Les espaces ruraux en wallonie. La diversité des trajectoires démographiques et le rôle des migrations dans la structuration socio-démographique des espaces

Thierry EGGERICKX( Chercheur qualifié au F.N.R.S.)
Jean-Paul SANDERSON( Groupe d’Etudes de Démographie Appliquée - Université catholique de Louvain)
Jean-Pierre HERMIA( Aspirant au F.N.R.S.)
Amel BAHRI( Groupe d’Etudes de Démographie Appliquée - Université catholique de Louvain)

Introduction 

Depuis le milieu des années 1950, l’exode urbain – au départ de l’agglomération de Bruxelles – s’est assorti d’une croissance démographique importante des communes rurales environnantes de la province du Brabant Wallon. Ce phénomène de périurbanisation, qui concerne surtout des jeunes ménages aux revenus moyens et élevés, participe à la redynamisation démographique des communes rurales concernées. Toutefois, à côté de ces communes périurbaines, d’autres communes connaissent des dynamiques différentes (Oris, 2000 ; Eggerickx, Capron, 2001). Les unes accueillent ceux qui ne peuvent rester ou s’établir en zone périurbaine et d’autres, des personnes plus âgées, ayant atteint l’âge de la retraite et cherchant un cadre de vie plus agréable et plus conforme à leurs aspirations (Eggerickx et al., 2002). 
La plupart des études démographiques récentes se focalise sur les caractéristiques et les comportements de la population des agglomérations urbaines et de leur proche périphérie. Les espaces ruraux sont généralement négligés ou considérés comme un ensemble homogène (Houillon, Thomsin, 2000). En 1996, des géographes travaillant pour l’Institut National de Statistique (INS) ont publié une étude délimitant les régions urbaines de Belgique (Van der Haegen et al., 1996). Ces régions, au nombre de 17, représentent les principales zones de concentration de la population, des activités économiques et de la vie socio-culturelle. De nombreuses communes, en fonction de leurs caractéristiques, constituent les éléments (centre urbain, agglomération, banlieue…) de ces régions urbaines. Toutes les communes qui ne répondent pas à ces caractéristiques et qui sont éloignées d’un « centre urbain » important ne sont pas prises en considération. Cette typologie des régions urbaines constitue une clé de lecture intéressante et pratique – nous l’utilisons souvent dans le cadre de nos travaux – de l’univers communal belge, mais elle enferme le « reste des communes » dans une catégorie résiduelle, sans particularité. 
L’étude que nous proposons poursuit un double objectif. Il s’agira tout d’abord de caractériser sur base d’indicateurs sociaux, économiques, environnementaux et de qualité de vie les communes de la Wallonie (la partie méridionale de la Belgique - figure 1) n’appartenant pas aux agglomérations urbaines. En utilisant des méthodes statistiques, nous vérifierons si des types de communes rurales se dégagent. Ensuite, nous vérifierons si ces divers groupes se caractérisent par la convergence ou la divergence de leurs trajectoires et comportements démographiques. Une importance particulière sera accordée à l’étude des migrations, lesquelles constituent le phénomène démographique de loin le plus influent à l’échelle locale (Eggerickx, Poulain, 1996). 

1. Diversité de l’espace rural wallon : élaboration d’une typologie des entités locales 

Pour définir le champs d’observation et identifier les communes composant l’espace rural wallon, nous sommes partis de la typologie des régions urbaines proposée par l’INS (Van der Haegen et al., 1996). Celle-ci identifie 7 grandes régions urbaines en Wallonie (Charleroi, La Louvière, Liège, Mons, Namur, Tournai et Verviers), en fonction de critères tels que la concentration de la population, les activités économiques, les migrations pendulaires, le logement, etc. Les centres urbains (définis comme le noyau urbain et les quartiers urbains à construction très dense) et leurs agglomérations (définies comme la partie agglomérée du territoire avec maisons, bâtiments publics, équipements industriels et commerciaux…) ont été écartés. Cela représente quelques 34 communes sur les 262 que compte la Wallonie. 
Ayant ainsi délimité un cadre spatial, on peut à présent tenter d’en élaborer une typologie. Pour ce faire, nous avons retenu trois dimensions : 


- la dimension socio-économique : si les milieux périurbains se caractérisent par un niveau de vie assez élevé, il n’en va pas de même pour tout le milieu rural dont certaines entités peuvent connaître des situations de précarité. Nous avons sélectionné des variables telles que le revenu médian, le coût des habitations ou encore le taux de chômage et la connexion Internet [1]. Cette dernière variable a été retenue, car elle est étroitement liée au niveau d’étude [2], dont malheureusement nous ne disposons pas encore les données provenant de l’enquête socio-économique (recensement) de 2001. De plus, dans notre société (d’aucun parlent de société de la connaissance), l’accès aux nouvelles technologies de l’information constitue un enjeu important. Or, la localisation spatiale de cette variable (figure 3) témoigne de profondes inégalités ; les proportions les plus élevés de logements disposant d’une ligne internet étant situées dans les riches communes périurbaines. 

- la dimension environnementale : le milieu rural est classiquement opposé au monde urbain sur la base de critères environnementaux. On a voulu ici combiner une double approche en retenant d’une part, des variables permettant de caractériser un environnement « objectif », sur la base de la qualité de l’air et des superficies consacrées aux bois et à l’agriculture, et d’autre part, un environnement perçu ou « subjectif » au travers des questions posées lors de l’enquête socio-économique de 2001 qui ont permis d’élaborer des indices de satisfactions [3] relatifs notamment aux espaces verts, à la qualité de l’air, à la tranquillité et à la propreté [4]. 

- la dimension « service-isolement » : le choix de s’installer ou non à la campagne de même que celui d’y rester sont parfois dictés par des situations d’isolement ou de disponibilité de certains services de proximité (commerce, médecins, administrations, etc.). A défaut de mesures « objectives », nous avons opté pour un isolement « perçu ». Si le résultat est plus subjectif, il n’en est que plus représentatif de la manière dont les individus perçoivent et qualifient leur cadre de vie. Ces informations sont également extraites de l’enquête socio-économique de 2001. 

