Processus migratoire et socialisation : les « actifs » migrants vers l’espace « rural isolé »

Josette DEBROUX. (Groupe de recherche sur la socialisation - Université Lumière - LYON II )

Depuis une vingtaine d’années, nombre de discours portant sur la "revitalisation" de l’espace rural apparaissent à bien des égards comme une entreprise de réhabilitation du "monde rural" qui aurait été trop rapidement jeté aux oubliettes de la société. Cette "renaissance rurale", [1 ] spatialement différenciée, s’effectue sur fond de "crise de la ville" avec ses "banlieues difficiles", ses "quartiers sensibles", de problèmes d’emplois avec le développement de la "précarisation", les risques de "désaffiliation" [2 ]… 
La plupart des études menées, depuis 1982, sur ces phénomènes de repopulation de l’espace rural privilégient l’analyse des “ motivations ”. Sa force vient de ce qu’elle rencontre souvent les affirmations de l’analyse spontanée. Elle s’inscrit dans les analyses en terme d’attractivité. Ce n’est pas l’emploi qui “ attire ” mais la “ qualité de vie ”, le “ cadre ”, etc. Implicitement, les espaces de départ et d’arrivée sont perçus d’emblée comme structurellement différents, les qualités et atouts attribués à l’un font pendant aux défauts de l’autre, le différentiel expliquant le sens des flux [3 ]. La "campagne" substantifiée devient collectif agissant. Les migrants constitueraient une population homogène mobilisant une lecture univoque du “ lieu d’arrivée ”, ils proviendraient donc de “ lieux ” eux-mêmes relativement homogènes au niveau structurel et ils les quitteraient pour des raisons similaires. 

Ces "explications" sont bien sûr insuffisantes pour comprendre un phénomène complexe qui engage des rapports à la famille d’origine, à l’activité professionnelle et qui concerne un espace "rural" hétérogène. Nous avons pu montrer [4 ], dans une recherche portant sur un phénomène quantitativement marginal, la migration d’actifs vers l’espace rural "isolé" [5 ] l’intérêt de prendre en compte la socialisation familiale qui produit des dispositions favorables à ce type de migration. Au-delà de la diversité des origines sociales, des parcours scolaires, des activités professionnelles, des trajectoires spatiales et sociales, nous avions pu mettre en évidence l’expérience commune d’une "marginalité originelle" conduisant ces migrants à se penser "singuliers", "différents", "en décalage". Porteurs de dispositions hétérogènes et contradictoires qui produisent des incertitudes identitaires, ils sont enclins à fuir les situations établies, les plus étiquetés susceptibles de les enfermer dans un cadre bien défini. Dans l’espace "rural isolé", ils peuvent trouver les conditions idéales de réalisation de leurs dispositions. La rareté des emplois oblige à créer son activité, à la modeler selon son humeur en mobilisant ses “ compétences ”, ses “ envies ”, faire un travail à son “ image ”. 

Si la socialisation familiale participe à la construction de dispositions favorables à opérer ce type de mobilité géographique et sociale (l’espace géographique est socialement structuré et les trajets qui éloignent des villes éloignent des professions les plus qualifiées, des positions de pouvoir) puisqu’en effet, "il n’y a pas d’espace, dans une société hiérarchisée qui ne soit pas hiérarchisé et qui n’exprime les hiérarchies et les distances sociales, sous une forme (plus ou moins) déformée et surtout masqué par l’effet de naturalisation qu’entraîne l’inscription durable des réalités sociales dans le monde naturel..", [6 ] il faut au moins un contexte favorable pour que cette migration ait lieu. Ce passé, en effet, n’agit pas en bloc, quelque que soit le contexte présent . La compréhension des comportements d’un individu ne se réduit pas à une “ formule génératrice ” simple. Les migrants, porteurs de dispositions rendant possibles ce type de migration (vivre et travailler dans l’espace "rural" isolé serait impensable pour d’autres individus plus ancrés dans un milieu social et spatial) ne sont pas pour autant mécaniquement déterminés à migrer vers ce type d’espace. 
Pour s’extraire d’une situation perçue comme difficile, il peut ou pas migrer et s’il migre, il peut-être soumis à des forces contradictoires qui résultent d’influences présentes dans le contexte présent, mais aussi de l’intériorisation d’influences passées, ces influences pouvant être contradictoires. Autrement dit, ce n’est pas seulement un ensemble de propriétés qui expliquent la migration mais leur configuration particulière [7 ], l’agencement singulier de traits qui renvoient aussi à un agencement particulier de relations sociales, aucun des traits pertinents, aucune des propriétés objectives n’entraînant à lui ou elle seule la migration. 
Dans un premier temps c’est au "choix" du lieu de migration que nous allons nous intéresser ici, sachant que la migration implique non seulement un changement résidentiel mais également un changement d’activité professionnelle en nous plaçant du point de vue du "candidat" à la migration [8 ]. Nous resituerons ce "choix", qui est aussi un lien, dans un ensemble de contraintes objectives qui délimitent les champs d’action. Nous supposons que la force de ce lien tient moins à sa nature (familiale, amicale…) qu’à de la place qu’il occupe dans la configuration de liens que le candidat à la migration peut, à un moment donné de leur histoire, mobiliser pour s’extraire d’une situation jugée difficile tout en maintenant sa "singularité originelle". La force de ce lien est corrélative de l’affaiblissement d’autres liens. Autrement dit, la décision de migrer dans ce type d’espace ne se comprend que resituée dans le réseau de relations d’interdépendance dans lequel le candidat à la migration est inséré à un moment donné de sa trajectoire. Dans un deuxième temps, nous montrerons que la manière de considérer la migration (produit des expériences passées) génèrent des stratégies relationnelles et mode d’investissement local, différenciés . 

1.Le contexte migratoire 

Une configuration en déséquilibre 

Pour des raisons de place [9 ], nous ne retiendrons ici que deux dimensions de la configuration du candidat à la migration qui reviennent dans les différentes histoires, la situation au regard de l’activité professionnelle et la situation familiale. L’activité professionnelle constitue, dans notre société, une dimension forte de la construction des identifications ( "les identités professionnelles sont des manières socialement reconnues, pour les individus, de s’identifier les uns les autres, dans le champ du travail et de l’emploi"). [10

