Eviter ou pratiquer les alentours ? Etre élève d’une cité internationale au coeur d’un ancien quartier ouvrier

Matthieu GIROUD, Migrinter-UMR 6588 CNRS-Universités de Poitiers et Bordeaux III 

La ville de Grenoble s’est dotée d’équipements de qualité pour soutenir son développement économique, fondé sur les technologies nouvelles et la recherche et rester attractive pour des individus très qualifiés, français ou étrangers. La construction d’une cité scolaire internationale a ainsi été programmée au milieu des années 1990. Elle représente depuis son ouverture en 2001 un jalon majeur de la politique d’accueil des élites migrantes. Etablissement public, dont le recrutement sur tests d’admission est académique, la cité scolaire réunit chaque jour près de 1200 collégiens et lycéens, répartis selon plusieurs sections internationales. L’aménagement de cet équipement soulève la question de son intégration dans l’espace urbain alentour. La cité scolaire se situe sur le site Europole, aménagement d’envergure, résultant d’une opération de rénovation urbaine de friches industrielles. Le quartier Berriat St Bruno, dans lequel s’est inséré ce vaste projet, représente un ancien quartier ouvrier, héritier du développement industriel de Grenoble à la fin du XIXe siècle. 

Nous interrogeons cette problématique de la liaison du site aménagé avec l’espace existant à partir d’une recherche effectuée auprès d’élèves de la cité scolaire, pris comme acteurs de la production des lieux du quotidien. Une enquête par questionnaires a été réalisée en classe auprès de 31 élèves de 4e (14-15 ans). Son objectif est de saisir les relations dialectiques entretenues par les élèves avec l’espace urbain environnant et ses habitants. L’enquête a ainsi été orientée vers la collecte des représentations de cet espace et des pratiques quotidiennes des élèves. Cette communication se propose de restituer les résultats obtenus lors de cette recherche et d’en discuter les implications. 

L’étude des représentations et pratiques permet d’abord d’évaluer si la venue quotidienne à la cité scolaire est exclusive : les élèves entretiennent-ils des relations avec les espaces alentours qui dépassent le périmètre de l’établissement et les temporalités scolaires, transgressant ainsi certaines barrières spatiales et temporelles introduites par l’aménagement ? Les représentations spatiales reproduisent-elles la frontière socio-spatiale qui sépare le site aménagé d’Europole du quartier ancien Berriat St Bruno, ou la remettent-elles en question ? Elle permet ensuite de voir en quoi ces rapports sont différenciés selon les élèves et de saisir quels en sont les déterminants principaux. 
Enfin, en retour, l’étude des pratiques et des perceptions des élèves informe sur l’espace existant alentour. Les élèves, par leurs pratiques, parviennent-ils à donner le ton, à prendre une place à part entière dans le paysage urbain et ainsi à contribuer au changement du quartier ancien ? En quoi, leur expérience et leurs discours peuvent-ils contribuer à entretenir ou reformuler et puis véhiculer une image de cet ancien quartier ouvrier ?