La dimension sociale d’une exception culturelle régionale. Le fest-noz en Bretagne

Olivier Goré, doctorant à l’université Rennes 2, UMR "Espaces et Sociétés"

Le fest-noz connaît depuis le début des années 1990 un succès considérable en Bretagne. Avec une moyenne de 20 fest-noz organisés par semaine, cette forme d’expression culturelle est le véritable épicentre de la vie musicale bretonne. Mais au-delà de sa fonction culturelle et récréative, cette forme d’expression, musicale et chorégraphique, ancrée depuis longtemps dans le territoire breton développe également une dimension sociale manifeste. Pratique culturelle revivaliste, dans le sens où elle est extraite de son environnement social d’origine, le fest-noz moderne se déroule le plus souvent dans une ambiance sonorisée et superficielle, celle des salles des fêtes ou des salles omnisports, différente de l’ambiance conviviale et familiale de la cour de ferme où il est apparu. Pour autant le fest-noz des années 2000 a conservé une des principales fonctions de la forme traditionnelle, son rôle de lien social. La nature de cette dimension sociale a beaucoup évolué en un siècle mais elle n’en est pas moins présente. Nombreux sont les indicateurs qui témoignent de cette emprise socio-spatiale du fest-noz. 

Tout d’abord le fest-noz est un phénomène de société qui concerne l’ensemble de la Bretagne. Adaptation d’une tradition locale dont l’aire de pratique était circonscrite à quelques pays du Centre-Bretagne, en un demi siècle la forme moderne du fest-noz s’est diffusée sur l’ensemble de l’espace régional, mais aussi au-delà des limites de la région, dans des villes ou des régions où la diaspora bretonne est établie. En Bretagne, devenue une pratique culturelle à part entière, le fest-noz diversifie l’offre de loisir. Pour les « Bretons de l’extérieur », il est un lieu de rassemblement permettant d’entretenir des liens symboliques avec le territoire d’origine. Dans les deux cas le rôle de lien social est avéré. 

La dimension sociale du fest-noz est également perceptible sur le plan de son rayonnement socioculturel. L’origine socioculturelle des associations organisatrices dépasse le seul cadre du « mouvement culturel breton ». Des associations aussi diverses que des amicales laïques, des clubs de football, des comités des fêtes, des associations caritatives ou à caractère humanitaire se sont spécialisées dans l’organisation de fest-noz. Ce rayonnement socioculturel montre que le fest-noz occupe une place importante dans la société bretonne. A l’échelle de la commune ou de l’agglomération, le fest-noz est une des principales animations du calendrier festif et culturel de la localité. 

Enfin, l’emprise sociospatiale du fest-noz peut-être appréhender par l’intermédiaire du public. Lieu de mixité sociale, il rassemble surtout, aux rythmes des airs traditionnels, toutes les générations. Festif et récréatif, le fest-noz est aussi une sortie familiale et culturelle. Cette spécificité du fest-noz est d’autant plus manifeste qu’il produit une logique socio-spatiale singulière par rapport à des pratiques plus ou moins proches comme par exemple le bal public. Alors que l’ancrage communal du bal public est très marqué, les liens entre le fest-noz et sa commune d’accueil sont ténus. Pour autant, le fest-noz n’est pas totalement déterritorialisé sur le plan local mais son ancrage s’exerce plutôt à l’échelle du pays. Bien que la pratique du fest-noz participe à la construction symbolique de la Bretagne, en renouvelant la notion de pays elle perpétue aussi les particularités locales du territoire régional.