Au regard de l’activité professionnelle, les futurs migrants, à des moments différents de leur cycle de vie, porteurs ou non de compétences professionnelles certifiées par un diplôme, font tous état d’insatisfactions quelque soit leur situation à l’égard de l’emploi et quelque soit le type d’emploi. Parmi ceux qui exerçaient une activité professionnelle, certains mettent l’accent sur l’inadéquation de leur métier par rapport leurs dispositions comme cette enseignante de gymnastique, (non titulaire du CAPES et qui enseignait dans des écoles pour handicapés), "je me suis dit c’est vrai j’ai fait prof de gym parce qu’il fallait que je prouve des choses et que çà ne me convenait pas, donc j’ai fait un peu ce bilan là et voilà (…) ce qui me plaisait pas c’était ce côté sportif quoi, le côté sportif ne me convenait pas mais ce que je voulais dire aussi c’est que je n’avais pas réalisé que le milieu psy des IMP IMPRO tout ce côté eh éduc psy c’était très dur(..)c’est très dur aussi cet environnement des éducateurs des psychologues, oh, je dirais ils étaient peut-être encore plus fous eux que les gamins et ça ça m’a fait, là j’en pouvais plus à la fin, j’avais toujours l’impression d’étouffer, oh ça c’est toujours les mêmes histoires, c’est tout le temps en psychanalyse…" 
Pour d’autres, le métier exercé leur "convenait" au moins au début de leur vie professionnelle mais les conditions d’exercice se seraient progressivement et inéluctablement détériorées : 
"c’est un boulot que j’aimais (..) j’ai fait toute ma carrière en maternelle parce que moi j’étais après instit dans d’autres classes (...) c’est pas le métier que j’aimais pas, c’était les conditions dans lesquelles on travaillait, déjà j’étais en enseignement privé catholique j’en avais les bonnes sœurs avec un espèce de carcan très lourd et puis des effectifs très lourds, j’avais, la dernière année j’avais 32 petits de 2 ou 3 ans (..) je ne pouvais plus vivre comme ça j’étais sur les nerfs en permanence, c’était 32 gamins à supporter c’était la folie c’est plus les conditions.." 
Face à cette détérioration, ils se sentaient impuissants : 
Q : Vous ne pouviez pas changer d’établissement ? non, si on pouvait mais maintenant avec les professeurs d’école et moi je ne suis pas professeur d’école et le recrutement à la licence, on peut encore moins y rentrer qu’avant j’aurais pu rentrer dans le public mais je perdais toute mon ancienneté c’est comme si je recommençais à 0 et puis non j’avais envie de faire autre chose"(enseignante 45 ans ; en maternelle depuis 24 ans dans le secteur privé). 
"j’ai arrêté, j’ai arrêté parce que c’était le moment d’arrêter parce que j’avais un chef qui me faisait chier parce que j’avais envie de faire autre chose, parce que j’étais pas contente de mon sort, parce que mon métier était en train d’évoluer vers un aspect de mon métier que je n’aimais pas du tout , 
Q : C’était lequel ? 
« vendeuse de boites, et moi je suis essentiellement en fait une intellectuelle, donc vendre des boîtes pour vendre des boîtes c’était pas très intéressant, et moi j’avais une spécialité c’était les moutons à 5 pattes c’était tout ce qui était intelligence artificielle"
, (ingénieur d’affaires 35ans pendant 10 ans). 
D’autres encore, à la recherche d’un emploi voulaient prendre de la distance avec les expériences professionnelles passées : 
"ben effectivement j’étais en ville avec des problèmes de travail, de chômage (..) je suis venu ici sans métier" (42 ans, études supérieures, RMI depuis 5 ans, venu avec un "copain pour faire les vendanges"). 
"…, on était aux 2 Alpes donc on était licencié de l’endroit où on travaillait aux 2 Alpes, et bon il fallait qu’on trouve autre chose et on a des amis qu’on avait à Lyon qui ont de la famille ici qui venaient s’installer là donc ils nous ont proposé de venir voir la région et puis voilà ça s’est fait vraiment du jour au lendemain, on est venu là comme ça," ( Il est animateur et directeur d’une radio locale et sa compagne élève ses enfants). 

Les difficultés liées à la vie professionnelle ne suffisent pas, à elles seules, à conduire au départ. Ces éléments se combinent avec des modifications d’autres dimensions de la configuration et toujours avec la situation familiale. 
Les migrants rencontrés ont très souvent connus des "problèmes de couple". Les ruptures de couples et formation de nouveau couple précèdent très souvent la migration. Si la désunion produit pour un membre du couple une mobilité résidentielle, elle ne prend pas nécessairement la forme d’une migration avec changement de région comme dans les cas étudiés. Les désunions, qu’elles soient ou non suivies de recompositions familiales ont ici comme caractéristique de renforcer le vulnérabilité économique et relationnelle des ménages. Le nouveau couple ou le l’ex-conjoint avec ou sans enfant doit affronter des difficultés économiques qu’il ne connaissait pas antérieurement. Pour autant, la manière de vivre cette nouvelle situation économique et sociale est toujours positivement perçue, comme une émancipation. [11
"donc ça nous fait à peu près le smic à tous les 2plus des indemnités de chômage pour l’instant et après on aura la maison pour faire l’accueil on se fait pas trop de soucis moi je me dis que je pourrais faire n’importe quoi aller vendre du fromage sur le marché je l’ai fait pour les copains je peux faire n’importe quoi ça me gêne pas, j’ai l’impression aussi de mener ma vie j’ai pas l’impression là j’étais enseignement privé pendant mes études enseignements privé après j’étais dans des trucs dans des rails j’avais l’impression d’être un petit mouton qui suivait même si je râlais même si je faisais partie de la CFDT, et j’avais là j’ai plus l’impression j’ai choisi de gagner moins de fric de vivre différemment quoi puis ici on a moins besoin de choses c’est vrai on n’est pas tenter " (ancienne institutrice, femme d’entretien à mi-temps dans un centre de vacance) 

Dans les cas de migrations de couples nouvellement recomposés, quelque soit la situation des conjoints, la migration ne s’opère jamais en bloc, un membre du couple précède l’autre ce qui oblige, comme dans le cas de l’immigration, à analyser la trajectoire de chaque migrant de manière individuelle. [12
Dans les entretiens réalisés où les couples sont majoritairement hétérogames, les femmes suivent leur "nouveau" conjoint qui connaît des difficultés professionnelles. Selon leur situation professionnelle, les négociations s’avèrent plus ou moins longues. 

Dans quelques cas, la migration a été une condition de pérennisation du couple. Les difficultés professionnelles, relationnelles d’un des membres du couple se répercutent sur la relation conjugale ; la mobilité apparaît alors comme le seul moyen d’éviter la rupture comme l’explique cette enquêtée qui s’est marié à 36 ans, "alors que sa vie professionnelle était bien engagé (..) mon mari quand on s’est marié m’a dit je veux tout accepter sauf de déménager au delà de 100 km autour de Rhône Alpes il peut pas se séparer des montagnes et là on était à Chartres je ne sais pas si vous voyez mais on était à Chartres à cause de moi parce que bon justement j’avais cette proposition d’animation et ça me faisait un travail tout en étant disponible pour mes enfants il a trouvé son travail (..) vraiment pour lui c’était pas une situation de rester en plaine de Beauce au niveau climat et tout, ça ne lui convenait absolument pas." Quelques années plus tard, elle estime que c’est à elle de faire l’effort de suivre le projet de son mari même si "c’était un très sacrifice de partir ". (femme animatrice) C’est bien sûr, l’histoire des membres du couple qui permet de comprendre comment s’opèrent l’équilibre des rapports de force au sein de la famille [13 ], équilibre toujours précaire susceptible d’être remis en question quand il se trouve concurrencer par d’autres investissements comme l’investissement professionnel. 
Les difficultés familiales ne sont pas strictement conjugales et peuvent inclure les enfants : "il (son mari) était au chômage et donc c’était pas l’idéal, automatiquement dans un couple dès qu’il n’y a pas de travail ça va pas et mon fils en a subi des crises de colère, il était au milieu de nos conflits en fait, on se connaissait pas trop en plus, on était jeune on s’est mis ensemble on se connaissait pas, avec du recul, on se dit qu’on était fou, (..) et mon fils sa maladie, ça a été dur à assumer cette maladie, ça a été très dur et de venir ici, ça nous a aidé par rapport à sa maladie" (femme de 26 ans, sans qualification professionnelle, en congé maternité, mari saisonnier à l’ONF) 

C’est sur ce fond de déséquilibre que se construit le projet migratoire dont la profondeur temporelle varie bien sûr en fonction des migrants et de leurs caractéristiques sociales. Le "choix" de migrer sera d’autant plus préparé que les migrants sont tenus par d’autres liens, qu’ils ont quelque chose à perdre. Inversement, ceux qui n’ont rien à perdre s’engageront avec rapidité dans le projet sans préparation particulière. 