Dans la mesure où certaines de ces variables sont étroitement corrélées (cfr. tableau en Annexe 5), et afin de s’assurer de leur pertinence, nous avons d’abord procédé à une analyse factorielle en composante principale (avec rotation varimax). Compte tenu de la valeur propre de chaque composante, on a retenu 5 facteurs (valeurs propres supérieures à 1) ce qui donnait 81,3 % de variance expliquée, soit un score tout à fait satisfaisant [5]. 
Ces cinq axes ont des significations complémentaires et distinctes (cf. tableau des contributions en Annexe 1). Le premier est un axe socio-économique, la contribution des variables liée à cette dimension y est la plus forte. Il oppose les communes les plus « riches » aux communes dont les populations connaissent des situations socio-économiques plus difficiles. Le deuxième traduit le non-isolement. Il regroupe les variables liées à la satisfaction quant aux services disponibles. Le troisième exprime l’intensité de la pollution ; on serait tenté de parler à ce propos d’environnement « objectif », mais le nombre de variables reprises pour mesurer cette dimension ne suffit pas pour retenir cette appellation. Le quatrième axe scinde très clairement le monde rural en deux groupes : les campagnes agricoles et les espaces forestiers. Cette opposition a une forte empreinte territoriale puisqu’elle oppose le sud de la Wallonie boisé (Ardennes) au nord ou l’agriculture est davantage développée. Enfin, le cinquième axe exprime un environnement perçu. 

Sur base de ces cinq facteurs, nous avons ensuite réalisé une analyse de classification hiérarchique (méthode de Ward) en deux temps. D’abord, sur l’ensemble des communes retenues, il se dégageait cinq groupes : les deux groupes extrêmes étaient facilement identifiables, puisqu’il s’agissait des profils périurbains et des communes proches des grands centres industriels. Toutefois, ces deux groupes ont des profils tellement spécifiques que le reste de la Wallonie apparaissait comme une masse relativement homogène. Aussi, nous avons procédé à une seconde classification en excluant les deux groupes pré-cités (périurbains et communes proches des centres industriels). A l’issue de ces deux exercices, on a combiné l’ensemble des résultats obtenus. Il en a résulté un classement de l’ensemble des communes en six classes distinctes (cf. tableau en Annexe 2). 
Le premier groupe présente un profil semi-urbain ou semi-industriel. Il s’agit de communes situées à proximité des centres industriels. Il se caractérise par un niveau de pollution élevé et un habitat assez dense. Les habitants sont de condition assez modeste en moyenne et peu satisfaits de leur environnement. Ce groupe inclut les communes du sillon industriel Sambre-et-Meuse ainsi que quelques communes du Brabant Wallon [6] et trois communes luxembourgeoises. 
Le deuxième groupe est de type périurbain. On y retrouve une bonne partie du Brabant Wallon, et quelques communes des périphéries liégeoise et namuroise. Les revenus des habitants y sont en moyenne les plus élevés de même que le coût de l’immobilier. La population est très instruite (en moyenne, 25% de la population possède un diplôme d’études supérieures contre 13 à 15 % pour les autres groupes). A proximité des grandes agglomérations urbaines et encadrées par des voies de communications rapides, la qualité de l’air n’y est pas la plus favorable. Par contre, les indices de satisfaction par rapport à l’environnement et par rapport à l’offre de services de santé sont très positifs. 

Tableau 1. Liste des variables retenues pour chacune des dimensions 

 

 Dimensions

 Variables

 Sources

Socio-économique

Revenu médian (2000)
Coût des habitations (2000)
Coût des terrains à bâtir (2000)
Taux de chômage (1998)
Proportion de logement sans chauffage central (2001)
Proportion de logements disposant d’une connexion Internet (2001)

(INS, statistiques fiscales)
(INS,stat. immobilières)
(INS stat. immobilières)
(IWEPS)
(INS, Enquête socio-éco)

(INS, Enquête socio-éco)

Environnement

Superficie des terres agricoles (2002)
Superficie des terrains boisés (2002)
Emissions acides par km² (1996)
Emissions de particules en suspension par km2 (1996)
Indice de satisfaction global (2001)
Indice de satisfaction quant aux espaces verts (2001) 

(INS, statistiques cadastrales)
(INS, statistiques cadastrales)
(Atlas de l’air de la Wallonie, 1998)
(Atlas de l’air de la Wallonie, 1998)

(INS, Enquête socio-écono)
(INS, Enquête socio-écono)

Isolement

Superficie bâtie (2002)
Indice de satisfaction quant à l’offre de services de santé (2001)
Indice de satisfaction quant à l’offre de commerces (2001)
Indice de satisfaction quant à l’offre de transport en commun (2001)
Indice de satisfaction quant à l’offre de services administratifs (2001)
Indice de satisfaction quant à la présence de professions libérales (2001) 

(INS, statistiques cadastrales)
(INS, Enquête socio-écono)

(INS, Enquête socio-écono)

(INS, Enquête socio-écon)

(INS, Enquête socio-économique)

(INS, Enquête socio-économ)

 

 



Le troisième groupe se caractérise par une forte proportion de zones boisées (41%). Les communes sont très peu polluées, les indicateurs sociaux sont peu favorables, les habitants sont mécontents des services offerts tandis que leur point de vue sur l’environnement est très positif. Ce groupe qui englobe l’espace frontalier avec l’Allemagne est essentiellement centré sur le sud de la province du Luxembourg. Nous l’appellerons le type « rural luxembourgeois » 
Le quatrième groupe reprend une bonne part des caractéristiques du groupe précédent. Les superficie boisée y sont les plus importantes et les indices de satisfaction par rapport à l’environnement y sont les plus élevés. Sur la carte, ces communes constituent une sorte de zone « tampon » entre le sud et les autres communes wallonnes. Cette bande intermédiaire couvre grosso-modo les Ardennes et reprend les zones de loisirs des vallées de la Lesse et de l’Ourthe-Amblève. Ce groupe sera dénommé « rural ardennais »
Le groupe 5, appelé « rural hennuyer », comprend des communes caractérisées par des superficies agricoles importantes (70%). Moyennement polluées, ces communes présentes une situation intermédiaire à tous les niveaux. Pour ce qui est des variables socio-économiques, si le revenu médian est assez faible, le taux de chômage y est élevé et les logements mal équipés (que ce soit en matière de chauffage central ou de connexion Internet). Il s’agit donc d’une population assez modeste, peu instruite et relativement peu satisfaite quant à l’environnement dans lequel elle vit. Enfin, le groupe 6 correspond au nouveau périurbain ou (périurbain récent). Il correspond à la zone d’extension des migrations périurbaines (principalement au départ de Bruxelles). Ces communes ont un profil très proche des communes périurbaines tout en étant un peu moins riches, moins polluées et légèrement moins bien considérées sur un plan environnemental. 

