Multifonctionnalité et re-territorialisation des agriculteurs. Le cas de la région des Monts de Flandre

Frédéric Lescureux, chargé de recherche au GRECAT, à Lille

Questionnant les rapports Agriculture-Société-Territoire nous nous intéressons aux relations que les agriculteurs entretiennent avec le territoire, ces relations conditionnant d’après nous leur pérennité. En effet, au sortir de l’ère productiviste les agriculteurs semblent s’être dé-territorialisés. Devenus des agents, plus que des acteurs, du Complexe agro-industriel et alimentaire leurs liens avec le territoire, sans se rompre, se sont distendus. Or, avec l’avènement de la multifonctionnalité, nous défendons l’hypothèse selon laquelle, remplissant de nouvelles fonctions, les agriculteurs se re-territorialiseraient. 

Nous nous sommes efforcés de le démontrer en étudiant dans le détail les pratiques spatiales d’agriculteurs de Flandre française et belge se livrant à la vente directe des produits de leur ferme et/ou à l’accueil de différents publics (touristes, scolaires…). 

A partir d’un vaste travail de terrain, nous avons distingué les pratiques relevant de leur fonction de production de celles qui participent de la diversification de leurs activités et enfin de celles liées à leur quotidien (bassin de vie). Chaque type de pratiques renvoie à un feuillet dont l’échelle est déterminée par une série de lieux fréquentés ou mobilisés. De l’assemblage des trois feuillets considérés résulte le territoire des agriculteurs. Ce territoire est sous-tendu par les réseaux, plus ou moins formels, dans lesquels ces agriculteurs s’insèrent ou, mieux, qu’ils créent pour les besoins de la vente directe et/ou de l’accueil à la ferme. 

Finalement nous montrons combien l’exercice de fonctions nouvelles ou renouvelées modifie fortement le rapport des agriculteurs aux Autres (sociabilité, perception, coopération, concurrence…), non agriculteurs notamment, et à l’espace (mobilité, appropriation, identification…) et graduons la portée territorialisante de leurs agrosystèmes tertiarisés au regard d’une grille personnelle. 

Ainsi nous concluons que, si ces fonctions conduisent bel et bien à la re-territorialisation des agriculteurs par extraversion, leur contribution à la production du territoire de projet, tel qu’il se vit, se veut et se vend, est moindre, faute de reconnaissance publique notamment. Ce que révèle l’approche comparative, transfrontalière.