L’espace "rural isolé" : un "espace fondateur" 

Pour plus des trois quart des migrants rencontrés, ce lieu de migration est porteur d’un passé [14 ]. Le plus souvent, ce lieu fait partie du territoire familial. Il peut être "espace de référence" dans le sens où l’entend Anne Gottman, les "espaces de référence (…) renvoient à l’ancestralité, aux lieux de l’origine familiale, aux lieux de vie des grands-parents et de naissance des parents, à la mémoire historique non nécessairement vécue et permettent de se situer dans la lignée", ou et espace fondateur, les "espaces fondateurs" (…) renvoient aux lieux de la mémoire vivante, auxquels Ego peut revenir imaginairement : lieu de l’enfance, de l’adolescence (ceux-ci peuvent se confondre avec les lieux de référence ou s’en distinguer selon qu’il y ait eu ou non mobilité/migration à la génération précédente ; ce sont des lieux de familiarité et de la socialisation résidentielle". [15 ] Les deux types d’espaces peuvent, dans certains cas être confondus. 

Nous pouvons donné l’exemple de Jacques, né en Algérie d’un père espagnol et d’une mère israélienne et dont la tante avait épousé un agriculteur de C. dont la ferme va devenir "maison" de référence. Au moment de l’indépendance c’est à A. qu’ils sont venus "fallait venir en France donc on est venu à C." Jacques a été pendant un an à l’école de C. "donc y’a tout plein de souvenirs, voyez c’est pas le hasard, c’est une maison de famille, c’est une maison de famille, le temps a passé bien sûr on est parti après dans les Alpes Maritimes." 

Toutes ses vacances, Jacques les passa à C. et quand son oncle cessa son activité d’agriculteur il proposa à Jacques de prendre sa succession "ça me plaisait bien de vivre ici, il m’a proposé, à l’époque j’avais 19 ans de prendre la suite, (..) je lui ai dit pourquoi pas, et là j’étais fiancée pas avec ma femme actuelle , avec une autre , on n’était pas encore marié, elle m’a regardé d’un air die dire ça va pas, elle m’a regardé comme ça, j’ai laissé tomber." 

Si, à ce moment là, le lien de Jacques à C. était déjà important, il ne l’était pas suffisamment pour conduire Jacques à préférer l’installation sur la ferme de son oncle à sa future épouse. Près de 25 ans plus tard, Jacques après des problèmes de santé l’obligeant à quitter son emploi de chauffeur routier et son divorce, reprend la ferme de son grand-père avec la même activité d’élevage de chèvres. 
Le lien de Christine à cet espace est assez semblable, fille d’artisan marseillais, enseignante de gymnastique, qui s’installe dans la résidence secondaire de ses parents où elle a passé ses vacances, étant enfant, pour monter son atelier d’artisanat d’art. C’est par le biais de son oncle qui épousa une fille de cette région que ses grands-parents, puis ses parents ont décidé d’y acheter une résidence."c’est une propriété, du terrain avec deux granges, donc on est venu les venu les vacances d’hivers, les vacances de printemps, les vacances d’été donc pour moi C. c’est le lieu de vacances quoi". Le lieu de migration n’est pas le seul fil conducteur qui la relie à sa famille d’origine, puisque Christine va reprendre l’activité de son grand-père, son activité de survie pendant la guerre ; "… c’était pendant la guerre parce qu’il a été obligé de se cacher, parce qu’il a été menacer par la gestapo à un moment donné, et donc ils se sont cachés avec ma grand mère donc fallait quand même bien qu’ils trouvent 3 sous donc ils avaient eu vent d’avoir la possibilité de vendre des santons et après il a arrêté parce qu’il a trouvé quelque chose qui lui convenait mieux quoi alors en fait c’est vrai moi toute petite je l’ai vu travailler quoi je l’ai vu faire j’étais toujours fourré dans son atelier, à Marseille c’était un peu un univers de rêve de rentrer dans son atelier, tout ce qu’il fabriquait c’était un peu un monde féerique quoi, on a toujours eu une bonne relation très pudique mais une bonne relation quoi, et puis je me disais oh là là c’est dommage y’a tout ce patrimoine, et puis personne s’en occupe, personne va le reprendre et c’est vrai qu’à cette période de chômage où tu es forcément dans une période de doute, de remise en question ce truc là n’a fait que grandir quoi jusqu’à ce qu’il deviennent une évidence pour moi…" 
La valeur de ce lien a sans bien sûr fluctué au cours du temps, elle est dévaluée ou réévaluée au gré des évènements biographiques. 

Dans d’autres cas, cet espace renvoie à une expérience de vacances, d’enfance et d’adolescence éloignant parfois de la famille perçue comme "étouffante". C’est moins un lien à sa propre famille qu’un lien a une partie de son passé et un état des rapports à la famille qui est mobilisé. Ce lien a pu être entretenu au détriment de la création d’autres lieux et d’autres liens, "j’ai 51 ans je vivais à Marseille avant et entre 14/15/16/17 ans je faisais des camps dans la région des camps d’adolescente et l’attachement à la région c’est vrai que c’est parce que c’était beau c’est vrai que ça représente aussi mon adolescence je suis d’une famille de 8 enfants avec tous les problèmes que j’ai pu avoir à l’adolescence avec mes parents mes sœurs mes frères mon caractère et tout ce que vous voulez c’est y’a eu quelque chose qui s’est accroché ici alors après je me suis marié avec quelqu’un qui était de Soisson et on a vécu à Paris pendant 10 ans et on venait en vacance ici donc dès que je me suis marié c’est une région que j’ai fait connaître à mon futur mari " 
Depuis la rencontre avec cette région à l’adolescence, n’ayant jusqu’alors pas quitté sa famille, Aline reviendra chaque année, seule puis avec son mari en vacance à B. Ils achètent une maison "du camping amélioré" et quelques années plus tard reprend avec son fils une auberge en vente dans la même commune "pour le sauver de problèmes de drogue", sauver son couple et se rétablir de multiples problèmes de santé. 

