Politiques patrimoniales, acteurs et enjeux identitaires : application à des petites villes iséroises

Samuel Perigois, doctorant à l’université Grenoble I, UMR 5194 "Politiques Publiques, Actions Politiques, Territoires

Les modalités de la production territoriale sont aujourd’hui transformées par la prolifération d’opérations de patrimonialisation. Ces dernières sont à la fois le signe et l’outil d’une constitution du territoire sur ses dimensions culturelles. Il s’agit de saisir les significations de la patrimonialisation à travers sa dimension opératoire, c’est-à-dire la manière dont les acteurs se saisissent de procédures, et la manière dont leurs relations se reconstituent à travers cet objet. Alors que les niveaux d’interventions se sont multipliés, des collectivités territoriales et structures intercommunales jusqu’aux associations, comment le jeu des acteurs territoriaux se reconfigure-t-il autour de ce regain patrimonial ? Les petits centres urbains, comme l’échelon local dans son ensemble, se retrouvent au centre de ces interrogations. La question de la construction et du devenir des petites villes est en effet celle de la valorisation du territoire local. L’une des voies possibles des dynamiques de développement est l’utilisation, plus ou moins suggérée, du patrimoine local qui représente un outil de construction identitaire et de manière induite un outil de promotion du territoire. Si l’objet patrimonial a changé, de nouveaux enjeux sont apparus : à côté du patrimoine institutionnel, notamment classé, le politique a investi de nouveaux champs à travers des opérations de réaménagement des centres urbains (colorations de façades, opérations programmées d’amélioration de l’habitat, valorisation des espaces publics…). Quels sont les processus mis en œuvre pour permettre la distinction spatiale alors que l’on parle de plus en plus d’une banalisation et d’une uniformisation de l’espace ? Comment faire que le territoire, lieu de formalisation des enjeux identitaires, permette d’ancrer la société dans un espace qui fasse sens ? Que révèle la patrimonialisation urbaine qui, créant de nouveaux référents urbains, modifie la structure des discours identitaires de ces territoires ? Ainsi se résume notre hypothèse principale, au cœur des questionnements identitaires : ces actes d’ancrage territorial d’une histoire ré-inventée ne visent-ils pas notamment à permettre à l’action d’assurer les moyens de sa reproduction ? 

La méthodologie retenue porte sur l’étude des discours de patrimonialisation à partir d’opérations de requalification de petits centres urbains de l’Isère, en examinant particulièrement l’argumentation de la légitimation par les élus des discours patrimoniaux. La déconstruction des discours permet de faire apparaître les enjeux multiples de la mobilisation socio-politique dont participent l’image et le discours patrimonial.