Pour une nouvelle géographie urbaine critique. Contribution à l’assise épistémologique et théorique de la géographie sociale

Laurent Viala, docteur, UMR 5045 "Mutations des territoires en Europe"

Les deux colloques précédents ont montré les perspectives tissées depuis 1984 et ont tenté d’esquisser les bases du renouveau de la géographie sociale (Hérin, Muller Dir., 1996 ; Fournier Dir., 1999). Prenant en référence les dernières appréciations de l’article « sociale (géographie) » — rappelé dans l’appel à communications — du Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés (Lévy, Lussault, 2003), il s’agit désormais de préciser l’assise épistémologique et théorique de la géographie sociale de demain. 

L’objectif de cette communication est donc de présenter les premiers éléments d’une nouvelle géographie urbaine critique (Viala, Comprendre la forme de la ville, 2003) qui, en lien avec ses propres ambitions qu’il s’agira de rappeler, peut contribuer à ce renforcement. 

« Géographie sociale » est une expression suffisamment ouverte pour accueillir les recherches désireuses de saisir les dimensions sociales et politiques de l’expérience géographique. Elle est la seule à pouvoir inscrire durablement la géographie en sciences sociales non pas sur la base d’une pluridisciplinarité ou interdisciplinarité, au final peu efficaces, mais d’une transdisciplinarité (Dosse, L’empire du sens. L’humanisation des sciences humaines, 1995) exigeant d’investir, de comprendre et de discuter ce que les uns et les autres font (Berthelot, Épistémologie des sciences sociales, 2001). 

L’affirmation de positions disciplinaires et la nécessité d’afficher des « convictions » sont certes moins prégnantes aujourd’hui qu’hier ; la fin des grands récits, porteurs, a longtemps (le temps de la mise en place de la géographie sociale) laissé place au silence. Depuis peu, de nouveaux (micro)récits — les petites histoires — prennent le relais dans la vie quotidienne et pèsent insensiblement sur les pratiques et les territorialités. Considérant ces éléments du changement, l’utilité sociale de la recherche exige un engagement que la géographie sociale sait encore accueillir. Ainsi, l’heure n’est pas au « renoncement » : au-delà des « bricolages », les rencontres éprouvées entre sciences sociales et sciences de l’action, bien que souvent décevantes, encouragent à poursuivre. 

Conscient de l’indispensable affirmation (théorique) de la géographie sociale, de son ancrage définitif et indiscutable en géographie (critique) et en sciences sociales (espaces et sociétés), de l’utilité de sa projection dans la réalité concrète (action), la nouvelle géographie urbaine critique proposée interroge la forme de la ville — totalité urbaine — en confrontant imposition et liberté publiques. Dans cet esprit, la recherche menée sur l’espace public urbain (Viala, Le géographe et l’espace public urbain…, 2001) renseigne notamment sur les « rapports de domination (qui) se jouent dans la dimension spatiale des politiques publiques » jusqu’à évoquer une idéologie métropolitaine.