La Région entre identités et inégalités

Dominique Rivière, Professeur à l’université Paris XIII

Dans l’ensemble des pays européens, on assiste à un processus de décompression de l’Etat vers le niveau local-régional d’une part, et vers le niveau européen d’autre part. Dans ce cadre, la Région s’affirme comme un acteur politique, comme un échelon déconcentré de l’action du pouvoir central, et parfois comme un échelon identitaire, avec des superpositions d’échelles nouvelles autour de cette thématique : par exemple en Italie, résurgence du localisme, mais aussi dans le même temps radicalisation du clivage Nord-Sud dans le discours d’un parti politique comme la Ligue du Nord. Par ailleurs, le rapport entre régionalisme et inégalités économiques s’est considérablement transformé par rapport à la période des « Trente Glorieuses ». Autrefois le régionalisme était souvent associé à des régions marginales et il s’accommodait bien d’une redistribution de ressources venant de l’Etat –celle-ci était vue le cas échéant comme réparation d’un tort subi par la région- ; depuis les années 1990, on assiste au contraire à l’émergence d’un régionalisme de régions riches (ou relativement riches à l’échelle de leur pays) qui remet parfois en cause de façon radicale la solidarité nationale. On assiste donc de ce fait à la fois à une affirmation et à un certain « brouillage » du sens de la régionalisation. 

Cette communication vise à dégager quelques problèmes que cette affirmation de nouvelles formes de régionalisme pose à la géographie sociale, entendue comme une géographie sensible aux logiques d’acteurs et aux inégalités. Le cas italien, du fait des restructurations institutionnelles en cours, et aussi de l’importance du clivage économique Nord-Sud, fonctionne en effet comme un miroir grossissant de problèmes qui se posent plus généralement dans les pays européens. En particulier, il peut être utilement confronté à la France (Bretagne en particulier), exemple d’une décentralisation a priori plus « institutionnelle » et moins conflictuelle mais qui s’ancre elle aussi dans l’émergence de nouvelles territorialités. 

- Le point le plus problématique de la dernière décennie, pour les géographes comme pour d’autres sciences sociales, est sans doute le « brouillage » qui s’opère entre la thématique identitaire et celle de l’inégalité économique (thème du « coût du Sud » pour le Nord). Le problème qui se pose alors est celui de la démarcation entre ce qui relève du « culturel » et ce qui relève de mouvements de type NIMBY (not in my backyard)… avec les risques d’instrumentalisation des cartes qui en découlent. 

- Un autre problème est celui des interactions entre « l’identitaire des habitants », par essence pluriscalaire et mouvant, et « l’identitaire des institutions, davantage focalisé sur un niveau (politiques patrimoniales locales en Italie, valorisation de l’identité régionale par la Région en Bretagne…) 

- Un troisième ordre de question relève de la place de l’échelle régionale dans le processus de décentralisation et de construction européenne, avec là encore un problème d’inégalité de moyens qui se pose, entre les collectivités territoriales cette fois… sur fond d’une certaine crise de la « solidarité européenne » depuis Agenda 2000 et à l’occasion de l’élargissement de l’Europe vers l’Est.