Pratiques communautaires et rapports à l’espace en Algérie

Salah Bouchemal, maître de conférence au centre universitaire Larbi Ben M’hidi à Alger (Algérie), laboratoire "Ressources Naturelles et Aménagement des Milieux Sensibles"

À l’aube du vingt et unième siècle, la société algérienne reste profondément attachée à la structure sur laquelle elle était organisée durant l’époque précoloniale. Mais c’est hors des grandes villes surtout que les marques d’une telle organisation révèlent leur vivacité et regimbent aux vicissitudes du temps. 

L’État-nation est présent, mais c’est la communauté qui forme la cellule fondamentale de la société algérienne. Elle peut être basée sur des liens transmissibles par le sang ou affermie par un mysticisme religieux, tel celui des confréries que sont les Zaouias, comme la Tidjania dont l’impact social et politique s’étend bien au-delà des frontières du pays. Les adeptes d’une Zaouia nouent entre eux des relations qui permettent d’édifier des fronts de solidarité pour soutenir une cause à défendre en commun. L’entraide est également un aspect qui préoccupe les rapports entre individus d’une même confrérie. Cependant, quelle que soit son importance, la Zaouia d’aujourd’hui n’a pas au Nord du pays la vigueur de l’ancrage qui est le sien au Sahara. Mais partout ailleurs la structure traditionnelle qui prévaut est la tribu. 

Selon les circonstances, des comportements identiques sont adoptés par les individus originaires d’un même clan. Le sentiment d’appartenance tribale, en période électorale par exemple, instaure, entre les membres d’un même groupe, des liens de solidarité qui seront mis à profit pour soutenir la représentation qui leur sied. Parfois, il peut s’agir d’une collecte de fonds pour la constitution d’une dîme rendue nécessaire à la réparation d’un préjudice. Ainsi, les exemples d’attitudes communes prises par le groupe sont multiples, consensuelles, et obéissent à la situation du moment. 

La tribu s’est certes désagrégée, mais l’appartenance au groupe reste très vive. Ainsi certaines pratiques communautaires et leur maintien fournissent des exemples qui soulignent la force de celui-ci. 

Sur le Piémont sud des Némencha, les Ouled Rechach perpétuent un système de redistribution périodique des terres, une pratique qui maintient une stricte égalité et empêchant toute concentration au profit de quelques uns. En effet, l’arch [1 ] foncier est demeuré, intact dans ce secteur, déjà saharien, de l’Algérie orientale. Ses règles de fonctionnement sont les mêmes que celles qui le régissaient à l’époque précoloniale. 

Ce système de redistribution des terres existe de bout en bout du Piémont sud des Némencha. On le retrouve également dans plusieurs régions du Pays, mais c’est sur ses modalités qu’il y a des différences. 

L’exemple des Ouled Rechach constituera l’axe principal de la contribution que nous voudrions apporter au traitement de la question du rapport de l’espace et des sociétés aujourd’hui.


[1 ] On dit arch ou tribu, mais l’arch désigne également le statut des terres appartenant à la communauté.