L’action publique et les Parcs Nationaux français : discours d’acteurs et instrumentalisation politique des conflits en zone centrale du Parc National de la Vanoise (Savoie)

Lionel Laslaz, ATER à l’université de Savoie, UMR 5204 "Environnements, Dynamiques et Territoires de la Montagne"

Comment s’organise l’action publique dans et autour des Parcs nationaux français ? 

Ce statut d’espace protégé à réglementation rigoureuse est en effet très contraignant, ce qui ne va pas sans poser de lourds problèmes de gestion, au sens plein du terme. 

Le cas du Parc National de la Vanoise ici retenu présente divers avantages : celui d’un statut particulier de l’espace, dans la mesure où des mesures de protection strictes régissent la zone centrale et que la zone périphérique est soumise à une convergence d’acteurs publics variés (différents Ministères, administrations départementales et régionales, municipalités…). 

Pour autant, il s’agit d’un espace vécu, anciennement humanisé, qui en porte encore la marque (alpages qui s’étendent sur l’étage alpin), d’un espace politique objet de nombreux enjeux de pouvoir et de résistances, d’un espace économique placé sous le sceau de la rentabilité (agricole et touristique). 

C’est le plus ancien des Parcs Nationaux français, par conséquent il offre au bout de 40 ans un recul appréciable pour observer son évolution et ses jeux d’acteurs. 

C’est le Parc National qui est l’objet des plus fortes pressions en terme d’aménagement touristique, car il est ceinturé par le plus grand ensemble de stations de sports d’hiver du Monde ; et là où il y a enjeu, il y a conflit… 

Dès sa création et le tracé des limites de la zone centrale, le P.N.V. se place dans une "logique de compromis" (LASLAZ, 2004) entre intérêt supérieur de la Nation (la protection d’espaces à forte valeur patrimoniale, "naturelle" à l’origine, puis bâtie par la suite) et impératif local de développement touristique, marqué par le flot de constructions des stations de la "troisième génération". 

Cette logique culmine de 1969 à 1971 avec l’"Affaire de la Vanoise", moment paroxysmique des tensions entre promoteurs et élus partisans de la construction d’une station de ski en zone centrale, et défenseurs de l’environnement. 

Le cas des Parcs Nationaux français est un bon exemple de "production de territoire" : des rapports de domination se jouent dans la dimension spatiale des politiques publiques (enjeux de pouvoirs, superpositions de pratiques, exclusion d’espaces par les limites de Parc National…). 

Le rapport aux autres est producteur de territoire, territoire ancestral et identitaire de repli par rapport à l’Etat, mais aussi territoire économique et touristique qui tend à l’expansion sous l’effet de la concurrence internationale. 

Il induit une partition entre le "dedans" et le "dehors" de l’espace protégé, bien que pour les populations locales, cette division reste peu admise… En outre, elles considèrent le "Parc" comme l’institution politique en charge de sa gestion et non l’espace qu’il englobe. "Chez nous" désigne le lieu, car le territoire du Parc est un espace vécu doublé d’un espace institutionnel depuis 1963. 

Les Parcs Nationaux ne sont-ils pas finalement la recherche d’un consensus social par la segmentation spatiale (entre le protégé et l’équipé) ? Est-ce satisfaisant ? Existe-t-il d’autres alternatives ou le compromis par la division est-il la règle en matière de protection de l’environnement et de gestion des espaces montagnards ? 

La communication propose de saisir cette ambiguïté dans le temps et dans l’espace pour les zones centrales de Parcs Nationaux, à travers des exemples de conflits d’usage comme : 

le tracé de pistes pastorales en zone centrale 

la "surfréquentation" estivale et son impact sur le milieu naturel 

le cas du "retour du loup" et son incidence sur les mentalités et les évolutions agropastorales.