Les 3T : le territoire, le touriste, le technicien

Philippe Violier, professeur à l’université d’Angers, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

L’analyse des politiques publiques d’aménagement du territoire dans le champ du tourisme met à jour un discours politique en décalage avec l’espace vécu et les pratiques des touristes. Depuis la mise en œuvre de la décentralisation, les départements ont en charge le développement touristique, même si les compétences des différentes collectivités ne sont pas clairement définies par la loi et si les chevauchements sont multiples, c’est la situation qui prévaut dans les faits. Globalement, es départements ont repris le discours sur le tourisme censé enrayer le déclin du monde rural, porté par l’Etat depuis plus d’un siècle, et qui d’ailleurs l’a récemment réactivé. Cet état de fait est en cohérence avec la surreprésentation des élus ruraux au sein des conseils généraux. La communication sera fondée sur l’étude des plans d’aménagement touristique élaborés par les Conseils Généraux. Ces documents sont en général structurés en deux temps : un état des lieux de l’existant et un projet de développement. D’une part, on lit dans ces plans une contradiction souvent forte entre des impositions de territorialité et les pratiques spatiales des touristes, souvent ignorées ou très rapidement résumées en quelques approximations, et qui se révèlent en général étrangères aux limites administratives, infra-étatiques en particulier. D’autre part, les actions envisagées sont légitimées par des affirmations rarement argumentées sur le déséquilibre du territoire et la nécessité d’égaliser l’activité touristique face aux risques encourus, largement supposés de surfréquentation. Cette approche idéologique d’une pratique sociale, ce qu’est le tourisme avant d’être une activité économique, semble contribuer à l’échec de projets de développement trop souvent conçus sans réelle prise en compte des touristes, de leurs pratiques et de leurs territorialisations.