2. Diversité des trajectoires, des caractéristiques et des comportements démographiques 

Ces six groupes ont été construits sans prendre en compte de variables démographiques. Ce choix était délibéré puisqu’il s’agit de vérifier si la diversité des espaces ruraux délimités se traduit ou non par des caractéristiques et des comportements démographiques spécifiques. 

2.1. L’évolution de la population des différents groupes de 1978 à 2002 

De 1978 à 2002, le groupe périurbain voit sa population augmenter de plus de 35% (figure 5). C’est la croissance la plus forte et la tendance qui se dessine dès 1979 montre clairement que le processus est bien antérieur à cette date. Le nouveau périurbain connaît une faible croissance de sa population jusqu’au début des années 1990, puis une nette accélération se dessine. A partir de 1997, le taux d’accroissement du nouveau périurbain dépasse celui du périurbain (figure 6), ce qui pourrait révéler un effet de saturation de la zone périurbaine qui « déborde » vers les communes adjacentes. 
A l’opposé de ces deux groupes marqués par une forte croissance, les communes semi-industrielles et le rural hennuyer enregistrent des croissances quasi nulles (dans les années 1980 on observe même des taux d’accroissement négatifs). Tout indique que dans le groupe semi-industriel, ne restent que les personnes qui n’ont pas d’autres choix. Pour le rural hennuyer, la situation est un peu différente et on peut supposer qu’il bénéficie (surtout à partir des années 1990) de l’effet de saturation qui marque les communes périurbaines. Face à la hausse des loyers et du coût de l’immobilier dans ces communes, une partie de leurs habitants de même que certains ménages qui, a priori, auraient plutôt opté pour la zone périurbaine, sont obligés de s’installer plus loin, dans des communes moins favorisées, mais également moins atteintes par les hausses de prix. Les ménages qui gagnent ainsi le rural hennuyer n’ont probablement pas le même profil socio-économique que ceux qui s’installent dans le « périurbain récent » (Hermia, Eggerickx et Sanderson, 2003). La valeur du foncier et de l’immobilier détermine dans une large mesure le profil socio-économique des nouveaux arrivants. 
Entre ces deux extrêmes, on retrouve le rural luxembourgeois et le rural ardennais. Ce dernier voit sa population augmenter tout au long de la période. Elle croît plus vite en moyenne que celle du rural luxembourgeois, même si un inversement de tendance se manifeste depuis la fin des années 1990. On peut y voir les effets de la périurbanisation luxembourgeoise qui progressivement se développe dans l’extrême sud de la Wallonie (Eggerickx et al., 2002). 
En résumé, abstraction faite des soubresauts conjoncturels, ces types de communes rurales se caractérisent au cours de la dernière décennie par une croissance de leur population, mais à des rythmes bien différents. 

 

Figure 5. L’évolution de la population des 6 groupes de communes de 1978 à 2002 (1978=100)Figure 6. Taux d’accrois annuel (moyenne mobile sur trois ans)

 

Source : Statistiques du mouvement de la population, Institut national de Statistique


2.2. Des caractéristiques et des comportements démographiques différents ? 

Les contrastes socio-économiques et environnementaux qui caractérisent ces milieux « ruraux » se traduisent-ils par des différences de caractéristiques et de comportements démographiques ? Le tableau 2 présente quelques indicateurs de fécondité, de mortalité, de structure par âge et de type de ménage. 
Le milieu périurbain se détache nettement avec des indices de mortalité nettement plus favorables que dans les autres contextes. L’espérance de vie à la naissance – qui illustre au mieux les conditions de vie d’une population – y est de 78,2 ans, pour à peine plus de 76 ans dans les communes semi-urbaines et le rural hennuyer. Les différences marquent essentiellement la mortalité masculine, notamment aux âges élevés. Entre 50 et 74 ans, un homme résidant en milieu périurbain a un risque de mourir de 20 à 40 % moins élevé que s’il résidait en milieu semi-urbain ou dans le rural hennuyer. On observera que le périurbain récent se caractérise également par des indices de mortalité plus favorables que dans les autres zones rurales. Le niveau de vie des populations, l’accès différencié aux soins de santé, les comportements liés à la consommation de tabac, d’alcool ou en matière de prévention médicale expliquent généralement ces différences. 
L’homogénéisation des indices de (basse) fécondité est un processus bien connu. Il n’empêche, si l’indice synthétique de fécondité présente peu de différence, il en est autrement du calendrier. Ici aussi, le périurbain se démarque avec une fécondité plus tardive, comme en témoigne les taux de fécondité plus élevés entre 30 et 49 ans : 86,4 ‰ pour 64,1 ‰ dans les communes semi-urbaines. Cette particularité résulte notamment d’un report de la maternité après les études. Le périurbain est le milieu d’habitat qui se caractérise par la plus forte proportion d’individus possédant un niveau d’instruction élevé (tableau annexe). On observe alors un effet de rattrapage de la fécondité aux âges plus avancés. Inversement, dans les zones semi-urbaines et dans le rural « hennuyer », le calendrier de la fécondité est très précoce : dans ces deux milieux, 60% de la fécondité des femmes est déjà réalisé avant 30 ans, pour moins de 50 % dans les communes périurbaines. Cette précocité du calendrier de la fécondité se retrouve également dans les régions rurales ardennaise et luxembourgeoise, mais associée cette fois à une fécondité plus élevée. Il s’agit là d’une tradition ancienne, marquée par une transition de la fécondité plus tardive et plus lente que dans les autres régions de Wallonie (Rapport Poliwa, 1977). Aujourd’hui encore, ces régions ardennaises se caractérisent par les niveaux de fécondité les plus élevés de Belgique. Faut-il y voir les signes d’un certain conservatisme des comportements ? 

