Les apports de la géographie sociale en matière de coopération intercommunale

Boris Lebeau, doctorant à l’université Paris X

Les intercommunalités franciliennes constituées principalement sur des bases politiques et économiques, se trouvent contraintes de gérer aujourd’hui tout un ensemble de compétences pour lesquelles elles n’ont pas été pensées. Le champ de l’insertion, qui constitue l’une de ces prérogatives oblige désormais ces intercommunalités à concevoir de périlleuses articulations entre géographie politique et géographie sociale. Ainsi, l’intercommunalité qui répond au problème de la déconnexion entre institutions et réalités sociales par une montée en échelle, se trouve aujourd’hui confrontée à de nombreux problèmes faute d’avoir su correctement penser l’espace. 

L’exemple de la communauté d’agglomération de Plaine Commune qui regroupe sept communes de Seine-Saint-Denis s’avère particulièrement intéressant. Ce nouveau territoire institutionnel délimite en effet un espace relativement homogène sur le plan social, or la prise en charge des politiques d’insertion se heurte ici à des contraintes d’échelles qui n’avaient pas été envisagées. Les communes pilotent de l’intercommunalité, que sont Saint-Denis et Aubervilliers, avaient depuis longtemps initié des démarches innovantes en matière d’insertion qui visaient à mettre en cohérence l’ensemble des dispositifs. La communauté qui s’inspire largement de ces expériences, envisage désormais de généraliser la démarche à son échelle. Or une telle politique se heurte à des contraintes de mise en réseau des acteurs qui ne sont toujours pas dépassées. La nécessité de préserver un ancrage local des structures d’accueil du public, complique de surcroît toute idée de concentration de ces structures au niveau intercommunal. Si bien qu’il n’est pas du tout acquis que l’EPCI soit en mesure d’offrir une prestation équivalente à celle que fournissaient auparavant les communes les plus en pointe en matière d’insertion. En outre, les acteurs sont dorénavant contraints de concevoir leur action à l’échelle de ce nouveau territoire. Cet enfermement institutionnel a pour effet de cloisonner les possibilités d’insertion des populations précarisées, alors même que la communauté d’agglomération ne représente qu’une infime portion de l’agglomération parisienne. Ainsi, cet exemple montre que pour être efficace, une politique d’insertion ne peut se contenter de circonscrire les populations précaires à leur lieu de résidence. Faire un travail sur les échelles que présuppose une telle politique constitue un enjeu bien plus important auquel le géographe doit prendre part. En un mot, il doit être en mesure d’apporter une lecture plus fondamentale des objets que le politique souhaite appréhender.