La rue, un espace à négocier. Yaoundé (Cameroun) et Antananarivo (Madagascar)

Marie MORELLE, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Laboratoire Prodig

Cette intervention s’appuie sur ma thèse de doctorat qui s’intéresse à l’espace créé par les enfants des rues de Yaoundé (Cameroun) et d’Antananarivo (Madagascar). 

Ces derniers vivent en permanence dans la rue, devenue leur source de revenus et leur principal lieu de sociabilité. Ils occupent le centre-ville, les gares, les marchés. Les habitants les traversent simplement et les désertent à la nuit tombée. En conséquence, les enfants des rues parviennent à s’approprier certains pans de ces espaces et à en faire leurs « secteurs ». 

Leur présence devient très nette au coucher du soleil quand ils se rassemblent pour dormir ou pour se nourrir et se droguer : ils s’installent sous l’auvent d’un magasin, squattent l’intérieur d’un bus dans une gare routière. Lorsqu’ils découvrent un terrain en friche, les enfants s’enhardissent parfois et y érigent des constructions sommaires de cartons et de sacs plastiques. Mais ils produisent davantage leurs « secteurs » par le discours, en les nommant par exemple, en leur conférant une histoire également. Ainsi, la rue des enfants représente-t-elle un espace délicat à saisir. 

En outre, épisodiquement, à la veille d’un sommet politique, d’un événement sportif ou culturel international, l’existence des enfants vient heurter l’image d’une ville que les autorités aimeraient positive, signe de prospérité et de sécurité. Les habitants eux-mêmes voient en ces enfants un reflet de leur propre vulnérabilité dans un contexte de crise économique et sociale qui sévit à Madagascar dès la fin des années soixante-dix et au Cameroun dès le milieu de la décennie quatre-vingt.