Tableau 2 : Quelques indicateurs démographiques selon le milieu rural de résidence 

 

 

Indices

 

Semi-urbain

 

 

Périurbain

 

Rural luxem-
bourgeois

 

Rural ardennais

 

 

Rural hennuyer

 

Périurbain nouveau

ICFécondité (1997-2002)

1,69

1,70

1,80

1,79

1,71

1,74

Tx féc 30-49 (1997-2002)

64,1 ‰

86,4 ‰

73,1 ‰

70,6 ‰

67,4 ‰

74,9 ‰

E0 (2 sexes) (1997-2002)

76,5 ans

78,2 ans

76,9 ans

76,6 ans

76,2 ans

77,0 ans

E0 (hommes) (1997-2002)

72,8 ans

75,3 ans

73,2 ans

73,1 ans

72,6 ans

73,6 ans

QxH 50-74 ans (1997-2002)

87,9 ‰

67,9 ‰

79,3 ‰

80,9 ‰

89,1 ‰

77,3 ‰

 

 

 

 

 

 

 

Age moyen (1-1-2002)

39,5 ans

38, 4 ans

38, 6 ans

39,5 ans

39,5 ans

38,9 ans

< 20 ans (1-1-2002)

24,7 %

26,2 %

26,1 %

25,5 %

24,7 %

25,8 %

60 ans et + (1-1-2002)

21,1 %

18,7 %

20,6 %

21,9 %

20,9 %

20,2 %

 

 

 

 

 

 

 

Isolés (1-1-2002)

27,2 %

25,2 %

26,8 %

29,2 %

27,3 %

24,2 %

CAE (1-1-2002)

27,8 %

31,6 %

32,1 %

28,5 %

27,9 %

31,5 %

CSE (1-1-2002)

15,8 %

14,3 %

19,9 %

20,1 %

20,0 %

20,4 %

Monop. (1-1-2002)

10,6 %

9,6 %

9,2 %

9,4 %

10,2 %

9,3 %

Cohab. (1-1-2002)

8,8 %

9,3 %

7,7 %

8,9 %

9,7 %

9,2 %

Ménage 5+ (1-1-2002)

7,6 %

9,9 %

9,5 %

8,6 %

7,8 %

9,3 %

 

Source : Registre national et Institut National de Statistique.

Le milieu périurbain se démarque également en terme de vieillissement démographique : c’est là que l’âge moyen de la population est le plus bas, que la part relative des moins de 20 ans est la plus élevée et que la proportion de personnes âgées de plus de 60 ans est la plus faible. A l’opposé, les indices de vieillissement sont les plus marqués dans le milieu semi-urbain, le rural hennuyer et le rural ardennais. Ce dernier se distingue d’ailleurs par la part relative de seniors la plus élevée. Enfin, autre trait majeur : la proportion de moins de 20 ans est élevée dans le rural luxembourgeois– conséquence d’une fécondité-natalité plus importante – alors que la part relative des aînés est également importante. 
La distribution selon le type de ménage présente également des différences significatives selon le milieu rural de résidence. Voici les principales tendances : 


- Les couples mariés avec enfant(s) (CAE) restent, dans ces milieux ruraux, le type de ménage le mieux représenté. C’est principalement le cas des milieux périurbains où ils constituent l’une des principales composantes démographiques des immigrations. On en trouve également une proportion élevée dans le milieu rural boisé du sud de la Wallonie. Rappelons que cette région, à proximité d’Arlon, bénéficie d’une forte exurbanisation de la ville de Luxembourg avec un double mouvement : d’une part de jeunes couples belges avec enfant(s) qui s’installent dans cette région et travaillent au Grand Duché de Luxembourg, et d’autre part, des luxembourgeois, qui viennent résider de l’autre côté de la frontière, là où les prix des maisons et des terrains sont encore relativement abordables. 
- Les ménages d’isolés sont très présents, et talonnent en termes de représentation relative les couples mariés avec enfant(s), dans les régions semi-urbaines, dans le rural hennuyer et surtout dans le rural ardennais. 
- Les ménages monoparentaux et de cohabitants sont les moins bien représentés dans le rural luxembourgeois, ce qui tend à souligner une fois de plus (cfr fécondité) les comportements plus « traditionnels » qui caractérisent cette zone. Inversement, la part relative des monoparentaux est la plus élevée dans les régions plus pauvres semi-urbaine et du rural hennuyer. 
- Enfin, les couples mariés sans enfant, un type de ménage généralement âgé (âge moyen supérieur à 60 ans), sont les moins bien représentés dans le milieu périurbain et semi-urbain. 

A l’échelle locale, les différences observés dans la répartition par âge de la population, dans la distribution des types de ménages, voire dans les comportements de fécondité et de mortalité, sont plus ou moins étroitement déterminées par le contenu démographique et social de la migration. 

3. Les comportements migratoires : le rôle déterminant de l’âge 

A l’échelle locale, les migrations constituent le principal moteur de l’évolution démographique. Schématiquement, en Wallonie, les milieux urbains, et principalement les grandes villes, affichent des bilans migratoires (différences entre les immigrations et les émigrations) négatifs, alors que les autres communes bénéficient généralement d’une attractivité migratoire. C’est le cas de nos six groupes qui se caractérisent tous par des bilans migratoires positifs. L’intensité de ces derniers est toutefois très variable. Au cours de la période quinquennale 1997-2002, elle varie de +0,1% dans le milieu semi-urbain à 4,0 % dans le « périurbain nouveau ». Il s’agit là des communes les plus attractives, suivies du groupe périurbain et du rural ardennais. 
Ces migrations correspondent à des tranches d’âges, à des types de ménages et à des catégories socio-professionnelles spécifiques (Van Hecke et Savenberg, 2002). En d’autres termes, les mouvements migratoires ont une influence déterminante, non seulement sur l’évolution, à la hausse ou à la baisse, du chiffre de la population d’une commune, mais également sur ses caractéristiques démographiques, socio-économiques et culturelles. Des courants migratoires plus importants et plus spécifiques à certains groupes d’âges sont donc observés vers des lieux bien déterminés en réponse à des attraits bien précis. Il en résulte inévitablement une déstabilisation plus ou moins marquée de la structure par âge ; déstabilisation qui peut favoriser un rajeunissement de la pyramide, si la commune est attractive pour les jeunes ménages et leurs enfants, ou, au contraire, en accélérer le vieillissement, si elle attire les personnes âgées et/ou repousse les jeunes adultes (Eggerickx et al., 2002). L’examen des soldes migratoires par groupe d’âges (figure 7 et tableau 3) illustre parfaitement notre propos. 

