Le "terrain" et la "proximité" en questions

Hervé Vieillard-Baron, professeur à l’université Paris VIII

À première vue, le terrain se donne à voir dans sa proximité et sa matérialité. Il apparaît en somme comme l’espace des pratiques immédiates, le lieu de l’expérience et l’école de la vie. Mais, sans doute n’y a-t-il pas de terrain sans observant, pas plus qu’il n’y a de vie sans vivant… Le terrain dépend de celui qui l’appréhende, de sa culture, de son histoire, et des orientations de sa démarche scientifique. À peine perçu, il est déjà construit, façonné, délimité, théorisé... Il existe même une pédagogie du terrain qui en fait tout à la fois l’espace de la première rencontre et le lieu de la vérification, dialectique subtile entre le concret et l’abstrait, entre le naturel et le construit... 

Cette communication nous conduira, par une démarche réflexive, à clarifier le sens du concept, à analyser son emploi dans le cadre des sciences sociales, en soulignant la spécificité de l’approche géographique, et à dénoncer les pièges que révèle une proximité non maîtrisée du terrain. 

On s’intéressera aussi à l’utilisation du mot par les professionnels de la politique de la ville. On montrera comment s’articulent le travail sur le terrain, l’investissement sur le local et l’action de proximité dans le cadre des quartiers sensibles. Aujourd’hui, la politique des quartiers, comme terrains emblématiques de l’action publique en faveur des exclus, semble avoir laissé la place à une approche plus institutionnelle, sous le couvert du territoire. Le glissement du terrain au territoire signifierait que l’on est passé d’une simple gestion des secteurs sensibles à une maîtrise des processus qui ont fait de la mise à l’écart des uns la condition de la valorisation des autres