La mise en mots de l’espace urbain algérois

Tassadit Mefidene, maître-assistante & Assia Lounici, maîtresse de conférences, université d’Alger, EA 3207 CREDILIF-ERELIFF

Le marquage signalétique est l’un des aspects qui permettent de rendre compte de la situation bi ou plurilingue à Alger. L’environnement graphique algérois [1 ] se caractérise par la cœxistence d’un bilinguisme (arabe français), d’un trilinguisme (arabe français berbère) voire d’un unilinguisme (français). Notre contribution rend compte d’une enquête en cours dans le cadre d’un projet de recherche portant sur la mise en mots et mémoire de l’habitat dit populaire. Nous travaillons sur la mise en mots de l’espace urbain bilingue voire plurilingue. Notre sujet s’inscrit dans la lignée des travaux menés en sociolinguistique urbaine qui « a pour tâche d’étudier, et cela de manière non hiérarchisée et non exclusive, la mise en mots de la covariance entre la structure spatiale signifiante et la stratification sociolinguistique » (Bulot, 2004). Il s’agit pour nous d’interroger l’usage social sur l’affichage des langues ainsi que de travailler sur les représentations sociolinguistiques qui y sont associées car comme le dit Louis Jean Calvet (1999, 47) « il y a un discours des murs de nos villes ». Nous décrirons et présenterons les différents outils (protocole d’enquête, cartes,…) qui nous permettent de rendre compte de la mise en mots dans l’espace urbain algérois. 

S’inscrivant dans une perspective sociolinguistique pour analyser les inégalités sociales et leur expression linguistique, nous nous intéressons également aux différents rapports qu’établissent les individus avec l’espace dans lequel ils vivent, espace appréhendé à la lumière de sa signification et de sa symbolique sociales 

Considérant que l’espace, en tant qu’espace vécu, n’existe que parce qu’il est mis en mots, nous nous proposons d’interroger les discours produits dans un espace social marqué par la précarité et les inégalités, en vue d’y repérer les formes de ségrégation et de territorialisation que les locuteurs-acteurs se représentent. 

Dans le cadre de ce colloque, nous envisageons de percevoir cette mise en relation entre espace et discours, discours considéré comme action, en portant l’attention sur un espace social interessant à plusieurs égards : 

- terrain algérien, caractérisé par la précarité de l’habitat et la pauvreté de ses habitants (quartier de Bourouba, ville d’Alger), donc espace socialement marqué, fortement ségrégué et ségrégatif 

- essayer de voir si la perception de l’espace chez les personnes qui y vivent, qui en parlent et le décrivent est identique ou différente de celle des politiques : le quartier étant absent de la carte géographique officielle de la commune. 

Nous observerons donc les pratiques linguistiques et la mise en mots de l’espace à travers des entretiens effectués auprès de quelques habitants qui auront à commenter et/ou prendre des photos du quartier.


[1 ] Spécifique à la ville d’Alger, capitale de l’Algérie.