Dans quelques cas, on ne trouve pas d’inscription familiale directe mais le rôle joué par la famille d’origine n’est pas pour autant absent. Jean-Yves, par exemple a vécu toute son enfance à Paris. Au début des années 1970, il quitte le lycée après avoir échoué son bac, "fait des petits boulots", voyage seul à l’étranger "en Inde, en Afrique" revient à Paris, tente une nouvelle fois son bac, échoue et par le biais de sa mère, il a "l’occasion de retaper une maison de campagne des amis de sa mère, (..) c’était l’idéal, eux ils venaient deux ou trois fois par an, c’était l’idéal, j’ai eu l’impression d’avoir un petit chez moi" . Il vient à A., fait la connaissance de ses voisins, des hollandais vivant en communauté. Après une année de présence à A., il intègre la communauté. Assez rapidement, des problèmes relationnels le conduisent à "prendre de la distance", il retourne quelques temps à Paris, toujours seul, fait un séjour dans un couvent et revient peu de temps après au même endroit, intégre un autre réseau de "nouveaux habitants", change de commune à deux reprises, s’est marié et réside toujours dans le canton . L’importance accordée à ce lieu n’est pas sans lien avec l’absence d’autres espaces de références soit parce que toute l’enfance s’est déroulée dans la même ville avec des déplacements inexistants, soit parce que les déménagements n’ont pas permis de s’approprier un lieu. 
La famille du migrant peut être également complètement absente dans la création du lien. Certaines familles, en effet pour des raisons diverses [16 ], ont eu des effets repoussoir, d’autres personnes notamment les amis et les familles des amis ont pu jouer un rôle de substitution. La socialisation au lieu, pour Patrick par exemple, s’est réalisée au cours de son adolescence, quand il venait en vacance chez un ami d’école, originaire de la région. Elevé par sa grand-mère italienne qui "parlait français à sa façon", "mes parents ne s’occupaient pas de nous ,franchement ils avaient pas du tout le temps de s’occuper de nous parce que la restauration, à ce moment, ils prenaient pas de vacances, ils ouvraient tous les dimanches, ils avaient des dettes" , Patrick a mobilisé ce lien amical solide, la famille de son ami devenant une référence," c’est un bon, un très bon copain d’enfance et les parents aussi, je les connais depuis l’âge de 10 ans". (26 ans, présent depuis 10 ans dans cette région, travaux agricoles saisonniers) 

Pour un nombre non négligeable de migrants, (près du tiers des enquêtés), tout se passe comme si, cet espace, espace de migration parmi d’autres était devenu "espace fondateur" parce qu’ils y ont vécu, adulte des évènements biographiques importants (mise en couple, séparation, naissance d’enfants…). Ce lieu est devenu à son tour "espace fondateur" relativement aux autres lieux. 
Maryse, par exemple est venu avec son mari vers 1980 suite à une proposition d’installation d’un "comité de survie" de la commune B., parue dans Libération [17 ]. Tous deux sont originaires du Pas de Calais. Après quelques années de mise en valeur d’une exploitation , le couple se sépare. Maryse quitte la commune, s’installe dans une grande ville à une centaine de km et reprend son métier d’éducatrice qu’elle avait abandonné pour être agricultrice. Elle revient de temps en temps le week-end dans la maison que son conjoint lui a laissé. Dans son travail, on lui propose un poste de responsabilité, elle décline l’offre, "après réflexions" et s’installe de nouveau à B. encouragé par un ami qui lui n’a pas quitté B. Il faut ajouter que Maryse ne retourne pas dans sa région d’enfance ( elle entretient des rapports tendus avec son père), et que par son intermédiaire, plusieurs de ses frères et sœurs se sont installés à B. ou dans des communes environnantes, que sa fille souhaite s’installer avec un projet "d’accueil d’enfants, pas handicapés parce que j’en ai marre, mes parents étaient éducateurs, pendant les vacances on accueillait des handicapés avec des handicaps différents j’ai plus envie d’accueillir des enfants qui ont forcément des problèmes quoi ". Finalement, les liens actifs d’Aline sont dans cet espace [18 ]. 

Annick s’était déjà installée à C, il y a une dizaine d’année avec son ami. Ils avaient rejoint une exploitation en communauté qui se situait à une centaine de km de sa famille d’origine. Après quelques années, le couple se sépare, elle part vivre au Vietnam pendant trois ans avec son jeune fils. A son retour, elle prend en gérance une auberge à une cinquantaine de km de chez ses parents. L’auberge est mis en vente mais ne peut l’acheter. Elle rencontre un nouveau conjoint, construit un projet d’installation d’accueil en milieu rural et d’exploitation agricole, et vient s’installer dans la commune voisine de C. En devenant agricultrice, elle reprend la profession de ses parents après avoir suivi un DEUG de philosophie. Elle retrouve "d’anciennes connaissances" qui, comme elles, étaient parties puis revenues. 
La possibilité de transformer un lieu indépendant de son histoire familiale, un lieu hors "géographie familiale" en "lieu de référence" dépend de ce qui est vécu certes mais également de sa redéfinition dans les cadres de la vie future. Yvette, 38 ans, venait juste d’arriver à C., au moment de l’enquête, par le biais d’une annonce offrant la possibilité de "faire une table d’hôte avec jardin pédagogique" passée dans la revue "Quatre-saisons". Originaire de Normandie, elle a connu de multiples déménagements suivant son conjoint, éducateur. Educatrice également, elle s’est arrêtée de travailler depuis une dizaine d’années pour élever leurs deux enfants. Après son divorce, elle part avec ses enfants 6 mois en Thaïlande "faire le point" et à son retour suit une formation d’agrobiologie. Cette annonce l’intéressait pour deux raisons, dit-elle. D’une part, elle pouvait valoriser sa formation et d’autre part, le lieu se situait géographique entre le domicile de ses parents avec lesquels elle a gardé de "bons contacts" et le lieu de résidence de son ex-mari, ce qui facilitait la circulation des enfants. Yvette n’a pas été retenu pour le projet d’association. Elle est néanmoins restée deux ans à C. vivant d’emplois saisonniers avant de repartir. [19 ] Rien ne permet de dire si cette socialisation au lieu suffira pour susciter, à un autre moment de son histoire, un retour n’ayant pas vécu, a priori, d’évènements biographiques importants. 

Ces liens divers à l’espace d’arrivée articulées à des histoires individuelles diverses, des situations professionnelles, familiale/conjugale, qui ont précédé et accompagné la migration génèrent des aspirations sociales, des stratégies différenciées en matière de socialisation. 

2. actifs migrants et socialibilités locales 

Considérant que la migration n’est pas qu’un déplacement dans l’espace mais peut entraîner des changements radicaux au niveau du réseau relationnel et des lieux d’investissement du migrant, des manières de se voir et des manières d’être perçu, d’autant que ses migrations correspondent souvent à des recompositions conjugales, mises à des distances de l’activité professionnelle ou de la famille nous nous interrogerons sur les conséquences de la migration vers le "rural isolé" sur le réseau relationnel du migrant et partant, sur son intégration locale. 

En dépit de la multiplicité des manières d’investir cet espace, de l’hétérogénéité des caractéristiques sociales des migrants, c’est la manière dont est considérée la migration, le terme d’une trajectoire migratoire, une étape parmi d’autres possibles qui semble différencier les stratégies relationnelles et sociabilités, les usages du territoire. Parce qu’il s’agit d’un processus, certaines migrations, pas forcément envisagées comme le terme d’un parcours migratoire, le deviennent alors que d’autres pensées comme stables voire définitives peuvent être remises en question. 

Quand l’espace rural "isolé" est considéré comme un lieu d’installation durable voire le terme du parcours migratoire. 

Si l’on emprunte le langage des variables, on peut dire que cette migration est d’autant plus souvent pensée comme durable ou définitive que les migrants sont plus âgés, que le projet a été construit avec leur conjoint (très souvent nouveau), qu’ils n’ont plus de liens matériels avec leur espace de départ ayant investis l’intégralité de leur capital économique dans cette installation. 
Pour autant, ces migrants ne constituent pas un groupe homogène et si tous affirment "vouloir s’intégrer" tous n’investissent pas dans les mêmes dimensions de la vie sociale. Schématiquement, alors que certains mettent l’accent sur la réussite professionnelle d’autres privilégient la "qualité de vie", "les relations amicales." 
Nous pouvons prendre deux exemples de couples de migrants présentant une ensemble de caractéristiques communes ( arrivés à peu près à la même période, d’âge voisin,(45 ans), couples recomposés, installation dans la même commune avec achat d’une maison) pour montrer que les expériences passées, les milieux sociaux, la pente de la trajectoire produisent d’importantes différences dans les manières de s’inscrire dans le territoire, dans les stratégies relationnelles. 

