Jeunes mangeurs, aliments et espaces du quotidien

Anne Dupuy, Université de Toulouse le Mirail, ERITA (Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur le Tourisme et l’Alimentation) 

En révélant les processus de socialisations alimentaires et de constructions identitaires de jeunes mangeurs - c’est à dire la manière dont les jeunes générations s’approprient leur culture, mais aussi s’intègrent et s’identifient à elle - l’étude d’un corpus de 50 entretiens individuels et collectifs d’enfants permet de réinterroger la nature de certains liens existants entre les nourritures, les cultures et les espaces. Si ceux-ci ne sont plus à démontrer, les mutations à l’œuvre dans les pratiques alimentaires et dans les formes de transmission de valeurs et pratiques auprès des jeunes générations suscitent des questionnements qui viennent complexifier l’analyse de ces phénomènes. Ces nouvelles configurations nous incitent tout particulièrement à prendre la mesure de l’importance des espaces pratiqués et représentés par les jeunes mangeurs dans la compréhension des processus de socialisations alimentaires. En effet, l’acte alimentaire - et surtout l’expression des préférences et rejets alimentaires - est à comprendre dans l’interrelation entre trois éléments : un mangeur socialement et subjectivement identifié, un aliment sur lequel s’agrègent des représentations et des pratiques et enfin une situation de consommation. Cette relation triangulaire (Corbeau, 1992) s’effectue dans un espace et un moment bien circonscrits. Cependant, la thèse de l’individu pluriel qui prévaut implique la pluralité et l’hétérogénéité des expériences, des influences et des espaces rencontrés par les enfants et pose la question de l’appropriation puis de l’articulation des divers produits de la socialisation. Néanmoins, l’identification chez les enfants d’inclinations (Lahire, 1998, 2002) - socialement et culturellement différenciées - à goûter, manger, apprécier davantage certains produits alimentaires plutôt que d’autres autorise à formuler l’hypothèse de la permanence, à l’heure actuelle, d’effets structurants et/ou identitaires que nous nous attacherons à inventorier et décrypter. Nous n’omettrons pas d’évoquer que ces aliments « préférés » sont généralement associés à des espaces bien délimités : que cela renvoie au lieu de la consommation ou à l’origine géographique de l’aliment. Espaces dont il convient de mesurer les sens et les usages donnés par les mangeurs pour en comprendre les effets.