3.1. Evolution centrifuge de la périurbanisation et blocage socio-démographique de l’espace périurbain 

Les zones périurbaines et périurbaines récentes présentent un calendrier de la migration par âge typique : une attractivité migratoire très élevée d’adultes âgés de 30-39 ans et de leur(s) enfant(s) de moins de 10 ans. Cette tendance est davantage marquée dans le groupe des communes de périurbanisation récente qui, outre des bilans migratoires plus importants pour les trentenaires, se distingue aussi par des bilans positifs pour les 25-29 ans. En d’autres termes, pour ce groupe de communes, le calendrier de la migration est plus jeune que pour celui des communes périurbaines. En outre, pour ces dernières, le bilan migratoire des 25-29 ans est très négatif. 
Ce double constat semble confirmer le verrouillage socio-démographique qui touche ces communes périurbaines. Le mécanisme est le suivant [7].Cette zone périurbaine, centrée pour l’essentiel sur le Brabant Wallon, à proximité de l’agglomération de Bruxelles, bénéficie d’une croissance démographique rapide depuis le début des années 1950. La population du Brabant Wallon a doublé et depuis 1970, cette zone assure les 2/3 de la croissance démographique régionale (Hermia, Eggerickx et Sanderson, 2003). La proximité de Bruxelles, un réseau de voies de communication rapides, un cadre environnemental plaisant… expliquent cet engouement démographique… qui n’est pas sans revers. Cette attractivité migratoire s’est accompagnée d’une hausse très rapide du prix de l’immobilier et du foncier. Ainsi, en 2000, le prix moyen d’une maison y était de 105.000 euros pour 64.000 euros dans la zone semi-urbaine ou 84.000 euros dans le périurbain récent. En ce qui concerne le prix des terrains à bâtir, il était deux fois plus élevé dans le périurbain que dans le périurbain nouveau et le rural hennuyer. En d’autres termes, depuis plusieurs décennies, un processus de sélection sociale à l’immigration est à l’œuvre dans ces communes périurbaines : seuls les ménages disposant de revenus confortables ont encore la possibilité de se payer un logement décent dans ces communes (De Bie, 1996). 

Tableau 3 : Les bilans migratoires par grand groupe d’âges (1997-2002) 

 

Indices

 

Semi-urbain

 

 

Périurbain

 

Rural luxem-
bourgeois

 

Rural ardennais

 

 

Rural hennuyer

 

Périurbain nouveau

BM Total

0,1 %

2,9 %

1,5 %

2,8 %

1,8 %

4,0 %

BM <15 ans

3,3 %

8,1 %

3,0 %

4,9 %

4,8 %

9,0 %

BM 15-24 ans

-2,6 %

-0,5 %

0,7 %

-0,1 %

-0,8 %

-2,1 %

BM 30-44 ans

1,5 %

8,1 %

2,1 %

3,8 %

3,9 %

9,0 %

BM 55-69 ans

-0,7 %

-0,1 %

1,1 %

4,8 %

0,7 %

2,0 %

 

 

 

 

 

 

 

Tx mobilité

51,0 %

69,8 %

50,5 %

56,6 %

52,7 %

56,0 %

Source : Registre national et INS.

Ce verrouillage social se traduit notamment par un processus de saturation démographique qui affecte en particulier les jeunes ménages en phase de décohabitation et/ou ceux qui disposent de revenus moyens mais qui souhaitent accéder à la propriété. Résultat, ceux-ci sont contraints de prospecter plus loin (notamment par rapport à Bruxelles), vers des régions plus isolées où leurs aspirations résidentielles (la maison quatre façades avec un jardin) peuvent encore être concrétisées. Ceci explique l’extension de la périurbanisation à l’est du Brabant Wallon (groupe périurbain), et dans une moindre mesure, vers l’ouest, vers les communes rurales hennuyères. Ces communes affichent également un calendrier migratoire de type périurbain, même si l’intensité des bilans migratoires entre 30 et 39 ans et aux jeunes âges est moins marquée. Cet attrait migratoire se traduit par une augmentation rapide du prix des maisons et des terrains à bâtir. En effet, selon les statistiques immobilières fournies par l’INS, ces deux groupes de communes ont connu une augmentation de 33 % du prix des maisons entre 1995 et 2000, pour 22 % dans le cas des communes périurbaines. Si celles-ci se caractérisent par la plus forte augmentation (+53 %) du prix des terrains à bâtir, elles sont suivies de près par les communes du rural hennuyer et du périurbain nouveau, avec respectivement une croissance de 47 et de 46 % [8]. On assiste donc à un étalement de plus en plus diffus de la périurbanisation qui, outre ses conséquences socio-démographiques, modifie également les équipements, les paysages, l’environnement, l’habitat, l’économie, les rapports sociaux et les modes de vie du monde rural. 

3.2. La migration de personnes âgées : retraite et veuvage 

L’âge de la retraite constitue une autre période-clé dans le calendrier de la migration. Traditionnellement, les milieux urbanisés en Wallonie enregistrent des bilans migratoires négatifs chez les futurs et/ou jeunes retraités (Eggerickx, Sanderson, 2004). Les communes semi-urbaines prolongent cette tendance (figure 3). L’autre groupe, pour lequel on observe une « répulsivité » des personnes âgées de 55-64 ans est celui des communes périurbaines plus anciennes, alors que le périurbain récent se révèle très attractif pour cette tranche d’âges. Celui-ci ne récupère-t-il pas, au moins en partie, cette population en provenance de communes qui se sont sensiblement urbanisées (densité de population et d’habitat de plus en plus élevée) et dont la qualité environnementale s’est modifiée, voire détériorée, au cours des dernières décennies ? 

Figure 7 . Les bilans migratoires par groupe quinquennal d’âges selon les groupes de communes (1997-2002)
Le calendrier de la migration des communes du « rural ardennais » est tout à fait particulier. Ces communes sont à la fois attractives pour les adultes de 30-44 ans et leur(s) enfant(s) et pour les personnes de 50-69 ans. Le groupe modal se situe entre 55 et 64 ans, ce qui témoigne de la forte attractivité exercée par ces communes pour les jeunes retraités. Rappelons que ce groupe de communes se caractérise par les proportions de personnes âgées de plus de 60 ans, d’isolés et de couples sans enfants les plus élevées (tableau 2). 
Enfin, tous les groupes de communes affichent des bilans migratoires positifs pour les personnes âgées de plus de 80 ans. Cette tendance est particulièrement marquée dans le groupe périurbain où, en termes relatifs, le bilan migratoire des personnes âgées de plus de 85 ans est même supérieur à celui des 35-39 ans. Cette attractivité migratoire, bien souvent liée au veuvage, s’explique en partie par la présence de nombreuses institutions d’accueil pour personnes âgées et par la localisation spatiale de ces communes, à proximité des grands centres urbains et des voies de communication rapides. Rappelons que ces communes se caractérisent par les indices de satisfaction les plus élevés quant à la proximité de services de soins de santé. 

