Quand le politique parle du territoire, c’est pour le fabriquer : utilité scientifique et vertus pédagogiques de la géographie sociale pour comprendre la relation du politique à l’espace

Frédéric Tesson, maître de conférences à l’université Bordeaux III, UMR 5185 "Aménagement, Développement, Environnement et Société"

Le territoire est devenu une des notions centrales de la géographie et la géographie sociale l’a érigé en concept, voire en catégorie d’analyse. Des outils très efficaces ont même été forgés pour en mesurer la réalité, pour en dessiner les contours, pour en établir la cohérence voire la cohésion. Pourtant, si on regarde le territoire depuis l’instance politique, il devient un objet construit ou à construire, fabriqué et délimité. Il devient le produit d’une législation qui n’a de cesse d’ajouter de nouvelles échelles englobantes ou englobées (EPCI, PNR, Pays, Europe,…). De fait, le politique est en permanence en train de construire du territoire, à fabriquer des discours, véritables prophéties créatrices, qui visent à persuader les habitants de l’existence même du territoire dans lequel ils vivent… Nous voulons montrer ici que la question de l’adéquation des territoires construits par le politique avec les espaces de la société, que ceux-ci soient « vécus » ou « de vie » pour reprendre des catégories construites par la géographie sociale, est sans doute dépassée. Ce qui importe aujourd’hui c’est d’une part la capacité du discours à engendrer une conscience territoriale susceptible d’autoriser l’action et d’autre part la capacité des acteurs à trouver d’autres figures que celle du territoire pour agir sur l’espace. La géographie sociale, de ces deux points de vue, recèle quelques clés d’analyses intéressantes et quelques vertus pédagogiques indéniables que nous allons essayer mettre en scène à travers quelques exemples choisis en Aquitaine.