La prospective territoriale, révélateur et outil d’une action publique territorialisée ?

Marie-Christine Fourny, maîtresse de conférences & Damien Denizot, doctorant, université Grenoble I, UMR 5194 "Politiques publiques, Actions politique, Territoires"

Dans la continuité de procédures de projet, se développent aujourd’hui des opérations de prospective territoriale. D’abord nationales si l’on pense aux travaux du Plan ou de la DATAR, puis adoptées dans nombre de régions pour la préparation des schémas régionaux, elles se diffusent dans les collectivités locales, notamment dans les intercommunalités, à la faveur de préconisations ou d’obligations, tant en matière de projet que de diagnostic. 

Comment définir cette prospective ? Elle vise la connaissance des dynamiques et/ou la définition d’une orientation du devenir d’un territoire, dans l’objectif d’une maîtrise du changement. Issue des techniques de la prévision économique, rendue possible par les nouveaux outils tels que SIG ou bases de données territoriales, revisitées à la lumière des principes et procédures de la médiation et de la participation, elle s’insère dans les nouvelles tentatives de maîtrise du « temps » des territoires. Elle prend place ainsi dans un ensemble de moyens de régulation des temporalités au côté de l’intervention pour une production de synchronie (les bureaux des temps) ou de mémoire (le patrimoine). 

Quelle est alors la valeur problématique de cet objet dans un contexte de géographie sociale ? Il montre l’émergence de dispositifs d’intervention participant d’une nouvelle territorialité de l’action publique. La prospective suppose en effet l’articulation entre un savoir technique et localisé, des modalités de participation collective, la gestion et la production d’une symbolique du territoire à travers la définition de l’avenir. Elle définit ainsi une « figure » d’ordre existentiel, qu’elle insère dans les « devenirs » possibles et rationnels. Ce dispositif produit doublement du collectif : dans l’image recomposée de la cohérence du territoire, et dans la production collective de cette image. Mais il met en place également des formes de maîtrise, voire d’une normalisation, de cette construction collective, par une expertise technique. La prospective ouvre ainsi de nouveaux champs d’opération à une gestion de l’identité territoriale et de sa dynamique. 

Nous nous proposons dans notre intervention d’étayer cette hypothèse, en nous appuyant sur les méthodes et guides définissant aujourd’hui la pratique prospective, ainsi que sur nos observations de terrain, menés dans le cadre d’un programme de recherche régional, sur Rhône-Alpes. 

Nous examinerons successivement le rapport au temps, les modes de construction collective, le rapport au territoire pour au final nous interroger sur les significations plus politiques à donner cette démarche.