3.3. L’impact de la migration sur l’évolution du vieillissement démographique 

L’impact des mouvements migratoires sur la structure par âge est évident. Les sortants sont remplacés par des entrants, mais les uns et les autres ne sont semblables, ni quant à leur effectif, ni quant à leur âge moyen. Une méthode a donc été mise au point afin de déterminer l’impact des différentes composantes du mouvement de la population [9] – les migrations internes, les migrations internationales et le bilan naturel – sur l’évolution de l’âge moyen de la population des communes belges au cours de la période 1992-2002. L’intérêt de la méthode (voir annexe 4) est de mettre en évidence le rôle particulier joué par chacun de ces facteurs dans le vieillissement des populations locales. Sans migrations ni mouvement naturel, la population aurait vieilli de 10 ans entre 1992 et 2002 : il s’agit du vieillissement « synchronisé ». Pourtant, au cours de cette période, l’âge moyen des communes périurbaines (par exemple) est passé de 36,6 ans à 38,4 ans soit un peu moins de deux ans : il s’agit du vieillissement « observé ». La différence entre les vieillissements synchronisé et observé est « absorbée » par les migrations et le mouvement naturel. 
Comme le montre le tableau 4, l’impact du mouvement naturel explique l’essentiel des différences observées entre le vieillissement synchronisé et le vieillissement observé. Toutefois, le rôle des migrations internes n’est pas négligeable. Dans les agglomérations urbaines (exclues de la présente étude), les migrations internes, marquées par le départ des jeunes couples avec enfant(s) notamment, accentuent le vieillissement démographique. A l’inverse, dans tous les groupes ruraux considérés, les migrations internes contribuent au rajeunissement relatif de la structure par âge de la population. 

Tableau 4. L’impact des composantes du mouvement de la population sur l’évolution de l’âge moyen des communes rurales de Wallonie, entre 1992 et 2002 

 

 

Groupe de communes rurales

 

 

Impact du bilan naturel

 

Impact des migrations . internes

 

Impact des migrations

internationales

 

 

 

 

Semi-urbain

- 8,22 ans

- 0,04 an

- 0,10 an

Périurbain

- 7,64 ans

-0,88 an

-0,21 an

Rural luxembourgeois

-8,56 ans

-0,45 an

-0,05 an

Rural ardennais

-8,70 ans

-0,36 an

-0,07 an

Rural hennuyer

-8,54 ans

-0,51 an

-0,08 an

Périurbain récent

-8,55 ans

-1,23 an

-0,07 an

 

 

 

 

Agglomérations urbaines

-8,56 ans

+0,23 an

-0,28 an

Total Wallonie

 

-8,47 ans

-0,23 an

-0,17 an

 

L’impact des migrations internes est cependant variable. Il est quasiment nul dans les communes semi-urbaines, qui se rapprochent du cas des agglomérations urbaines. Il est par contre nettement plus significatif dans le périurbain et le périurbain récent, grâce à l’arrivée de nombreux jeunes ménages avec enfant(s). Si on calcule les corrélations entre la valeur de l’impact des migrations internes et les bilans migratoires par groupes d’âges, la seule relation significative concerne les 30-44 ans (coefficient de corrélation = +0,75), soit le groupe d’âges le plus directement impliqué dans la migration de périurbanisation (Eggerickx et Sanderson, 2004). C’est ce qui explique le rajeunissement modéré lié aux migrations internes dans les communes rurales luxembourgeoises et ardennaises : l’attractivité de jeunes adultes et de leur(s) enfant(s) contrebalance l’impact positif sur le vieillissement qu’entraînent automatiquement les bilans migratoires favorables des retraités. 
En d’autres termes, les migrations internes, par leur sélectivité selon l’âge et par extension selon le type de ménage, renforcent les contrastes démographiques entre les espaces ruraux considérés 

Conclusion 

En regard des caractéristiques socio-économiques de la population, de variables environnementales ou encore d’avis subjectifs sur la qualité de vie offerte par les communes, on peut affirmer que l’univers rural wallon est marqué par la diversité. Celle-ci se manifeste notamment au rythme des évolutions démographiques. En moyenne, tous les types de communes rurales enregistrent, au cours de la dernière décennie, au moins, une croissance de leur population. L’intensité de celle-ci est bien évidemment variable, de très forte dans les milieux périurbains à très modérée dans les communes semi-urbaines de l’ancien axe industriel wallon. Les différences de comportements et de caractéristiques démographiques sont aussi significatives. Ainsi, dans les zones socio-économiquement plus défavorisées, tel que le semi-urbain ou le rural hennuyer, l’espérance de vie des populations est plus basse et la part relative des ménages monoparentaux et d’isolés – des types de ménages généralement définis comme « à risque » (Boulanger et al., 1997) – est en moyenne plus élevée. A l’opposé du gradient social, figurent les communes périurbaines, un milieu privilégié à bien des égards. 
Le rôle des migrations internes dans la structuration socio-démographique des espaces ruraux n’est pas négligeable. L’attractivité migratoire dépend des atouts offerts par une commune. Or, l’appréciation de ceux-ci est fonction de l’âge, du type de ménage, ou plus globalement, du cycle de vie des individus et des familles. En d’autres termes, la stratégie résidentielle dans le choix de la localisation pourra varier selon que l’on fasse partie d’un jeune couple avec enfants ou d’un ménage de retraités. Pour tous les groupes ruraux considérés, le bilan migratoire enregistré au cours de ces dernières années est positif. Toutefois, les écarts sont importants. Les facteurs environnementaux et de qualité de vie semblent être de puissants motifs attractifs, au même titre, pour les communes périurbaines, que la localisation à distance raisonnable des agglomérations urbaines et des voies de communication rapides. 
Il n’empêche, si la qualité de vie et de l’environnement dans une commune joue un rôle déterminant sur l’attractivité migratoire, on peut également considérer que la migration et ses dimensions sélectives peuvent influencer, positivement ou négativement, la situation de la commune. Principal moteur de la croissance démographique locale, la fréquence et la répartition selon l’âge et le type de ménage des migrations peuvent modifier, peu ou prou, les caractéristiques démographiques, socio-économiques, culturelles, voire environnementales, des milieux d’accueil. Sous la pression notamment des marchés foncier et immobilier, les migrations contribuent à une dualisation sociale de plus en plus marquée des espaces.


