Approche méthodologique (JRS) et développementale de la représentation de l’espace urbain quotidien de l’enfant

Thierry RAMADIER , Laboratoire Image et Ville - UMR 7011 CNRS - Université Louis Pasteur Strasbourg 1 
Sandrine DEPEAU , UMR 6590 ESO - Université de Haute Bretagne Rennes 2 


Cette étude exploratoire porte sur les représentations cognitives de l’espace des enfants, c’est-à-dire sur leurs connaissances environnementales et l’organisation spatiale de ces connaissances. L’objectif est double. D’une part, nous testions une tâche de modélisation spatiale auprès de cette population. D’autre part, nous cherchions à comprendre plus finement l’évolution de la représentation cognitive des lieux chez les jeunes enfants. 

Une enquête auprès de 21 enfants, réalisée dans une école primaire de la région parisienne, a permis de recueillir la représentation cognitive des lieux connus ou fréquentés auprès d’enfants âgés de 6 à 11 ans., en utilisant un jeu de reconstruction spatiale (JRS) (Ramadier et al., 2006) plutôt que l’habituelle tâche de dessin à main levée, ceci afin de comparer les représentations indépendamment des compétences grapho-motrices des enquêtés. Cette procédure nous a permis de recueillir différents niveaux d’information : (1) le nombre d’éléments urbains et (2) le type d’éléments mentionnés ; (3) le taux d’identification des éléments ; (4) l’étendue et (5) la structure spatiale de la représentation. 

Les résultats montrent d’une part que l’utilisation du JRS est possible dès 6 ans et que l’analyse du développement de la représentation est facilitée par une comparaison plus aisée entre les tranches d’âge. D’autre part, il semble important d’introduire des « micro-éléments » (mur, toboggan, etc.) en plus des éléments proposés par Lynch (1960). D’un point de vue développemental, le réseau de relations sociales structure fortement la représentation. Puis, ce sont les bâtiments liés aux services qui apparaissent, pour laisser progressivement la place à des bâtiments à caractère commercial. Enfin, l’identification des rues par leur nom n’apparaîtrait que vers 8-9 ans. Du point de vue des échelles spatiales, quatre modalités s’imposent, allant du trajet de l’école à la ville et ses alentours attractifs. Quant au nombre d’éléments mentionnés, il augmente sans surprise avec l’âge. Finalement, l’analyse de la structure de la représentation à l’aide du JRS permet de distinguer les « cheminements » des représentations de type « spatial » (Appleyard, 1970), et d’observer des représentations « mixtes » (cheminement et spatiale). Des structures de type « spatial » ou mixte ont été observées très tôt chez les enfants. Un résultat intéressant qui nous amènera à conclure en formulant de nouvelles hypothèses sur la construction cognitive de l’espace urbain chez l’enfant.