Le renouvellement urbain et social dans les quartiers péricentraux. Les cas de trois métropoles régionales : Nantes, Bordeaux et Toulouse

Laurent Coudert, doctorant à l’université de Nantes, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

Depuis les années 1990, le développement des villes ne se traduit pas seulement par un étalement urbain périphérique. Dans les quartiers péricentraux, bâtis au cours du XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe, de nombreuses opérations immobilières densifient progressivement le tissu urbain. Ces transformations rapides ne sont pas sans conséquences sur l’évolution de la composition sociale de ces quartiers anciens. A Nantes, Bordeaux et Toulouse, les trois plus grandes agglomérations de la moitié ouest du pays, une analyse des données portant sur l’âge des deux derniers recensements de l’INSEE permet de montrer deux principaux processus. 

Tout d’abord, la sur-représentation de la population âgée de 19 à 32 ans, déjà très nette en 1990, s’accentue, surtout dans les faubourgs du péricentre interne. Ce surplus est renforcé par la diminution progressive de la part des personnes très âgées (au delà de 68 ans). Cette évolution, liée à l’augmentation des effectifs étudiants ainsi qu’à la nécessité pour un plus grand nombre d’un accès plus aisé au marché du travail, bouleverse l’organisation des secteurs concernés : les besoins de cette nouvelle population, en terme de commerces et services de proximité mais aussi de loisirs, sont-ils satisfaits dans un univers urbain initialement prévu pour des activités artisanales et des modes de circulation aujourd’hui disparus ? L’intérêt porté au patrimoine architectural, notamment par le biais des associations, sera t-il toujours le même dans des quartiers où la population vit de façon transitoire ? à l’opposé, dans la partie extérieure du péricentre, les tranches d’âge comprises entre 33 et 68 ans, durablement installées, ainsi que les moins de 18 ans sont très présentes. Mais un mode de vie semblable à celui de la périphérie, notamment du point de vue des modes de déplacements, n’est pas envisageable dans ce milieu urbain assez dense. 

La vigueur du renouvellement urbain masque la difficulté d’accéder à la propriété pour une partie de la population qui migre vers les couronnes périurbaines. Le double processus constaté dans l’évolution de la population péricentrale, proportion croissante d’une population souvent jeune, au premier stade de la décohabitation et habitant dans des petits appartements locatifs d’une part et gentrification progressive d’autre part, s’accompagne d’une nouvelle forme de ségrégation spatiale entre générations. Même si celle-ci reste relative, elle ne va pas dans le sens d’une certaine mixité sociale, volonté politique pourtant souvent affichée.