Ginette enseignante-chercheuse dans une école d’agriculture et Pierre, chargé d’étude, avant de migrer, connaissant tous deux des difficultés professionnelles (chômage longue durée pour Pierre) ont, au cours des toutes premières années de leur rencontre mis sur pieds un projet d’installation, projet qui se voulait " à la fois agricole accueil formation un espace de complexe un peu synergique inséré dans une dynamique locale" mettant en commun leur important réseau (tous sont ingénieurs agronomes et ont travaillé de longues années dans le champ de l’encadrement agricole), "c’est vrai que ça serait bien d’avoir des étudiants en fin de cycle qui viennent faire une partie de leurs études ici parce qu’on monte un master en agriculture biologique avec d’autres gens eh et que bon on est sur un réseau et ils peuvent venir on peut les accueillir ça me permettrait de quitter (l’ancien lieu de travail) sans rompre complètement les relations parce que c’ est quand même une caution scientifique intéressante pour notre projet (..) on n’est pas sorti de ces réseaux là (..) et on a été convaincu qu’il fallait prendre appui sur nos expériences passées pour donner le maximum de chances de succès à l’entreprise (…) Pierre, il connaît vraiment bien les procédures et que ce serait vraiment trop bête de cracher sur les subventions ben on a fait une installation agricole en bonne et due forme (…) on connaît aussi du monde à la région il est allé voir aussi les élus il est allé voir le département le conseil régional le SIVOM enfin le district enfin" Incontestablement, ils ont tous les deux une "revanche " à prendre, "on s’est assez planté comme ça" aussi bien professionnelle que conjugale. Il n’ont pas coupé avec leur milieu professionnel antérieur qui indirectement leur sert de stimulant ".. y’en a aussi qui sont un peu jaloux en disant ouais moi j’aurais bien aimer faire ça (..) mon directeur de département il cherche des noises depuis qu’il sait que je me m’installe parce que lui c’était son projet et qu’il n’est jamais passé à l’acte " 
Quand la réussite professionnelle est centrale pour le migrant, toutes les relations locales lui sont annexées, "notre ambition c’est d’être aussi un des moteurs du développement dans la régions (...)" . Il s’agit alors d’éviter toute assimilation aux expériences d’installation les plus fréquentes dans la région, " j’aimerais pas que (..) notre projet ait cette image un peu baba (…)ça fait bricoleur ça traîne des images négatives c’est comment dire c’est plutôt j’ai envie d’être vraiment insérée parce qu’on a envie vraiment, on est très on est militant du développement mais on pourra pas bosser avec les agriculteurs si on trimbale des images comme ça parce que les agriculteurs sont très traditionalistes quand même" . 
Des liens sont tissés avec les responsables de coopératives, les élus…Les initiatives locales, susceptibles d’être intéressantes pour le projet sont prises en considération tout comme celles qui peuvent entrer en concurrence "oui ben eux on les a rencontré (..)mais je crois qu’on va se revoir il faut qu’on discute quand même je crois on est en train de monter des projets qui sont pas concurrents mais qui dans l’idée qu’on a et il faut se rencontrer régulièrement pour qu’on ne deviennent pas concurrents et puis en plus c’est des gens qui l’air d’avoir des parcours qui nous ressemble" 
Pour maintenir leur niveau de vie antérieure, ils continuent à avoir des activités de consulting à l’extérieur de la région, tant que leur activité ne dégage pas suffisamment de revenus. 
Martine, institutrice dans l’enseignement privé, et Gérard, employé dans une association d’aide à domicile, avant d’arriver à B. ont décidé de s’installer dans cette région où ils passaient leurs vacances depuis leur rencontre. Par l’intermédiaire du propriétaire du gîte qu’ils louaient ils ont connu leurs nièces et se sont liés d’amitié " on a connu sa nièce (..) par son intermédiaire on a connu sa sœur on est devenue on s’est lié d’amitié on est venu, on est revenu en vacances et on les a aidés à s’installer eux en 85. on les a aidé à faire leur gîte parce qu’ils ont un grand gîte de groupe et 2 petits gîtes". Cette amitié est perçue comme exceptionnelle comparativement aux autres relations d’amitié ; "on a connu des amis mais jamais des relations aussi fortes (…) pas avec la même intensité". Martine et Gérard ont toujours accordé de l’importance aux relations amicales, "un élément qui nous a permis de partir parce qu’on n’avait pas des gros salaires et pas des gros besoins non plus on s’était toujours nous ce qui nous importait c’était avoir des amis à la maison, se balader faire de la marche des choses qui coûtent pas chères quoi " Ils mettent sur pieds un projet d’accueil en gîte, souhaitant s’installer à proximité de leurs amis, ce qu’eux ont refusé compte tenu des risques de concurrence "… et puis l’amitié quand on est trop proche quelque fois ça (rire) et ça enfin ça tombait bien aussi parce qu’on n’a pas trouvé de maison maintenant je crois qu’on ne regrette pas on va les voir nos amis souvent"
Tout en travaillant à la restauration de la maison qui servira de gîte, ils "ont trouvé un travail tous les deux" (..) "on est arrivé là y’a peut être des gens qui ne trouvent pas de boulot moi je sais pas il faut peut être pas toujours voir ce qu’on va gagner c’est vrai si je regarde ce que je vais gagner au centre par rapport à ce que je gagnais en tant qu’instit eh bon c’est la moitié quoi mais c’est une autre vie c’est pas bon on a trouvé du travail tous les 2"(…) donc ça nous fait à peu près le SMIC à tous les 2 …(…) on se fait pas trop de soucis moi je me dis que je pourrais faire n’importe quoi aller vendre du fromage sur le marché je l’ai fait pour les copains je peux faire n’importe quoi ça me gêne pas"
Ils ont tissé des relations locales aussi bien du côté de certains "autochtones" que des certains migrants, échangent des services…, s’invitent. S’inscrivant dans le réseau de leurs amis, ils ont pu le diversifier grâce à leur lieu de résidence distinct. Ils ont gardé quelques amis de leur ancien lieu de résidence où ils retournent régulièrement pour rendre visite à la famille de Gérard. 
Ce n’est sans satisfaction que Martine nous apprend que déjà "… Michel (ancien agriculteur, origine de B) me demande de faire partie du conseil municipal (rire satisfait) c’est vrai quand on dit ça les gens nous tombe dessus et là j’ai envie de prendre un peu de distance par rapport à ça je lui ai dis je veux bien pas ces élections là les élections prochaines peut être." 

