La reterritorialisation de la population française d’Algérie ou comment conserver un particularisme culturel et identitaire

Edwige Garnier, doctorante à l’université Grenoble I, UMR 5194 "Politiques publiques, Actions politique, Territoires"

En géographie sociale, il est parfois mis en avant qu’un groupe social est en interrelation avec un territoire, notamment par le biais de l’identité. Le groupe conférerait du sens à l’espace du fait, notamment, de son identité, de sa mémoire collective, et ainsi constituerait un territoire. Parallèlement, le territoire contribue à l’affirmation de l’identité du groupe. Il permet un enracinement. 

Or, même lorsque un élément perturbateur tel que la mobilité est introduit, ces interrelations entre territoire et identité n’apparaissent pas être remises en question. Si la théorie évoquée ci-dessus est analysée, lorsque est évoquée la déterritorialisation d’une population, une reterritorialisation serait sous-jacente. 

En effet, nombre de populations ont du quitter leur territoire, pour de multiples causes. Or, ces « communautés » ont conservé une identité en lien avec le territoire perdu et ont pu, de plus, se créer un nouveau territoire, se reterritorialiser. Le cas des diasporas est, de ce point de vue, particulièrement intéressant. Cependant, d’autres populations peuvent être prises pour exemple, notamment les populations rapatriées telle que la population française d’Algérie. 

Suite à la décolonisation de l’Algérie, ce sont près d’un million d’individus qui ont quitté cette ancienne terre française pour s’installer en France métropolitaine. C’est ainsi l’ensemble de leur organisation spatiale qui est remise en cause, autant au niveau personnel (famille, voisinage, etc.) qu’au niveau professionnel. Il devient nécessaire de reconstruire sa vie et de trouver un emploi. Néanmoins, une fois les besoins matériels résolus, cette population peut commencer à prendre le temps de se réorganiser sur les plans culturel et identitaire. Les associations liées à ces préoccupations apparaissent ainsi dès le milieu des années 1970. Vient ainsi le temps de la reconstruction du groupe social, avec ses préoccupations culturelles et la mise en avant de son identité collective. Une nouvelle carte de la répartition des « Pieds-Noirs » en France se redessine doucement, avec un fort ancrage méditerranéen. De même, diverses manifestations culturelles, cultuelles sont organisées en des lieux bien propres à ce groupe social ; lieux qui deviennent des « marqueurs territoriaux ». Il s’agit dès lors de s’affirmer en tant que groupe, avec des individus partageant une terre de naissance, une singularité culturelle, qui se reconnaissent entre eux. 

C’est ainsi l’ensemble des migrations de population avec le besoin de reconstruction territoriale et identitaire qui peut être illustré au travers de l’exemple de la population française d’Algérie. Bien qu’elle se heurte toujours au passé, elle se tourne également vers l’avenir et tend à se reconstruire avec une territorialité particulière, réticulaire parfois, permettant des retrouvailles, un nouveau partage. De plus, cette visibilité joue un rôle certain dans une reconstruction identitaire. Dans un contexte où chacun cherche son intégration tout en conservant sa singularité, la sauvegarde des racines apparaît primordiale.

L’approche en géographie sociale de cette population permet ainsi de porter un nouveau regard sur cette migration. Très peu de géographes s’intéressent effectivement à cet épisode des « rapatriements ». L’habituelle entrée historique ne permet pourtant guère au groupe de sortir de la nostalgie qui le relie à sa vie algérienne. Une lecture territoriale du présent montre la dynamique actuelle animant cette population.