Des minots dans la ville . Etude des pratiques spatiales des enfants à Belsunce

Elsa ZOTIAN, EHESS - Marseille 

Cette intervention portera sur la mobilité quotidienne et autonome des enfants résidant dans le quartier Belsunce à Marseille. Quartier de l’hypercentre caractérisé par une forte densité d’habitat et une histoire étroitement liée à celle de l’immigration à Marseille, Belsunce constitue pour ses populations enfantines un cadre de vie quotidien à la fois marqué par un état de relative pénurie en espaces ludiques (espaces publics, espaces verts, parcs…) et la présence d’un petit nombre d’institutions dédiées aux enfants du quartier (Ecoles primaires, Bibliothèque de l’Alcazar, Centre Social…). 

Dans ce contexte d’hyper-fréquentation enfantine de ces quelques espaces publics et institutionnels, nous nous intéresserons d’une part à la façon dont les enfants de Belsunce se représentent leur quartier : quels sont les espaces perçus positivement ou négativement par les enfants ? Comment les enfants nomment-ils leurs espaces quotidiens ? Que révèle cette cartographie-typonomie affective du quartier quant aux catégories mentales enfantines et à leurs rapports aux autres (pairs, adolescents et adultes) ? 

D’autre part, nous nous intéresserons aux parcours quotidiens de ces enfants. Partant d’une description concrète et minutieuse de leurs cheminements à travers le quartier, nous verrons comment ces enfants relient espaces privés, publics et institutionnels dans leurs pratiques spatiales quotidiennes. Il s’agit à la fois de comprendre comment les enjeux de la socialisation enfantine commandent ces pratiques d’espaces et de cerner la capacité de ces enfants à perforer les frontières entre espaces privés, publics et institutionnels, avec les conséquences que cela comporte en termes de gestion de ces enfants par les institutions énumérées plus haut. 

Enfin, nous nous pencherons sur la façon dont les jeux organisent l’espace urbain : comment les pratiques ludiques développées par les enfants de Belsunce au sein des espaces publics du quartier passent par la découpe de micro-espaces ? Comment le détournement fonctionnel des espaces est au fondement des pratiques ludiques de ces enfants ? Comment les relations inter-enfantines se reflètent dans l’occupation ludique des espaces publics du quartier ? 

A partir de cette étude de cas, nous poserons de façon transversale la question de la spécificité des pratiques spatiales enfantines en milieu urbain. Pratiques culturelles à part entière, nous verrons comment elles varient en fonction de l’âge, du sexe et de l’univers culturel familial propre à chaque enfant. Par ailleurs, nous formulerons quelques hypothèses concernant leur probable évolution dans un contexte de profonde transformation du centre ville marseillais.