Il est fort peu probable qu’entre ces deux couples des relations s’établissent : alors que les premiers privilégient la socialisation professionnelle, eux mettent l’accent sur "les relations humaines". Comme l’exprime Laure, les liens connexes à l’activité professionnelle dès lors que cette dernière est perçue comme suffisamment valorisante coûtent trop en temps par rapport aux bénéfices retirés , "(..) nous je pense qu’on est agréable avec les gens, sans faire de gros efforts moi j’ai pas envie de me coltiner des parties de belotes, parties de boules pour s’intégrer aux gens du coin quoi ça m’intéresse pas et on avait trouvé des gens à L. bon on avait une copine qui habitait à côté avec qui on s’entendait bien et puis des gens du coin ouf ça se passait bien sans qu’il se passe grand chose quoi, mais c’est pas très, enfin pouf (…) mais je n’ai pas forcément envie de raconter n’importe quoi, de passer des heures parce qu’on n’a franchement pas toujours, les centres d’intérêt les mêmes que d’autres gens notamment à L. (un village) où il n’y avait que des vieux et des gens pas très intéressants, y’avait des vieux qui étaient très sympa c’est pas ça que je veux dire, et puis qu’on est toujours à la bourre et qu’on a plein enfin, parce qu’on aime bien faire plein d’autres choses et que de passer des après-midi à jouer aux boules ou aller à la soirée machin ou on a fait un peu à M. bon on peut le faire un peu mais il faut pas, bon, donc.." (salariée d’association ). 
Les activités crées mais surtout les manières de les envisager limitent les occasions de contacts. Nombreux sont ceux qui refusent l’aide extérieure, économique ou en terme de conseil. Ils ont volontiers recours à leur famille (les frères et sœurs), plus rarement à des amis. "mon intention ça n’a jamais été de fonctionner avec des subventions mais en auto financement, nous on est les roi de l’auto financement autoconsommation auto -construction surtout pas d’emprunt surtout pas de subventions qui nous ligotent c’est en plus cette DJA c’est un mensonge qui pousse les agriculteurs aux dettes j’ai vu beaucoup" (femme de 40 ans, accueil d’enfants sous tipis) 

Ceux qui avaient déjà un passé dans cet espace expriment les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour "être accepté" et se défaire de l’ancienne place qu’ils avaient prises et/ou qui leur était réservée. Maryse, par exemple, arrivée fin des années 1980 avec son mari pour mettre en valeur une exploitation agricole, suite à une proposition d’installation d’un "comité de survie" de la commune A., dit avoir des difficultés à se défaire de "la figure du hippie" depuis qu’elle est revenue seule " nous on était les hippies oui on n’était pas originaires de là on faisait pas comme tout le monde on mettait en place des trucs un peu abras cadabran pour les gens d’ici donc on était les hippies et je crois que ça restera un peu on n’est pas ". (accueil en gîte) 
Très impliquée dans la vie municipale par le passé avec une vie relationnelle locale foisonnante, elle garde aujourd’hui ses distances, se "protège". Suite à son divorce, elle a retrouvé des anciens amis qui ne résident pas dans la région et compte davantage sur ses frères et sœurs qui sont venus s’installer également dans la même commune et la commune voisine. 

Pour "être accepté" dit Aline passant du statut de résident secondaire à celui de permanent il faut "leur" laisser le temps de nous observer.."y’a pas eu de clans vraiment formés si vous voulez et ça évolue tellement moi je vois au niveau de nous et de l’auberge et au niveau personnelles les relations ont évolué de manière extraordinaires en un an donc c’est pas parce que ça se fait très vite que c’est bien aussi faut quand même laisser le temps aux gens d’évoluer de savoir de vous regarder de savoir s’ils en ont envie aussi y’a pas que moi qui peut en avoir envie" (..)"Au point de vue des relations qui sont bien plus riches ici qu’ailleurs enfin pour moi parce que les gens du pays, je les connaissais, j’ai supporté pendant un certain temps qu’ils me regardent qu’ils se disent parce qu’ils en ont tellement vu défiler faut se mettre à leur place hein ,bon laissons faire et voyez, mon histoire de plafond, c’est les gens du pays qui me l’ont mis d’aplomb, j’ai revu jouer la solidarité telle qu’ils la vivaient avant c’est à dire que j’ai acheté du bois en coupé, y’a quelqu’un qui m’a donné du bois sec à la place qui prendra la bois frais, y’a tous les corps de métier les mecs qui bricolent en dehors de leur travail qui sont venus, j’ai mon plafond quand même " (restauratrice). C’est parce qu’elle a intériorisé l’image d’une commune attirant des "marginaux" qu’elle souhaite voir disparaître, qu’Aline s’oblige à ouvrir son auberge, même si pendant l’hiver, elle reste quinze jours sans voir personne, " on ne fait pas un commerce comme ça en marge c’est pas possible je peux pas supporter que des gens viennent de L ou de E. eh pour manger chez moi et leur dire vous avez pas réservé je suis désolé on fait pas ça ou alors on n’en vit pas " 

Même si les migrants pensent leur installation comme définitive, ils ne parviennent pas toujours à développer les relations locales qu’ils escomptaient. Les échecs professionnels successifs, leurs difficultés relationnelles les conduisent à s’isoler. S’ils ne repartent pas, c’est parce que les liens qu’ils avaient dans leurs anciens lieux de résidence se sont distendus. C’est le cas par exemple de Bernadette qui après avoir utilisée sa maison comme résidence secondaire s’y installe avec son mari pour en faire "un lieu de vie pour handicapés" et qui résume ainsi son expérience , " on connaissait donc comme on hippies les gens en vacance c’est pas du tout la même chose que quand on y habite ça je persiste je continue à voir comment on accueille ceux qui viennent en vacance et comment on est accueilli quand on est permanent où quand on est permanent on est vu on n’est pas eux parce qu’on n’est pas natif d’ici et on n’est pas en vacance on est là on prend un petit peu de leur bien moi je dis la France elle est à tout le monde elle est à celui qui fait vivre l’endroit où il vit mais ça c’est pas très bien accepté alors on est là mais sans regret hein le parcours est comme ça" (..) on est très mal accueilli (..) c’est sûr de prime abord comme ça, ils vous accueillent bonjour bonsoir, ils parlent un petit peu s’ils sont intéressés ils vont continuer mais si aucun intérêt ben nous, on n’est pas riche comme, tout ça, on ne les intéresse pas, donc ils nous utilisent quand ils ont besoin sinon ils nous laissent de côté, (..) quand j’ai pris le magasin on aurait dit que j’avais volé je ne sais pas qui pour l’acheter c’était pas possible que je puisse acheter le magasin et ils ont cherché tout ce qu’ils pouvaient dire de choses pas fondée ,absolument pas fondées pour me mettre plus bas que terre ça a été très très dur". (accueil d’handicapés puis gérante d’une supérette, son mari, éducateur assure des remplacements dans l’est de la France).) 

