Territorialité et institutionalisation des inégalités sociales au Brésil. Potentiel de rupture et de conservation de l’échelle politique locale

Iná Elias De Castro, professeure à l’université fédérale de Rio de Janeiro (Brésil)

S’il est possible d’identifier dans les sociétés nationales une trace particulière qui les distingue, au Brésil cette trace réside dans la contradiction entre la persistante inégalité sociale et sa existence en parallèle "avec une représentation homogène que les Brésiliens possèdent de leur mêmes" (Chaui, 2000:7). En étant accepté que, dans le processus historique de formation d’une représentation de lui même, chaque société définisse un ethos qui s’institutionnalise et délinée des traces durables, au Brésil nous puissions affirmer que cet ethos c’est de l’inégalité. Celle-ci subtilement est dissimulée dans l’imaginaire sociale par le mythe fondateur du mélange de races, de la générosité de la nature et de la cordialité de son peuple (De Castro, 1997). Malgré la condition d’être un des pays dont la concentration de revenu est la plus élevée du monde et de fortes disparités régionales. 

La territorialité de cettes inégalités défie la géographie d’affronter à la tâche, pas simple, de contribuer à la compréhension de la gênese du processus qui les produisent et cristallisent. Les chemins et les possibilités sont multiples. Le choix de ce travail retombe sur la dimension politique du territoire et leurs institutions. Ce choix récouvre la commune comme un découpage chargé de valeur, un objet de recherche de contenu matériel et immatériel, complet de signification. Dans ce sens-là, l’objectif ici proposé est démontrer la pertinence de la commune comme un sujet politique et objet d’analyse. Ce que permettra d’identifier son potentiel pour déclancher des processus de rupture ou pour renforcer les processus structurateurs des inégalités. 

Le contexte actuel de l’univers municipal brésilien a été touché par les conditions institutionnelles de la décentralisation et de la démocratie participative, établies dans la Constitution de 1988. Ces conditions définissent des limites importantes pour une réflexion sur les logiques spatiales de l’action individuelle et collective. La décentralisation a promu la réorganisation des pouvoirs territoriaux dans le pays moyennant la reformulation de la structure fédérative. Ceci a rendu possible la souveraineté des niveaux fédéraux inférieurs à l’état central et a créé les conditions pour la reconfiguration des espaces politiques institutionnels, comme les communes, continents d’intérêts qui sont territorialisés. 

Les communes brésiliennes sont des découpages territoriaux qui définissent des unités politiques de gestion locale. Elles possèdent des attributions spécifiques de gouvernement, de la législation, de règlementation de l’usage du sol urbain, recouvrement d’impôts et de prestation de différents types de services à population résidante comme : la santé, l’éducation fondamentale, l’assistance sociale etc. Dans son territoire se matérialise l’institucionalité de la politique publique la plus proche du citoyen. C’est l’espace où peuvent se développer les fondements pour la fortification de la démocratie représentative et participative ou, au contraire, peuvent s’enraciner les éléments de ruptures dans le processus de construction d’un ordre démocratique. Mais, ils sont aussi continents des intérêts et des relations dans les sociétés locales. Dans cette dimension, ils peuvent être l’espace lequel favorise la fortification des liens horizontaux, de la solidarité sociale et du développement du capital social (Putnam, 1993). Mais ils, peuvent être aussi l’espace de contrôle et de domaine politique d’oligarchies conservatrices, avec leurs stratégies de résistance aux transformations nécessaires pour une plus grande justice distributif dans le pays. 

L’analyse est acheminée dans deux plans. Le premier, conceptuel, prend quelques présomptions de la théorie de la structuration de Giddens (1984) et des discussions récentes de le "nouvel institucionnalisme " (Amin et Thrift, 1994, 1997 ; Théret, 2000). Avec Giddens c’est possible préliminairement d’indiquer le rôle qu’ont les lieux d’assurer une bonne partie de la "fixité" sous-jacent aux institutions et les propriétés des systèmes sociaux comme simultanément facilitateurs et coercitifs dans des contextes d’espace et de temps. Les institutions, à son tour, conforment les relations sociales par les normes et les procédures organisationnelles, qui structurent les comportements parce que, parallèlement, ils moulent l’identité, le pouvoir et la stratégie des acteurs (Putnam, 1996:23 ; Clingermayer et Feiock, 2001:6). Les institutions aussi sont moulées par l’histoire, c’est-à-dire, sont constitués par les organisations mais aussi par les intérêts et les objectifs sociaux qui conduisent ces organisations dans direction à des fins spécifiques. Sur base de ces présomptions, nous élaborons les limites explicatives pour la pertinence du découpage fédératif municipal Brésilien en tant que espace politique institutionnel et objet de recherche utile, dans la tentative de comprendre les complexes dimensions de la résistance des inégalités dans le pays. 

Le deuxième plan d’analyse propose une approche de l’univers municipal brésilien à travers d’informations disponibles sur les ressources des intitutions à disposition des administrations locales, capables de révéler la potentialité pour changements ou les résistances, indiquées ci-dessus. Pour ceci, nous construisons des indicateurs de "densité institutionnelle", rapportons avec des indicateurs sociaux et on a fait des cartes. 

Quelques résultats du travail peuvent ici être avancés. Comme prévu dans la discussion de Giddens sur la théorie de la structuration, la distribution territorial des indicateurs suggère quelques explications, encore générales, mais que peuvent être des points de départ pour une réflexion plus cohérente sur quelques conditions du dynamique socio-spatial dans le pays. Les caractéristiques du système municipal brésilien, qui a émergé des informations sélectionnées, aident à refléter sur le problème de la localisation et leurs effets dans les discontinuités sociales du territoire et élargissent les possibilités explicatives de la configuration d’espaces politiques dans cette échelle. 

L’analyse des informations a permis encore d’identifier quelques conditions des potentialités des contextes territoriaux des sociétés locales dans le pays. Le problème de la localisation a émergé comme condition préalable pour la discussion du système municipal brésilien. Étant cette condition qualifiée tant par l’influence de l’histoire dans les conjonctures d’interaction des acteurs sociaux que par le processus décisionnel. Celui-ci définit un choix et un champ d’action délibérée d’acteurs politiques. Le facteur taille de la population, qui contrairement à l’attendu, contredit des thèses suffisamment acceptées sur les mauvaises conditions de mobilisation et de participation dans les petites municipalités, renforce l’importance du processus historique et incorporent des conditions politiques spécifiques d’une localisation. Le potentiel de rupture des politiques publiques, quand élaborées et exécutées avec cette fin, a été révélé par les indicateurs utilisés, confirmant les possibilités analytiques du choix méthodologique. 

Finalement, le cadre conceptuel et les informations de base municipale ont joué un rôle heuristique et ont donné visibilité au complexe emboîtement des échelles national, régional et local dans le pays. Ces échelles fondent la territorialité des actions des acteurs sociaux et politiques et donnent visibilité aux différences. L’articulation entre l’isonomie prévue à la Constitution Fédérale et les inegalités est structuratrice des actions des acteurs et met un évidence des enjeux territoriaux qui ne doivent pas être méprisées.