Visibilité du religieux et qualification de l’espace. L’exemple du judaïsme dans le XIXème arrondissement de Paris.

Lucine Endelstein, doctorante à l’université de Poitiers, UMR 5588 "Migrations internationales, Territorialités, Identités"

Cette proposition concerne les dimensions sociales et spatiales de la religion, et plus particulièrement les expressions et les perceptions du religieux dans l’espace public, à partir de l’exemple du judaïsme dans le 19e arrondissement de Paris. On peut observer dans cet arrondissement plusieurs regroupements de populations juives pratiquantes, provenant d’origines géographiques diverses et appartenant à différentes tendances religieuses. Le grand nombre de lieux juifs (synagogues, écoles, commerces) au regard des autres arrondissements parisiens, ainsi que certaines pratiques dans l’espace public donnent à ce quartier un caractère d’affirmation religieuse singulier. 

Il s’agit de questionner la visibilité du religieux dans l’espace public et ses liens avec la qualification de l’espace. Je prendrai pour exemple des usages du quartier donnant lieu à des pratiques de regroupement dans des espaces publics et collectifs, ainsi que des pratiques vestimentaires liées à l’appartenance religieuse. Il s’agit de prendre en compte aussi bien les stratégies des acteurs que les perceptions des autres citadins : à la pluralité de pratiques de la part de la population juive répond une pluralité de regards de la part de l’ensemble de la population. En effet, la visibilité de ces pratiques et de ces signes religieux dépend de la capacité de chaque individu à les identifier : le caractère subjectif et relatif de la visibilité peut être mis en évidence. Le terme « lisibilité » paraît plus approprié en ce qu’il renvoie à une lecture possible, réalisée ou non de certaines pratiques et de certains signes présents dans l’espace urbain. 

Ainsi le seul regard du chercheur ne peut suffire pour affirmer qu’un un groupe est « visible », et qu’il existe une relation directe entre visibilité et qualification de l’espace, voire appropriation de l’espace. Par le biais des représentations de l’espace, et en montrant la pluralité de regards portés sur un groupe, la géographie sociale peut saisir comment ce groupe qualifie l’espace, et quelles en sont les incidences sur les modalités du vivre ensemble.