Certaines migrations, non pensées comme durables voire définitives peuvent le devenir suite à des événements biographiques. Une mise en couple avec l’implication du conjoint dans une activité artisanale jusque là peu rentable peut changer les perspectives. Ce ne sont pas les seules caractéristiques du lieu, son caractère plus ou moins accueillant qui peuvent modifier les stratégies migratoires mais aussi la perception qu’a le migrant de sa propre position à partir de celle qu’on lui renvoie mais aussi à partir d’évaluations formées au cours de ses expériences passées. 
Quand la migration est envisagée comme durable voire définitive, des efforts sont déployés sinon pour tisser des relations au niveau local, au moins pour éviter les rapports conflictuels. Pour autant, il ne s’agit pas, pour ces migrants, de passer inaperçus. Ils sont tous en attente de considération et de reconnaissance sociale. Les plus démunis (économiquement, en terme de compétences professionnelles et en terme de relations sociales) s’indignent du manque d’attention qui leur a été accordé lors de leur installation "personne n’est venu nous voir personne pour nous encourager.."(restaurateur en conflit avec la municapilité pour des raisons sanitaires). 
Le lieu d’habitation représente alors une ressource que l’individu peut mobiliser pour requalifier son identité. La migration peut contribuer à requalifier une position sociale en se construisant une "identité locale". L’identité locale est "l’une des formes, socialement déterminées, de la construction par un individu de son image de soi ; en effet, le lieu auquel un individu se rattache est l’une des spécificités sociales qui le définissent, parmi d’autres (le sexe, l’âge, la profession, le statut familial, etc.). On pourrait dire que l’identité locale est une relation entre l’individu et lui-même, médiatisée par le lieu ou la représentation du lieu. L’appartenance locale désigne non plus cette construction de soi mais la relation entre l’individu et un lieu ; (…) L’identité locale peut varier, selon les positions des individus, en intensité ; mais l’appartenance locale change de forme : elle peut être individualiste ou collective, géographique ou historique, sentimentale ou culturelle, etc." [20 ] Ces migrants s’organisent pour lutter contre les représentations négatives qui sont véhiculés sur leur commune. Ils ont, par exemple, réagi énergiquement à un article paru dans la presse locale à propos de leur commune et plus précisément de l’école unique "accueillant des enfants de familles en difficultés". Ils rétorquèrent, par voie de presse, "qu’il n’y a pas plus de gens à problèmes ici qu’ailleurs mais que, en tout état de cause, la vie y est plus dure"

Le lieu de migration comme opportunité 

Les migrants pour lesquels ce lieu n’est pas a priori considéré comme un lieu d’installation durable s’avèrent aussi très différents du point de vue de leurs caractéristiques sociales. Si, en moyenne, ils sont plus jeunes que ceux de l’autre catégorie, s’ils disposent de moins de ressources économiques et relationnelles, ils constituent également une catégorie hétérogène du point de vue des caractéristiques sociales. Tout oppose par exemple, Christiane, 39 ans, arrivée depuis 2 ans, et Patrick, 27 ans, présent depuis 10 ans. Christine bénéficie du soutien constant de sa famille. C’est par le biais de son frère qu’elle trouve un gîte en vente à A. Toute la famille est mise à contribution,. son père soutient financièrement le projet, jouant le rôle de comptable, sa mère s’occupe de l’aménagement, de la décoration, les oncles et tantes apportent leurs compétences, son frère, célibataire, passe ses vacances à l’aider. "… moi j’ai de la chance parce que mes parents sont à la retraite, ils sont encore bien en forme donc ils me filent un grand coup de mains mais si j’étais vraiment toute seule je ne sais pas comment je ferais(…) j’ai eu beaucoup d’aides de mon père qui est un caculateur méticuleux il pèse le pour le contre on s’était quand même bien renseigné je me suis pas aventuré à la légère je savais les charges que j’aurais et il m’avait dépeint un tableau plutôt négatif(…) tous les spécialistes ça se paie et enfin mon père a pas mal l’habitude des affaires donc c’est vrai que je lui fais pas mal confiance là dessus (…) c’est vrai que j’ai de la chance parce qu’on est une famille où on s’entend vraiment bien ne serait que pour ce petit dépliant (…) " 
Elle n’a guère de relations avec ses voisins, "je n’ai pas le temps", elle a pu néanmoins entrer en contact avec quelques professionnels du tourisme au niveau local à l’occasion de la parution d’une plaquette publicitaire. Patrick, venu, par le biais d’un ami, ne bénéficiant d’aucun appui familial. Il a passé un BEPA, a été incité à bénéficier de la DJA mais "les prévisions qu’ils faisaient, c’était bidon je me serai planté". Il a intégré le réseau relationnel de cet ami constitué de jeunes "faisant des petits boulots, des travaux champêtres", qui régulièrement "font faire un tour" et reviennent toujours dans la région. Ce réseau dont les personnes ne se connaissent que par les prénoms, s’il est rassurant "c’est conviviale, on se retrouve sur le marché" n’apporte guère de soutien au nouvel arrivant : dépourvus de moyens économiques et de compétences professionnelles, les soutiens qu’ils peuvent attendre de leurs pairs sont limités ; au plus, ils s’hébergent quand ils reviennent après "avoir fait un tour" d’un ou plusieurs mois. Mais parce que ce réseau des "jeunes", sans emplois stables, "un peu squatters" est bien identifié, il leur est difficile de se débarrasser des représentations d’instabilité professionnelle qui leur sont d’emblée attribuées : " eux, je n’en veux pas, ils ne tiennent pas la route, j’ai besoin de collaborateurs sur qui je peux compter" (imprimeur, arrivé une première fois en 1975, parti puis revenu au début des années 80...) 

Quand le lien mobilisé n’introduit pas le migrant dans un réseau localement situé et qu’il n’a pas de liens actifs par ailleurs, il lui est difficile de "faire des rencontres" : Florence est arrivée par le biais d’un poste de maître auxiliaire pour 6 mois. Elle avait aussi une amie infirmière avec laquelle elle n’a plus guère de relations depuis qu’elle est venue la rejoindre. Son activité professionnelle ne lui permet pas d’être véritablement prise en considération par ses collègues, (hiérarchiquement en position inférieure et en poste pour peu de temps) et ses efforts pour participer à des activités collectives (cours de yoga) ne lui ont toujours pas permis d’établir des "relations de confiance". 

La plupart des migrants, par le lien qu’ils mobilisent, en choisissant ce lieu, s’inscrivent dans un réseau préexistant, dans un dans un espace de relations qui structure en retour leurs pratiques. En arrivant par le biais d’une offre d’installation par exemple, le migrant s’inscrit souvent malgré lui, non seulement dans une activité professionnelle mais aussi dans les réseaux de celui qui a passé l’offre. Marlène et Marc en acceptant la proposition d’installation de A. paru dans la revue Témoignages Chrétiens, qui supposait un travail en commun, ont aussi hérité de la mise à l’écart du couple à l’origine de l’offre, à tel point que, qu’après une dizaine d’années de présence dans la commune, ils sont toujours localisés par le hameau "ils doivent habiter à C." "là-bas, ils ont toujours été à part." (résident secondaire depuis 1970 puis permanent) 

Nombre de ces migrants qui n’avaient pas de projet d’installation durable vivent parfois depuis de longues années dans cet espace sans pour autant envisager de rester. Avec le temps, les liens extérieurs à ce territoire, souvent peu nombreux, se délitent et ils n’ont guère de ressources pour tenter ailleurs une nouvelle installation [21 ]. 
Cette indétermination, quant à leur avenir, ne favorise pas la recherche de liens institutionnalisés ; ils sont peu présents dans la vie municipale par exemple. 

En dépit d’une "singularité originelle commune", les migrants actifs vers l’espace "rural isolé" ne constituent pas, pour autant, un groupe homogène. Ils s’inscrivent dans un cadre de relations qu’il partage et structure en partie. Des stratégies relationnelles différenciées sont mises en œuvre produisant des liens enchevêtrés. Ici, comme ailleurs, les relations durables restent homophiles, et la nature des relations se cumulent plus qu’elles ne se compensent. En terme d’intensité, ce sont les relations familiales qui dominent. Souvent, la migration a permis de reprendre avec la famille d’origine, des relations. De multiples facteurs agissant dans des temps différents et à des niveaux distincts ont des effets sur la manière dont des migrants investissent le lieu. Une analyse plus fine et plus systématique des sociabilités locales, de leur modifications au cours du temps, des effets sur les pratiques et valeurs, de la manière dont les liens au territoire sont transformés en ressource serait nécessaire pour rendre compte de leur dynamique.