Bibliographie 

Atlas de l’air de la Wallonie, (1998), Direction générale des Ressources naturelles et de l’Environnement, Ministère de la Région Wallonne, Namur, 36 p. 
BOULANGER (P.M.), LAMBERT (A.), DEBOOSERE (P.), LESTHAEGHE (R.), SURKYN (J.), (1997), Ménages et familles, monographie 4 du recensement de la population et des logements de 1991, Bruxelles 
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EGGERICKX (T.), POULAIN (M.), (1996), « De la variabilité des paramètres démographiques pour les petites populations », Espace, Populations et Sociétés, Mélanges D. Noin, n°1, pp. 93-102. 
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HERMIA (J.-P.), EGGERICKX (T.), SANDERSON (J.-P.), (2003), « Frontières et fragmentation démographique de l’espace périurbain bruxellois », in Rural-urbain. Les nouvelles frontières. Permanence et changements des inégalités socio-spatiales, Poitiers, 4-6 juin 2003, Actes du colloque, Poitiers, Département de Géographie de l’Université de Poitiers, à paraître 
HOUILLON (V.), THOMSIN (L.), (2000), « Définitions du rural et de l’urbain dans quelques pays européens », Espace, Populations, Sociétés, 3, pp. 195-200. 
ORIS (M.), (2000), « Périurbanisation et rurbanisation en Wallonie », Les Cahiers de l’urbanisme, n°28-29, pp. 56-58. 
Rapport POLIWA, Etat démographique de la Wallonie et éléments pour une politique de population, (1977), Centre d’étude de la population et de la famille, Bruxelles, 412 p. 
SANDERSON (J.-P.), EGGERICKX (T.), POULAIN (M.), (2004), « Impact des migrations internes sur le vieillissement des populations locales : les communes belges de 1991 à 2001 », Reproduction et renouvellement des populations, XIIIème Colloque National de Démographie, Conférence Universitaire de Démographie et d’Etudes des Populations (CUDEP), 11-14 mai 2004, Dijon, (à paraître). VAN DER HAEGEN (H)., VAN HECKE (E.), JUCHTMANS (G.), (1996), « Les régions urbaines belges en 1991 », Etudes Statistiques, n°104, pp. 3-42. 
VAN HECKE (E.), SAVENBERG (S.), (2002), ), « Suburbanisation et développement durable », Espace, Populations, Sociétés, 1-2, pp. 25-36. 


Annexe 1. Contributions des différentes variables aux 5 axes retenus

 

Axe 1

Axe 2

Axe 3

Axe 4

Axe 5

Emissions de particules en suspension

0,11

0,19

0,87

-0,11

-0,25

Emissions acides

-0,08

-0,02

0,85

0,03

-0,14

Proportion de terres agricoles

0,04

0,00

-0,19

0,94

-0,05

Proportion de bois

-0,11

-0,17

-0,28

-0,88

0,15

Indice de satisfaction quant aux espaces verts

0,26

0,06

-0,21

-0,42

0,77

Indice de satisfaction global

0,32

-0,13

-0,44

-0,40

0,58

Revenu médian

0,73

0,14

0,12

0,31

0,07

Coût des habitations

0,85

0,20

0,05

0,06

0,20

Coût des terrains à bâtir

0,66

0,31

0,30

0,17

-0,01

Taux de chômage

-0,81

0,15

0,26

0,19

-0,01

Absence de chauffage central

-0,82

-0,05

0,05

0,28

0,22

Connexion Internet

0,89

0,09

0,17

0,11

0,23

Indice de satisfaction quant à l’offre de services de santé

-0,04

0,86

0,19

0,18

-0,10

Indice de satisfaction quant à l’offre de transport en commun

0,05

0,42

0,21

-0,08

-0,72

Indice de satisfaction quant à l’offre de commerces

0,08

0,76

0,20

-0,16

-0,48

Indice de satisfaction quant à l’offre de services administratifs

0,23

0,77

0,01

0,16

0,22

Indice de satisfaction quant à la présence de professions libérales

0,17

0,89

0,10

-0,03

-0,22

Densité de l’habitat

0,26

0,32

0,79

0,17

-0,06

Annexe 2. Caractéristiques des 6 groupes retenus (moyennes)

Groupes

1

2

3

4

5

6

Emissions de particules en suspension

 10,795

 7,000

3,861

3,724

 4,839

3,088

Emissions acides

0,848

 0,332

0,196

0,165

 0,331

0,262

Superficie des terrains bâtis

0,125

 0,109

0,025

0,026

 0,061

0,055

Superficie des terres agricoles

0,480

 0,583

0,449

0,376

 0,696

0,730

Superficie des terrains boisés

0,127

 0,150

0,414

0,479

 0,104

0,105

Revenu médian

 17 614

20 718

 17 505

17 186

17 893

 19 179

Coût des habitations

2 739

 4 243

2 998

3 006

 2 759

3 339

Coût des terrains à bâtir

1 118

 2 263

 778

 756

 1 116

1 144

Taux de chômage

0,220

 0,105

0,112

0,176

 0,210

0,148

Proportion de logement sans chauffage central

0,324

 0,201

0,210

0,323

 0,343

0,289

Proportion de logements disposant d’une connexion Internet

0,230

 0,371

0,245

0,222

 0,216

0,269

Indice de satisfaction quant à l’offre de services de santé

 116,945

118,250

 102,686

 109,824

115,696

 116,728

Indice de satisfaction quant à l’offre de transport en commun

 79,982

60,750

 71,181

59,567

73,395

 65,028

Indice de satisfaction quant aux espaces verts

 93,668

120,825

 106,950

 125,253

96,525

 112,978

Indice de satisfaction quant à l’offre de commerces

 80,386

74,375

 69,722

66,976

73,363

 68,095

Indice de satisfaction quant à l’offre de services administratifs

 96,014

103,117

 87,400

95,190

93,602

 104,728

Indice de satisfaction quant à la présence de professions libérales

 85,155

90,788

 79,747

80,633

83,870

 85,553

Indice de satisfaction global

 113,869

137,008

 137,612

 143,023

122,277

 135,438

Annexe 3. Cartes des variables retenues pour l’analyse factorielle

 

Revenu médian

Coût de l’immobilier

Coût des terrains

Taux de chômage

Proportion de logements ayant un chauffage central

Proportion de logements disposant d’une connexion Internet

Part relative des terres agricoles

Part relative des terrains boisés

Emissions acides

Emissions de particules

Indice de satisfaction global

Indice de satisfaction quant aux espaces verts

Superfice de terrains bâtis

Indice de satisfaction quant à l’offre de services de santé

Indice de satisfaction quant à l’offre de commerces

Indice de satisfaction quant à l’offre de transport en commun

Indice de satisfaction quant à l’offre de services administratifs

Indice de satisfaction quant à la présence de professions libérales

 

