être

Existe-t-il réellement des politiques du bien être ? La santé n’a pas échappé à la dynamique d’appropriation du mot “territoire” par les politiques publiques. Celle-ci traduit un triple phénomène :

un ancrage local des politiques, en termes de services de proximité à la personne, dans les conceptions de la ville (exemple : Soziale Stadt en Allemagne) comme dans la gestion des espaces ruraux ... Une volonté (dans le discours du moins) de se rapprocher des citoyens et des communautés. À ce titre les expériences anglo-saxonnes de pratiques communautaires en santé son tparticulièrement riches d’enseignements. Le développement d’une certaine intersectorialité. La santé ne doit plus être cloisonnée mais s’ouvrir sur le social, l’aménagement du territoire ne doit plus être uniquement pensé en termes de plus-value fonctionnelle mais dans une logique de développement durable, etc.

3) Outils, méthodes, théorie, terrains

Quels indicateurs pour mesurer le bien-être ? Quelles méthodes pour évaluer une évolution dans le temps ou des disparités socio-spatiales ? Quels cadres théoriques adopter ? Quels terrains comparer ? 
S’il ne s’agit pas d’un colloque sur les mesures de la qualité de la vie, la question de l’évaluation ne saurait être absente, notamment dans un souci de compréhension du bien-être ici et maintenant, c’est à dire comme une notion extrêmement variable autant dans la durée (comment se définissait le bien-être il y a 50 ans ?) que d’un pays à l’autre (peut-on d’ailleurs parler de bien-être dans des pays meurtris par la guerre, la famine ou le SIDA ?).


[1] Poème de Joachim du Bellay


Comité scientifique : 

France 
BODIN F. (université de lille 1) 
COMMERCON N. ( UMR 5600-Lyon) 
FLEURET S. (UMR ESO) 
HERIN R. (Université de Caen) 
PIHET C. (Université d’Angers) 
RENARD J. (Université Nantes) 
SECHET R. (Université de Rennes 2) 

Europe 
BAILLY A. ( Université de Genève) 
MOON. G. (University of Portsmouth) 
SCHWEIKART J. (University of Applied Sciences Berlin) 

Canada 
CARRIERE J. ( Uqam, Montréal) 
VAILLANCOURT Y. (Uqam, Montréal)

 


Liste des communications

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
S. FLEURET & A. BAILLYIntroduction générale. Voyage en géographie

Session 1 : Définir le bien-être et la qualité dans une dimension géographique

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
L. GRESILLONDe l’espace de qualité à celui du bien-être : une question d’appropriation sensorielle ?
A.-C. HOYEZLe bien être, Mondialisation du concept, transplantation des pratiques
L. REYNAUDDes lieux où il fait bon vivre : la demande sociale du risque « zéro » d’un côté, l’inquiétude et les réponses de géographe de l’autre
F. TONNELLIERUn espace utopique de bien-être : « Le Médecin de campagne » d’Honoré de Balzac

Session 2 : Le bien-être, la santé, le social

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
P. FISZMANLes caractéristiques socio-spatiales du quartier, de la région de résidence et le bien-être des habitants. Une analyse multiniveaux de l’enquête de santé belge ?
C. KELLER-LENGENHealth-related well-being and spaces of social capital
K.WILSONExamining the Spaces and Scales of Well-Being : Exploring Aboriginal Perspectives of Health and Place
R. J. ASSAKO ASSAKO, D. MEVA’A ABOMO & L. B. TCHUIKOUAEtude géographique de l’épidémie de choléra à Douala ou la qualité de vie à l’épreuve des pratiques urbaines

Session 3 : Espaces de bien-être

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
N. BONINIChanger d’espace pour vivre mieux : approche anthropologique des nouveaux " installés " en Cévennes
Ch. PIHETLe bien-etre au soleil : les migrations de retraite aux Etats-Unis et leurs effets sur les dynamiques territoriales
A. FOURNANDPaysage de la naissance et bien-être :Diagnostic géographique d’un espace médical
D. BLEY & L. LICHTLes perceptions de la qualité de vie : étude dans un département rural français
Y. LUGINBÜHLQuelle conception du paysage pour penser le bien-être individuel et social ?
L. LASLAZL’homme pressé et l’éden immuable…Essai sur les discours et pratiques de la -nature- et sur la régénération des urbains dans les Parcs Nationaux alpins français (Vanoise, Ecrins, Mercantour)
S. SCHMITZQualité de l’environnement versus qualité de l’offre en services dans les campagnes belges. Le bonheur est-il vraiment dans le pré ?

Session 4 : Approches, outils, terrains, méthodes

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
Y. COMEAULa structuration des systèmes associatifs locaux de bien-être

S. KELLER-OLAMAN, J. EYLES, K. WILSON &

D. DEVCIC

Neighbourhood : Spaces and boundaries of exclusion & inclusion
Ph. GERBERBien-être et maintien à domicile : Le cas des personnes âgées de 60 ans ou plus de la Ville de Luxembourg
F. HEROUARDHabiter, être, bien-être : éléments de méthode pour une investigation auprès des habitants
X. MICHELAssocier le quotidien, les vacances et les excursions pour évaluer les espaces de qualité et de bien-être des habitants de différents milieux (urbain, péri-urbain, rural, montagnard)
C. PERIBOISTIC, Santé et Accessibilité : des outils au service d’espaces de qualité et de bien-être pour les citoyens-usagers ?
J. CARRIEREDe l’utilisation des SIG dans l’analyse du territoire pour des espaces en santé et bien-être, deux études de cas au Québec sur le web mapping et l’interactivité des usagers de première ligne

Session 5 : Penser le bien-être

                Auteur (s)                                                                Communication                                       
B. CHAUDETUne voie « accessible » ? Développer des espaces de qualité et de bien être pour tous
M. DUMONTDe l’esthétique à l’esthésique urbaine, l’émergence du « bien-être » dans les politiques urbaines en France
F. BODINLes handicaps comme support d’aménagement durable et de développement économique
M. MALAVOYLe rôle des « passerelle s » entre l’État, le marché et l’économie sociale dans la construction d’espaces de qualité pour les personnes âgées en perte d’autonomie
M. CHARPENTIERDu logement social à l’hébergement, de l’institution au marché :Qu’en est-il des milieux de vie pour les personnes âgées en perte d’autonomie ?
J. PIHANLa démarche de Haute Qualité Environnementale et la production d’espaces de qualité et de bien être
R. SÉCHETDe la difficulté de penser ensemble risques pour la santé et bien-être
Y. VAILLANCOURTPotentialités de l’économie sociale et solidaires dans la transformation des politiques sociales concernant les populations les plus vulnérables