[1 ] B. Kayser, La renaissance rurale, A. Colin, 1989

[2 ] cf. R. CASTEL, La métamorphose de la question sociale, Paris, Fayard, 1995

[3 ] P.A ROSENTAL, "Maintien/rupture, un nouveau couple pour l’analyse des migrations, Annales ESC n°6

[4 ] J. DEBROUX," La dynamique complexe des migrations d’actifs vers l’espace "rural isolé"", Espaces et Sociétés n°113/114, 2003, pp 215/233

[5 ] En 1982, le Recensement Général de la Population mettait en évidence une inversion du flux migratoire dans une partie des communes du rural isolé. Cette “ catégorie résiduelle ” de l’espace à dominante rurale qui ne compte que cinq millions de personnes représente néanmoins plus du tiers du territoire national, a connu une augmentation de population due essentiellement au solde migratoire positif. 

Ce texte s’appuie sur les résultats d’une étude dont l’objectif était de mieux connaître les nouveaux actifs des communes rurales, leurs “ besoins ”. Trente-deux entretiens ont été réalisés dans deux communes voisines situées au Sud-Est de la région Rhône-Alpes, suffisamment éloignées des grandes agglomérations pour rendre difficile les migrations pendulaires. Dans ces deux communes , les migrants actifs représentent une part de plus en plus importante de leur population active. Ainsi, pour la commune en déclin démographique (118 habitants en 1982 et 84 en 1999) les migrants actifs étaient 25 sur 44 actifs en 1982 et 19 sur 31 actifs en 1999. La commune en croissance (288 habitants en 1982 et 354 en 1999) comptait 25 migrants parmi 103 actifs en 1982 et 82 migrants parmi 153 actifs en 1999. Un recensement des “ nouveaux actifs ” (arrivés depuis 1982) a été effectué auprès des secrétaires de mairie. Nous ne voulions retenir que des “ nouveaux migrants actifs ” ne provenant pas des communes voisines. Dans la construction narrative de leur parcours, nous avons fait le choix de ne pas contraindre nos interlocuteurs à expliquer les “ raisons ” de leur migration, son “ sens ”, le “ pourquoi ” de leur acte. Nous avons privilégié les questions permettant de mieux objectiver leur situation professionnelle et familiale, et leur rapport à cette situation, en évitant les questions suscitant des rationalisations théorico-idéologiques (au sens psychologique du terme). Se trouvent donc rassemblés des migrants arrivés à différents moments de leur cycle de vie, présents depuis plus ou moins longtemps… migrants divers par leur origine sociale, par leur position dans le cycle de vie (nos enquêtés ont entre 24 et 50 ans), par leur temps de présence dans la région, (de 1 ans à près de 20 ans –de présence cumulée ). Ces éléments sont à prendre en compte puisque l’on sait que selon le cycle de vie, la trajectoire sociale, le sexe, la densité et la composition des réseaux relationnels connaîssent d’importantes variations. Un jeune migrant célibataire, venant de quitter l’école n’est pas inscrit dans le même tissu relationnel qu’un couple dont les deux membres travaillent dans des sphères d’activité différentes, ayant des enfants mariés, une famille élargie importante etc…

[6 ] P. Bourdieu, "Effet de lieu" in P. Bourdieu (dir.) La misère du monde , Paris, Seuil 1993 pp159/167 p 160 La répartition spatiale des catégories socio-professionnelles donne à voir une division ternaire récurrente entre "espaces à dominante agricole-artisanale, industriel et tertiaire-directionnel. Cette division est corrélée avec la taille des communes ou des agglomérations. (…) Cette morphologie de base est, là encore, schématiquement traversée par la hiérarchie sociale…"cf. A. CHENU et N. TABARD, "Les transformations socioprofessionnelles du territoire français, 1982/1990" Population n°6, 1993 , 1735/1771 p1735

[7 ] N. ELIAS, La société des individus, Paris, Fayard, 1991

[8 ] Le parti pris a été de rendre compte de la migration du point de vue du "migrant" et non à partir du territoire d’arrivée ce qui nous aurait conduit bien sûr à une autre analyse.

[9 ] Une analyse de "cas" pour donner à voir les configurations dans leur logique pratique (où les contraintes sont enchevêtrées), aurait été plus appropriées.

[10 ] C. DUBAR, La crise des identités, Paris PUF, 2001, 239 p. 95

[11 ] Dans notre échantillon, les enquêtés avaient connu des ruptures de couple relativement récemment. Rien ne nous permet de dire si l’appauvrissement économique et social qui a suivi la désunion sera compensée. Dans la quasi-totalité des cas où la séparation n’a pas débouché sur une nouvelle relation conjugale, les aides sociales (RMI etc.…) constituent une part importante des revenus.

[12 ] cf. A. ZEHRAOUI "Processus différentiels d’intégration au sein des familles algériennes en France" Revue Française de Sociologie XXXVII, 1996 pp 237/261.

[13 ] Les rivalités, concurrences entre les membres reposent pour une part sur l’inégale distribution des ressources économiques, culturelles, symboliques…

[14 ] Dans les cas de migration de couple, l’un des conjoint, moteur de la migration, a une partie de son histoire en lien avec ce lieu.

[15 ] Anne GOTMAN, "Géographies familiales, migrations et générations" in BONVALET C. GOTMAN A. GRAFMEYER Y. (éds) La Famille et ses proches. L’aménagement des territoires. Paris PUF INED coll. Tavaux et documents p. 73

[16 ] Comme le souligne C. BONVALET, dans le mouvement de regain d’intérêt pour le rôle des familles dans les destinées individuelles, "ce sont surtout ses fonctions de soutien, d’entraide, d’intégration, de mise à disposition des ressources qui sont mises en lumière. On oublie que la famille peut être aussi génératrice de troubles et de handicaps qui pèsent sur la destinée sociale des individus." "Proches et parents", Population , °1, 1993 p. 102/103

[17 ] Nous n’avons pas réalisé l’entretien auprès du membre du couple "moteur" de la migration. Aline ne connaît pas tous ce qui a pu conduire son mari à vouloir venir ici plutôt qu’ailleurs.

[18 ] Il est intéressant de noter que pour près d’une dizaine d’enquêtés, ce lieu a déjà été investi par le passé sans qu’il fasse parti de l’histoire familiale. Il fait partie de l’histoire individuelle. D’après les éléments que nous avons pour certains migrants, le lien au lieu s’est constitué par le biais d’un tiers. Et finalement, Les éléments nous manquent mais

[19 ] Des éléments plus précis sur son réseau relationnel nous manque pour savoir si d’autres liens auraient pu être mobilisés. Elle évoque "de bons amis de longue date sur qui elle peut compter" mais ce sont surtout les liens à sa famille qu’elles mobilisent. C’est par le biais de son oncle qu’elle a eu connaissance de l’annonce par exemple.

[20 ] cf. la distinction effectuée par F. Weber entre identité locale et appartenance locale, F. Weber, Le travail à-côté, EHESS, 1989, p. 183.

[21 ] Quand les supports de relations disparaissent, (éloignement géographique, disparition d’activités communes), les relations tendent à se trouver condamnées à terme.