Annexe 4. Présentation de la méthode de calcul de l’impact des migrations internes sur l’évolution de l’âge moyen d’une population 
Chaque personne appartenant, en 2002, à la population étudiée, peut être caractérisée selon son lieu de résidence (la commune) 10 ans auparavant. Pour les enfants de moins de 10 ans en 2002, soit ceux nés pendant la période d’observation, on comparera le lieu de résidence de la mère à leur naissance avec le lieu où ils résident en 2002. Cela permettra de distinguer au niveau de chaque commune : 
- les non migrants, soit les personnes qui résident dans la même commune en 1992 et en 2002 (pour les enfants de moins de 10 ans, il s’agira des individus dont la commune de résidence de la mère à leur naissance est celle où ils résident en 2002) ; 
- les entrants, soit les personnes présentes dans la commune en 2002 et absentes de cette commune en 1992. On distinguera les entrants internes ou externes selon que leur lieu de résidence en 1992 est une autre commune belge ou situé à l’étranger (pour les enfants de moins de dix ans, les entrants seront les individus présents en 2002 mais dont la commune de résidence de la mère à leur est différente) ; 
-  les sortants, soit les personnes présentes dans la commune en 1992 et absentes de cette commune en 2002. On distinguera les sortants internes ou externes selon qu’ils résident toujours en Belgique ou à l’étranger (pour les enfants de moins de dix ans, les sortants seront les individus dont la mère résidait dans la commune à leur naissance et qui résident ailleurs en 2002). 

On calculera les indices suivants : 
- l’effectif de la population en 1992 soit P(92) ; 
- l’âge moyen de la population de la commune en 1992 soit x(92) ; 
- l’effectif de la population en 2002 soit P(02) ; 
- l’âge moyen de la population de la commune en 2002 soit x(02) ; 
- l’effectif des entrants internes dans la commune soit E ; 
- l’âge moyen des entrants internes soit x(E) ; 
- l’effectif des sortants internes dans la commune soit S ; 
- l’âge moyen des sortants internes soit x(S)


L’évolution d’une population dépend de plusieurs facteurs que l’on peut résumer comme suit : 

P(02)=P(92)+(E-S)+(N-D)+(Ei-Si) 
ou 
N est l’effectif des naissances ; 
D est l’effectif des décès ; 
Ei est l’effectif des entrants par migration internationale et 
Si est l’effectif des sortants par migration internationale.
 

Sans mouvement naturel ni migrations internationales, on peut écrire : 
P(02)=P(92)+(E-S) 

Dans cette hypothèse, l’âge moyen de la population de cette commune en 2002 pourrait s’exprimer comme suit : 

x(02) = (P(92) * (x(92) + 10) + E * x(E) – S * x(S))/(P(92) + E – S) (1) 

Cette équation (1) peut s’écrire : 

x(02) = ((P(92) + E - S) * (x(92) + 10) + E * (x(E) – x(92) – 10) – S * (x(S) - x(92) - 10))/(P(92) + E – S) (2) 

ou 

(x(02) – x(92)) – 10 = (E * (x(E) – x(92) – 10) – S * (x(S) - x(92) - 10))/(P(92) + E – S) (3) 

Ceci exprime l’impact des mouvements migratoires internes sur l’évolution de l’âge moyen de la population. La différence entre x(02) et x(92) doit être diminuée de 10 ans, car en l’absence de tout mouvement migratoire et sous les conditions d’absence de mouvement naturel et de migration internationale, l’âge moyen augmenterait de 10 années. Tout comme pour les entrants et les sortants, on peut estimer l’impact du mouvement naturel sur l’évolution de l’âge moyen en l’absence de migrations. 
De la sorte, on décompose l’âge moyen d’une population en quatre termes : le premier représente l’effet du mouvement naturel, le deuxième globalise l’impact des mouvements migratoires internes, le troisième est l’effet des migrations internationales et le quatrième terme résiduel qui mesure l’impact de l’interaction entre mouvements naturel et migratoire. De fait, on ne peut ignorer l’effet induit des mouvements migratoires sur le nombre de naissances puisque une part de celles-ci sont dues ou perdues par la migration de leurs parents. 

On peut donc écrire la formule comme suit : 

(x(02) – x(92)) = 10 + (x(02) – x(92))naturel + (x(02) – x(92))mig interne + (x(02) – x(92))mig internationale+ résidu 

On peut donc isoler pour chaque commune, chacun des termes. Ceux-ci étant calculés par rapport aux mêmes populations de référence, les résultats sont strictement comparables et parfaitement additifs. Dès lors, en sommant les trois impacts et le résidu (celui-ci exprime l’interaction entre le mouvement naturel et les migrations) et en y ajoutant les 10 années du vieillissement synchronisé, on obtient l’évolution de l’âge moyen tel que calculé par différence entre 2002 et 1992. 

Figure 1 : Carte de localisation de la Wallonie et des communes urbaines exclues de l’analyse 

 

Figure 2. Proportion de diplômés d’enseignement supérieur au 1/03/1991

Figure 3. Proportion de logements équipés d’une ligne internet au 1/10/2001

Source : Cytise III ; INS, 1991 et 2001. 

Figure 4. Les 6 groupes de communes rurales en Walonie

 


[1 ] Cette variable qui exprime la proportion de logements disposant d’une connexion Internet.

[2 ] Ainsi, le coefficient de corrélation est de 0,79 avec la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur (données de 1991).

[3 ] Ces indices ont été calculés par l’INS.

[4 ] Ces trois derniers indices ont été synthétisés dans un indice unique appelé « indice global de satisfaction ».

[5 ] Valeurs propres des 5 premiers facteurs

 

Valeurs propres initiales

Axes

Total

% de la variance

% cumulés

1

5,42

30,13

30,13

2

4,17

23,18

53,31

3

2,16

12,00

65,31

4

1,76

9,77

75,08

5

1,12

6,24

81,32

[6 ] Tubize (commune industrielle) et Mont-Saint-Guibert (commune non industrielle mais fortement affectée par la présence d’une décharge publique.

[7 ] Pour de plus amples informations sur ce mécanisme de ségrégation socio-démographiques de l’espace périurbain, voir Eggerickx et al., 2002.

[8 ] A titre de comparaison, cette augmentation des terrains à bâtir fut de 37 % dans les communes semi-urbaines, de 34 % dans les communes rurales condruziennes et de 18 % dans le rural boisé.

[9 ] Cette méthode a fait l’objet d’une présentation détaillée lors du XIIIe colloque national de démographie, organisé par la CUDEP à Dijon du 11 au 14 mai 2004 (Sanderson et al, 2004).