L’interterritorialité : pistes pour hâter l’émancipation spatiale

Martin Vanier, professeur à l’université Grenoble I, UMR 5194 "Politiques Publiques, Actions Politiques, Territoires"

Cette communication, résolument conceptuelle et théorique, veut faire le point sur la disponibilité du concept clé de la géographie sociale des années 1990 – le concept de territoire – pour continuer à accueillir l’interprétation des spatialités contemporaines. Une fois dit que les territoires et réseaux ne s’opposent pas mais se nourrissent, que la « fin des territoires » est en clair la fin des souverainetés territoriales mais pas des territorialités, bref, qu’on a décidément encore besoin des territoires, il reste à nourrir le dit concept d’une nouvelle gamme de propositions susceptibles de le rendre opératoire dans le paradigme de la complexité. 

Pour ce faire, il s’agira de tenter de montrer comment on passe de l’interterritorialité telle qu’elle se vit dans les pratiques sociales individuelles et collectives, à l’interterritorialité telle qu’elle se construit dans les systèmes d’action et de régulation. L’espace politique, auquel l’idée de territoire doit tant, n’est pas la forge de l’innovation territoriale, mais il est – c’est du moins l’hypothèse de la communication – celui par lequel la société reconnaît non sans mal, et prend acte de, ses nouveaux rapports à l’espace. Parmi eux, l’interterritorialité est sans doute la figure majeure pour autoriser l’émancipation spatiale des « territoriaux » que nous sommes. 

Cette réflexion s’appuiera sur quelques-uns des travaux collectifs récents ou en cours de l’UMR PACTE, notamment les recherches, programmes, et séminaires portant sur la prospective territoriale, ses compétences et ses représentations, sur le « tiers espace » et ses enjeux de gestion des flux et des temps, et sur la territorialisation équivoque des politiques publiques.