Mobilité Pendulaire et identité territoriale

Xavière Lanéelle, PRAG à l’IUFM des Pays-de-la-Loire

En me fondant sur les données récoltées dans le cadre d’une large recherche sur la population des "navetteurs-T.G.V. ", je me propose d’analyser les tensions entre les identités territoriales et la migration pendulaire. Les navetteurs sont des abonnés de la S.N.C.F., qui voyagent au moins trois fois par semaine (rythme à partir duquel l’achat d’un abonnement devient intéressant). Il s’agit donc d’une population définie de façon homogène, sur la base de caractéristiques strictement internes à l’objet de recherche. 

Une première interrogation portera sur les contraintes temporelles, budgétaires et spatiales engendrées par la migration pendulaire ainsi qu’ aux effets de ces contraintes sur les réseaux sociaux dans les villes du domicile et du travail. On y constatera l’affaiblissement des identités territoriales de ces migrants pendulaires. 

Mais les navetteurs qui s’inscrivent dans la sédentarité dynamique, sédentaires parce qu’ils ont choisi de ne pas migrer, dynamiques parce qu’ils ont une importante mobilité quotidienne, contrairement à ceux qui ont en projet une resédentarisation, n’usent-ils pas d’une liberté interstitielle pour élaborer des ressources afin de desserrer leurs contraintes en articulant les trois espaces vécus[Frémont, 1976] (la ville du domicile, celle du travail, le TGV) ? Leur investissement spatial et leur insertion dans des réseaux de sociabilité ne favorise-t-il pas l’émergence d’un territoire circulatoire [Tarrius, 1992] susceptible de générer une identité collective ? 

La recherche s’appuie sur une triple enquête : 

- une enquête qualitative : entretiens (45 navetteurs sur divers trajets), avec un suivi longitudinal sur dix ans d’une partie de l’échantillon ; 

- la collecte de réseaux sociaux par un générateur de nom avec également un suivi longitudinal sur une partie de l’échantillon ; 

- une enquête quantitative sur l’ensemble de la population des navetteurs Le Mans - Paris (348 navetteurs) afin d’articuler mon approche microsociale avec une approche macrosociale.